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#CELEBRATINGLUXEMBOURG

«C’est un pays qui a le sens de l’humour et de l’autodérision»



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Filip Markiewicz est aussi connu sous le nom de Raftside. (Photo: D.R.)

Maison Moderne a choisi de placer l’année 2017 sous le signe de #CelebratingLuxembourg pour mettre en lumière celles et ceux qui contribuent au rayonnement du pays à l’étranger. La série se poursuit avec l’artiste et performeur Filip Markiewicz, également connu sous le nom de Raftside.

Filip Markiewicz a représenté le Luxembourg lors de la Biennale d’art de Venise en 2015 avec le projet «Paradiso Lussemburgo». L’artiste s’est fait une place dans le monde de l’art contemporain avec ses grands dessins au crayon, des condensés de l’actualité sociale et politique européenne et luxembourgeoise. Mais l’artiste est aussi vidéaste, ainsi que performeur et musicien. Il devient alors Raftside et c’est sous ce nom qu’il sort un nouvel album, «Empty Star», disponible en version numérique dès le 2 novembre et en version vinyle le 16 décembre (présentation aux Rotondes). Interview avec celui qui vit maintenant à Hambourg, est représenté par des galeries à Milan et Bruxelles et aura une exposition monographique au Casino Luxembourg à la rentrée 2018.

Monsieur Markiewicz, votre travail contribue à faire rayonner le Luxembourg à l’international. Quand en avez-vous pris conscience pour la première fois?

«Je ne sais pas si mon travail y contribue, mais merci pour le compliment... La première fois que j’ai pris conscience que mon travail fut considéré au-delà des frontières luxembourgeoises, c’est lorsque j’ai représenté le Grand-Duché en 2015 à la Biennale de Venise. J’ai eu des retours très positifs de la presse internationale ainsi que du public et des professionnels de l’art. Ce fut une énorme chance pour moi de pouvoir montrer mon travail dans ce contexte. Depuis cet événement, je fus invité dans des lieux prestigieux à travers l’Europe pour présenter mon travail, comme récemment en Suisse au Theater Basel dans le cadre de la foire Art Basel. C’est génial d’être invité uniquement parce que la qualité de son travail a convaincu un ou une directeur/directrice de théâtre ou de centre d’art.

Comment se positionne l’art luxembourgeois à l’international?

«Je ne pense pas qu’il y ait un art luxembourgeois, on peut éventuellement parler de mouvements esthétiques très divers... Mais je ne crois pas qu’il faille associer l’art à une nation. On ne parle pas non plus de nos jours d’art français ou d’art allemand. Il y a des artistes luxembourgeois, certes, qui vivent au Luxembourg ou ailleurs dans le monde, mais les artistes dans leurs créations sont libres et ne sont pas forcément liés esthétiquement à un pays. Les influences et mouvements artistiques sont très protéiformes, l’art se déplace à notre époque comme un liquide. Cela dit, l’art, ce n’est pas du vin auquel on peut coller une étiquette.

Peut-on parler d’un art typiquement luxembourgeois?

«Je ne crois pas qu’on puisse dire cela. À mon avis, l’époque de l’art des nations est révolue, même si la Biennale de Venise par exemple continue à fonctionner comme si nous étions encore à une époque colonialiste. C’est ce que j’ai essayé de raconter dans mon pavillon à Venise ‘Paradiso Lussemburgo’. J’avais écrit cette phrase pour mon film interprété par Leila Schaus et Luc Schiltz: ‘Le Luxembourg est un échantillon de l’Europe. Une goutte d’eau pour beaucoup de gens... Mais une goutte peut aussi être une larme. Et une larme, c’est l’Histoire...’

Le Luxembourg est un pays... fiable, dynamique et ouvert. Reconnaissez-vous le Luxembourg dans ces mots-clés retenus par le gouvernement?

«La question rhétorique que je me pose, c’est dans quel contexte ces mots-clés furent retenus? Bien sûr ‘fiable’ économiquement, avec une place financière ‘dynamique’ et ‘ouverte’ à des échanges commerciaux. Ce qui est déjà très bien, mais il faudrait sortir le Luxembourg du cliché qu’il projette si l’on veut une politique culturelle plus authentique. Je souhaiterais que la fiabilité d’un dialogue soit aussi prise en compte dans les discours et échanges artistiques, que la dynamique soit ouverte entre les différents domaines des arts, en traversant les différentes couches de notre société. Car même si on entend parfois cette musique qui tend à dire que l’art ça ne sert à rien, ou il faut que ce soit beau, coloré, cher ou que sais-je encore... n’oublions pas que l’on vit dans une époque très incertaine au niveau mondial et que c’est le devoir des gouvernements démocratiques de protéger les arts de tous les domaines, afin que nous ne nous précipitions pas à nouveau dans les pages sombres de notre histoire...

Que vous disent vos interlocuteurs à l’étranger sur le Luxembourg?

«Cela dépend dans quel pays étranger je me trouve. Parfois, mes interlocuteurs connaissent bien le contexte et sont enthousiastes, mais parfois, il y a une certaine condescendance, que j’essaie toujours de remettre en place. Ainsi, il y a encore beaucoup à faire pour faire comprendre aux gens que le Luxembourg n’est pas qu’une place financière, mais je crois que ce changement doit aussi venir de l’intérieur de notre pays.

Celebrating Luxembourg

Et qu’est-ce que vous leur répondez pour leur donner envie de visiter le Luxembourg?

«C’est un petit pays chaleureux où l’on peut parler quasiment toutes les langues européennes, et bien sûr bien boire et manger. Et ensuite, je dis souvent que même si dans ‘luxembourgeois’, il y a ‘bourgeois’, c’est un pays qui a le sens de l’humour et de l’autodérision. C’est d’ailleurs sa force principale sur laquelle il devrait encore miser davantage.

À quelle occasion étiez-vous particulièrement fier du Luxembourg?

«Je ne suis pas quelqu’un qui est souvent fier de quoi que ce soit, à part de mes enfants... mais j’aime les gens au Luxembourg lorsqu’ils sont humbles et honnêtes, et ces caractéristiques sont souvent présentes ici.»

L’aventure #CelebratingLuxembourg continue sur celebratingluxembourg.com pour découvrir toutes les personnalités.

Rendez-vous le 13 décembre pour le grand événement Celebrating Luxembourg.