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Mireille et Roland Meyers

Au nom du père



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Roland (47 ans) et Mireille Meyers (51 ans) travaillent ensemble, depuis plus de 30 ans, dans l’entreprise familiale. (Photo: Mike Zenari)

Dans la famille Meyers, on lave les bureaux sales en famille. Mais pas seulement. Enfants d’Édouard, Mireille et Roland Meyers dirigent Nettoservice, un des plus gros employeurs du pays. Alors que la troisième génération fait ses premiers pas, l’ambition reste de préserver le caractère familial.

Ils sont frère et sœur et gèrent depuis 30 ans le patrimoine familial. Un héritage fait de brosses, de shampouineuses, de nacelles pour nettoyer les vitres et, surtout, d’une armée de salariés qui se met en branle quand les autres travailleurs sont au repos: tôt le matin et tard le soir. Mireille et Roland Meyers sont les enfants d’Édouard Meyers, le fondateur du plus grand groupe luxembourgeois de nettoyage, Nettoservice. Ils ont grandi avec l’entreprise, de même que celle-ci s’est étendue avec la prise en importance de la place financière. «Nettoservice a commencé ses activités en 1974 au moment où l’activité bancaire s’est développée dans le pays, nous avons donc grandi avec nos clients», observent-ils.

Mais les débuts ne sont pas là. Or, il faut y revenir pour bien comprendre la place de chacun. Parce qu’il ne faudra pas oublier Fernand, le frère aîné, qui travaille plus ou moins en solo.

Partis de rien, Édouard et Fernande Meyers rachètent un magasin en 1964 et décident de se lancer dans la vente de machines et produits de nettoyage. Meyers & Cie est née ainsi. «À force de faire des démonstrations dans des entreprises, des clients ont fini par demander à notre père s’il ne pouvait pas assurer le nettoyage lui-même», explique Roland. Un nouveau déclic: en 1974 naît ainsi la société Nettoservice qui se consacre au nettoyage de bureaux, supermarchés, bâtiments publics. Mais sa première spécialité, alors que le Luxembourg financier émergeait, a été dans le nettoyage initial des bâtiments après les travaux de construction. Ce qui n’a pas manqué à l’époque.

Dans les années 1970, se lancer dans la sous-traitance reste un pari. De nombreuses entreprises ont encore leur propre personnel d’entretien. Mais la tendance va vers l’externalisation et l’activité s’étend. En 1983, Mireille et Roland intègrent l’entreprise dans laquelle ils ont l’impression d’avoir toujours vécu. Elle a 19 ans, lui trois de moins. «J’étais prête à me lancer dans des études, mais nous avions besoin de quelqu’un pour assurer la comptabilité. Et comme j’envisageais de toute manière de rejoindre l’entreprise familiale, j’ai plongé», raconte l’unique fille d’Édouard. La formation se fait donc sur le tas ainsi que par le biais de cours du soir. Pour Roland, la mise au bain est aussi directe. Après une longue formation en tant que magasinier-vendeur chez Meyers, il rejoint les équipes de nettoyage pour peaufiner un apprentissage de plusieurs années. Ensuite, il obtient des responsabilités opérationnelles, notamment le contact avec la clientèle.

Passage de témoin

Mais revenons brièvement à l’histoire de la société. En 1990, Édouard Meyers est à nouveau face à un client qui, cette fois, veut une solution pour la destruction de ses documents papier confidentiels. La famille relève le nouveau défi et crée Netto-recycling, aujourd’hui spécialisée dans la destruction de documents sous toutes formes (papier, disquettes, cassettes, etc.). En contact étroit avec les acteurs financiers, elle obtient d’ailleurs, en 2006, un statut de prestataire de services financiers (PSF).

Nous nous voyons tous les jours et ça n’a jamais posé de problème.

