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Du bidouillage pour créer des vocations



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Si les makerspaces sont nombreux dans les lycées techniques, ils sont en revanche plus rares dans les lycées classiques. (Photo: DR)

Trois ans après le lancement des premiers makerspaces, la «communauté» s’est réunie ce mardi au Lycée technique d’Esch-sur-Alzette. Le ministère annonce qu’il élargira cette initiative aux écoles fondamentales à partir de septembre.

Leur fer à souder à la main, Alexandre et Yosh, 11 et 12 ans, s’affairent à introduire sur le petit circuit imprimé qui leur a été fourni des résistances et des diodes électroluminescentes pour créer un badge programmable.

«Un makerspace dans notre école? Bien sûr qu’on aimerait!», lâchent-ils en cœur. «Bricoler et créer, on le fait déjà à la maison, mais là, on peut faire plus de choses.» Les deux jeunes sont venus avec leur classe de l’école de Bridel pour participer à cette troisième édition du Makerspace Summer Event.

Carlo Dorotea, professeur d’électronique en énergie au Lycée technique privé Emile Metz (LTPEM), guide les deux jeunes dans leurs expérimentations. «Ce n’est pas comme à l’école, il n’y a pas de hiérarchie, chacun mène le projet qu’il souhaite à son rythme», explique-t-il.

Il s’agit d’un vrai investissement pour l’école.

Carlo Dorotea, professeur au Lycée technique privé Emile Metz

Son lycée est l'un des 25 du pays à avoir un makerspace. Ces ateliers dédiés au bricolage technologique de toute sorte sont ouverts aux élèves durant les heures de pause. Du matériel informatique et électronique est mis à leur disposition. Pour le reste, il n’y a aucune règle si ce n’est de laisser libre cours à son imagination et respecter le travail des autres.

«Nous avons maintenant sept imprimantes 3D dans notre makerspace, mais aussi un laser de découpe, des fers à souder et des ordinateurs. Il s’agit d’un vrai investissement pour l’école», continue Carlo Dorotea. «Les jeunes peuvent créer les objets qu’ils souhaitent et les ramener à la maison, tout est gratuit.»

Sur le stand du LTPEM, on peut voir quelques réalisations des lycéens: une horloge taillée dans du bois, des «hand spinners» (toupies de main) de toutes les formes et même le châssis complexe d’une voiture télécommandée, dont les pièces ont été fabriquées grâce à l’impression 3D.

Faire naître des vocations

Au total, 12 makerspaces de tout autant de lycées luxembourgeois ont fait le déplacement pour présenter leurs créations et inviter les jeunes d’autres écoles à venir créer à leur tour. Le grand hall d’entrée du Lycée technique d’Esch-sur-Alzette est plein. Les organisateurs attendent jusqu’à 2.000 visiteurs tout au long de la journée.

«Le but des makerspaces, mais aussi de cette journée, est de donner à nos jeunes le goût de la technologie», souligne Serge Linckels du Service de coordination de la recherche et de l’innovation pédagogiques et technologiques (Script), en charge de ce projet. Mais à travers cette initiative, le ministère cherche également à créer des vocations dans un secteur que les élèves ont tendance à bouder.

La pénurie des profils technologiques et informatiques n’est en effet pas nouvelle et devrait s’accentuer dans l’avenir. Un handicap de taille pour le Luxembourg, qui a l’ambition de devenir une «start-up nation».

Nous verrons les fruits de ces efforts dans 5 ou 10 ans.

Candi Carrera, country manager chez Microsoft

Cette problématique, Microsoft la connaît bien. L’entreprise a fait le déplacement à Esch-sur-Alzette et propose des ateliers pour présenter les réalisations concrètes de l’intelligence artificielle qu’elle développe.

«Nous considérons que c’est important pour nos jeunes de pouvoir toucher à cette technologie et de leur dire que ce n’est pas abstrait et futuriste, mais que c’est quelque chose de très concret qui impacte déjà notre vie de tous les jours», explique Candi Carrera, le country manager de Microsoft. «C’est aussi, en toute modestie, peut-être un moyen de faire naître des vocations, même si nous pourrons voir les fruits de ces efforts que dans 5 ou 10 ans.»

Des chercheurs du List impliqués

Les makerspaces ont déjà su convaincre. En Seulement trois ans, 25 ont été créés dans le pays. Mais la majorité d’entre eux se trouvent dans des lycées techniques et s’adressent donc à des élèves déjà intéressés par les technologies.

Serge Linckels en est conscient, mais explique que le ministère tente aussi d’aider les lycées classiques à faire le pas. «C’est bien plus compliqué lorsqu’on ne dispose pas d’atelier spécifique au sein du bâtiment ni de professeurs de technologies», dit-il. «La création d’un makerspace représente pour ces établissements un investissement plus important, c’est donc normal que cela prenne plus de temps.»

Mais pas question d’attendre les retardataires. Le gouvernement veut aller de l’avant et projette déjà d’élargir cette initiative aux écoles fondamentales. Le Service national de la jeunesse (SNJ) doit accompagner une demi-douzaine de structures à créer leur propre makerspace à partir de septembre.

Pour cela, il a fait appel au Luxembourg Institute of Science and Technology (List) pour développer un kit comprenant tous les composants nécessaires à la fabrication de petits objets électroniques, comme un bracelet lumineux programmable, une poupée interactive ou un jeu papier-caillou-ciseaux électronique. Une manière de simplifier la mise en place de makerspaces dans les petites structures, mais aussi de les rendre plus abordables.