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Analyse

Comment sortir de la crise?



Yves Kuhn se demande si M. Draghi ne devrait pas s'inspirer davantage du discours de son homologue américaine Mme Yellen. (Photo: BIL)

Yves Kuhn se demande si M. Draghi ne devrait pas s'inspirer davantage du discours de son homologue américaine Mme Yellen. (Photo: BIL)

L’analyse d’Yves Kuhn, chief investment officer à la Banque Internationale à Luxembourg.

Le 18 septembre dernier, le capitaine de la plus grande économie du monde a publiquement reconnu s’être trompé. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine, a en effet confirmé avoir mal évalué la situation, en déclarant: «Nous avons péché par excès d'optimisme... Nous excluons pour l'heure tout durcissement de notre politique tant que nous n'aurons pas l'intime conviction que l'économie a renoué avec le niveau de croissance auquel nous aspirons.» Parmi les conditions évoquées, citons la preuve d'une diminution de la pression budgétaire, une croissance durable de l'emploi et le retour à un niveau d'inflation acceptable.

Autrement dit, la Fed continue de soutenir l'économie et maintient son programme d'achats d'actifs à hauteur de 85 milliards de dollars américains par mois. La liquidité excédentaire, en d'autres termes les liquidités qui ne sont pas directement nécessaires au bon fonctionnement des marchés monétaires, continue d'enfler.

En fonction du moment où la Fed commencera à réduire son programme d'assouplissement quantitatif, les injections dans l'économie américaine auront totalisé entre 4.000 et 5.000 milliards USD. Il est intéressant de noter que le président Bernanke estime que le niveau d'inflation n'est pas acceptable. Le taux d'inflation des prix à la consommation aux Etats-Unis se situe actuellement à 1,2% par an, ce qui, en soi, ne veut rien dire. Mais il est tout de même assez inquiétant que ce chiffre continue de baisser malgré les efforts considérables déployés par la Fed.

Et la zone euro, dans tout ça? Jusqu'à très récemment, la BCE s'était toujours refusée à reconnaître que la faiblesse de l'inflation pouvait constituer une menace pour la zone euro. Le montant des liquidités excédentaires dans la zone euro, qui a un temps culminé à 800 milliards EUR, est tombé sous les 200 milliards EUR, soit son niveau le plus bas depuis fin 2011 et, de manière plus importante, depuis que la BCE a introduit son programme d'opérations de refinancement à long terme (ORLT), pour un montant de 1.000 milliards EUR, afin de soutenir son système bancaire.

En d'autres termes, la BCE a commencé à réduire les liquidités excédentaires depuis fin 2012, provoquant une appréciation de l'euro ainsi qu'une augmentation de la balance courante de la BCE. Compte tenu de la baisse de la croissance du crédit (malgré l'argent bon marché procuré par les ORLT) et du taux de chômage de 12,2%, il y a peu d'espoir d'inflation, même si la liquidité monétaire ne diminue pas. En revanche, la réduction des liquidités excédentaires a fait tomber l'inflation dans la zone euro à 0,7%, soit bien en deçà de l'objectif de 2% que s'était fixé l'institution de Francfort.

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Qui a tort, qui a raison? Une zone euro qui réduit ses liquidités excédentaires et jugule toute inflation, ou la Fed qui continue à injecter jusqu'à 85 milliards USD par mois dans l'économie, avec une inflation actuellement à 1,2%? Janet Yellen, qui succédera prochainement à Ben Bernanke à la tête de la Fed, a récemment déclaré: «La quasi-stagnation de l'économie de la zone euro souligne la fragilité de la reprise et les dangers croissants d'une poussée de déflation dans la région. J'estime qu'il est impératif que nous mettions tout en œuvre pour promouvoir une relance très vigoureuse». Peut-être M. Draghi devrait-il s'inspirer davantage du discours de son homologue américaine.