Mireille Meyers, Nettoservice

C’est la dernière grande création du patriarche. Cinq ans plus tard, il cède les commandes et se concentre sur les travaux entamés à Senningerberg pour réunir les différentes entités. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, le duo Mireille-Roland est parfaitement rôdé. «Nous nous voyons tous les jours et ça n’a jamais posé de problème», insiste Mireille. Ils organisent aussi une importante réunion de famille une fois par mois où les rejoint Fernand, qui gère de son côté Meyers, la société historique. «Nous y débattons de tout ce qui concerne les trois entreprises», confirment-ils. Tous trois ont le statut de gérant et sous leur responsabilité une large équipe qui compte désormais 1.400 personnes, avec la particularité que chez Nettoservice, neuf employés sur dix sont des femmes.

La famille, la priorité

Entre Mireille et Roland, le partage des tâches est parfaitement défini. Le volet administration (comptabilité, ressources humaines) des trois sociétés pour la sœur, l’opérationnel de Nettoservice et Netto-recycling pour le plus jeune frère. Et s’il y a bien une chose sur laquelle ils sont très clairs, c’est sur leur volonté de préserver le caractère purement familial de l’entreprise. «À la mort de notre père, en 2000, on nous a souvent posé la question de savoir ce que nous allions faire de l’entreprise. Pour nous, c’était évident et nous avons rapidement informé notre personnel de notre souhait de maintenir le contrôle familial.» Même si ce n’est pas toujours aisé dans un secteur monopolisé par de grands groupes internationaux. «C’est vrai que de notre côté, nous ne pouvons jamais réclamer du soutien à une maison mère située dans une grande capitale», argumente Roland Meyers. «Mais ça nous offre aussi une plus grande flexibilité.» Dans le même ordre d’idées, ils se fixent aussi des limites quant au développement de Nettoservice. Ils veulent rester personnellement joignables pour leurs clients, garder un contact direct.

Et puis, comment ne pas garder l’esprit familial alors que la troisième génération vient de faire son entrée dans l’entreprise? Depuis un an, les deux enfants de Mireille ont fait leurs premiers pas chez Nettoservice. Steve, 26 ans, est actif dans le département administratif, tandis que Chris, 23 ans, fait son apprentissage dans l’opérationnel. «Il travaille à mes côtés», précise Roland. Quant à sa fille à lui, elle n’a que 10 ans. «Le samedi, elle aime bien m’accompagner, s’intéresse aux machines, aux véhicules, pour elle c’est un grand terrain de jeu», sourit-il. C’est qu’il y a des choses à découvrir, l’air de rien, dans la société. Des shampouineuses aux tracteurs de déneigement, l’entreprise a toujours développé ses activités en tentant de répondre aux besoins de ses clients.

Au niveau des valeurs, Mireille et Roland Meyers ont toujours accordé beaucoup d’importance au respect de l’environnement. Un enjeu important dans une firme qui utilise quotidiennement de grands volumes de produits d’entretien et a besoin de nombreux véhicules. Aujourd’hui, Nettoservice répond aux normes environnementales ISO 14001 et ses responsables en sont fiers: «Depuis 10 ans, nous ne travaillons qu’avec des produits Écolabel et nous recherchons, autant que possible, les véhicules qui émettent le moins de CO2.» Un exemple pour une société qui fait figure de leader national dans son secteur et compte parmi les plus grands employeurs du pays.

Parcours du combattant

Dans la famille Meyers, les enfants du fondateur sont allés au charbon pour apprendre le métier et maîtriser les rouages de l’entreprise. Pas question donc de voir leurs propres enfants rejoindre le groupe sans réelles ambitions ni sans bagage. Une charte familiale a donc été instaurée. S’il entre dans l’entreprise, un membre de la famille doit disposer d’un diplôme ou d’un solide apprentissage dans les métiers pratiqués. Il devra aussi accepter d’être formé à prendre sa place dans un poste à responsabilités. Mais avant cela, il devra faire lui-même l’apprentissage des métiers du nettoyage.

Aujourd’hui, je reste capable de montrer à mes employés comment on lave des vitres.

Roland Meyers, Nettoservice

Il suivra donc un parcours du combattant dans les fonctions de base «afin de savoir de quoi il parle quand il devra prendre des décisions», justifient Mireille et Roland. «Aujourd’hui, je reste capable de montrer à mes employés comment on lave des vitres», assure Roland Meyers. «Et face à un client, je suis capable de juger assez rapidement de l’ampleur de la tâche et du matériel qui devra être utilisé.»