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Argent comptant

«C’est parfois plus beau de rêver que de posséder»



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Jim Clemes est un passionné d’art contemporain. (Photo: Edouard Olszewski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Jim Clemes, administrateur délégué de Jim Clemes Associates.

Big Apple

Une devise par rapport à l’argent?

Jim Clemes.- «Success is not measured in the amount of money, but the number of people you impact.» (Le succès ne se mesure pas à travers l’argent mais par les personnes que vous arrivez à toucher à travers ce que vous faites.) Dans mon métier d’architecte, comme dans d’autres, c’est quelque chose d’important.

Un souvenir de votre premier salaire?

«J’ai réalisé, au cours de mes études aux États-Unis, un stage de trois mois dans une agence new-yorkaise d’architecture intérieure. Je gagnais à l’époque 3,12 dollars de l’heure. C’était trop pour mourir et pas assez pour vivre. Maintenant, de New York, je connais tout ce qu’on peut faire quand on n’a pas d’argent. C’était le règne de la débrouille, mais une expérience incroyable.

Qu’avez-vous fait de spécial avec votre premier salaire?

«J’ai invité ma petite amie de l’époque pour un dîner chez Ellen’s, un restaurant en vogue à New York.

Prix trop cassés

Avez-vous des passions coûteuses?

«Entre autres centres d’intérêt, j’aime les voitures de collection. Mais là encore, ça reste souvent du domaine du rêve. J’ai quelques voitures, j’aime surtout les anglaises. D’où cela vient-il? Il faut au départ quelqu’un qui vous initie, qui sait vous faire apprécier. Mais j’apprécie aussi particulièrement la symbiose entre design et performance. Enfin, c’est sans doute aussi lié à des héros de ma jeunesse, comme Michel Vaillant.

Est-ce que le prix de certaines choses vous dérange?

«Ce qui me dérange, ce sont les choses qui ne sont pas vendues à leur juste prix, qui sont bradées. Je ne comprends pas qu’on puisse vendre certains vêtements à des prix si bas. Des gens ont fait pousser du coton, l’ont récolté, d’autres l’ont transformé, et ces produits ont voyagé depuis l’autre bout du monde. Ça ne peut donc pas se vendre pour rien. C’est refuser de voir toutes ces personnes qui, dans la chaîne, ont contribué à cet objet.

Investir durable

Investissez-vous à titre personnel?

«Je fais confiance à mon banquier. J’ai eu beaucoup de chance de construire des bâtiments pour des institutions financières. Elles m’ont fait confiance, je leur fais donc confiance aussi et les moyens que j’ai, je leur ai confiés.

Quels types d’investis­sements conseilleriez-vous à vos amis?

«Selon moi, il y a trois sujets sur lesquels il faut que la société et chacun à titre individuel investissent: l’éducation, la santé et l’environ­nement. Miser sur le dévelop­pement durable. Sans cela, on ne fait plus rien.

La pierre, ça reste un bon investissement?

«J’y crois toujours. Ça a une valeur réelle. Le marché luxembourgeois est évidemment fortement marqué par l’évolution de la valeur de l’immobilier depuis 30 ou 40 ans, et ce qui se passe est ahurissant. Il ne faut sans doute pas tomber dans le panneau en continuant de croire que ça va continuer à ce rythme-là, mais cela reste une valeur fondamentale.

Back in the USA

Quel est votre dernier achat « plaisir »?

«Un ticket pour un concert de Bruce Springsteen à Broadway fin octobre. Je suis un grand fan. J’ai grandi avec lui. Je suis arrivé aux États-Unis en 1977, c’était vraiment la grande époque. En plus, même si les histoires qu’il raconte se rapportent aux États-Unis, elles peuvent très bien être transposées à Esch, où j’ai grandi. Pour moi, il est le poète d’une génération.

Un achat trop coûteux, mais que vous ne regrettez pas?

«Je me suis acheté une Aston Martin il y a plusieurs années. C’est une voiture d’une beauté incroyable. C’est un objet qui vieillit bien. Mais c’est aussi une voiture plaisir. Pour mes déplacements quotidiens, je roule en Mini, c’est plus facile.

Rêve d’art

Un rêve que vous n’avez jamais pu réaliser, faute de moyens?

«En tant que passionné d’art contemporain, ce serait l’achat d’une œuvre du peintre américain Mark Rothko, pour la beauté et la perfection qu’on retrouve dans ses toiles. Mais quoi qu’il en soit, il y a des choses qui doivent rester au stade du rêve. C’est parfois plus beau de rêver que de posséder.

Un objet dont vous ne vous sépareriez jamais?

«L’alliance de mon père, que j’ai perdu très tôt. Mais sinon, je ne suis plus très conservateur.

À quel luxe sacrifiez-vous à l’occasion un budget?

«Un risotto aux truffes blanches chez Mosconi, dans le Grund.»