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Analyse

Actions européennes: l'heure des comptes a sonné



Yves Kuhn, Chief Investment Officer de la BIL (Photo BIL)

Yves Kuhn, Chief Investment Officer de la BIL (Photo BIL)

Yves Kuhn (Bil) évoque les rudes voies de la relance...

L'année 2013 aura été favorable aux actions européennes, l'indice MSCI Europe s'adjugeant un rendement total de 19,8% en euros. Faisant fi des craintes de «tapering», des défauts et des incertitudes quant aux élections, les marchés se sont focalisés sur les signes de relance. Ils ont cependant dû faire face à un nouvel obstacle en janvier de cette année, compte tenu des inquiétudes suscitées par les marchés émergents.

L'Europe s'est néanmoins montrée relativement robuste puisque les petites capitalisations à risque ont continué à surperformer les grandes capitalisations et que les craintes d'une fuite vers des actifs sûrs se sont rapidement dissipées. Les marchés européens ont donc récupéré leurs pertes en février.

Les fondamentaux restent solides

Les germes de croissance observés en 2013 se sont désormais généralisés à toute l'Europe. Les indicateurs avancés tels que l'indice PMI des directeurs d'achat de la zone euro et la confiance des consommateurs ne cessent de s'améliorer, le dernier PMI mensuel, à 54, étant conforme aux prévisions des économistes, qui tablent sur une croissance réelle du PIB de +1% pour 2014. Il convient également de noter que la différence d'activité entre les pays périphériques (Espagne et Italie notamment) et ceux du cœur de la zone euro continue de s'amenuiser.

La reprise s'étend enfin à la consommation, le sentiment des consommateurs dans la zone euro se situant à son plus haut niveau en trois ans, augurant une hausse des dépenses. Les ventes de voitures, par exemple, se sont récemment stabilisées après plusieurs années de baisse et montrent des signes d'amélioration, bien qu'elles restent de 30% inférieures au pic du dernier cycle.

Obstacles potentiels

Le ralentissement potentiel de la dynamique de l'activité aux Etats-Unis et à l'échelon mondial constitue l'une des principales préoccupations des investisseurs. Les indices des directeurs d'achat américains de janvier ont été moins bons que prévu, même si les indices PMI Flash de Markit ont inversé la tendance en février. Il est difficile à ce stade de ne pas penser que les conditions météorologiques extrêmes sont la principale cause du repli de janvier. Le contexte économique américain demeure favorable: la pression fiscale devrait diminuer en 2014, les demandes d'allocation de chômage se maintiennent dans une fourchette relativement saine de 300.000 à 350.000 et la croissance du PIB est annoncée à 2,8%. La saison de publication des résultats du quatrième trimestre aux Etats-Unis s'avère elle aussi relativement bonne et la croissance du bénéfice par action (BPA) devrait atteindre 8 à 9% cette année.

Autre source d'inquiétudes: les récents remous sur les marchés émergents, qui se sont répercutés sur les marchés développés et qui ont entaché les prévisions de croissance des derniers. S'il est possible que certains marchés émergents connaissent encore des difficultés, on notera que les entreprises européennes sont exposées aux marchés émergents à hauteur de 20% environ du total de leurs revenus. Tout comme l'été dernier, cette récente faiblesse n'a guère duré et s'est ensuite rapidement muée en opportunité d'achat.

Bénéfices: être ou ne pas être

Il est important de souligner que la progression des actions depuis le creux de 2011 est entièrement imputable à l’augmentation des valorisations. Celles-ci ne sont pas particulièrement tendues à très long terme, bien que proches de- leurs plus hauts niveaux des 10 années qui ont suivi l'éclatement de la bulle technologique. Cependant, le retour potentiel à la croissance du bénéfice par action en 2014 constitue une lueur d'espoir, les PMI actuels pointant vers une croissance de 10% et les bénéfices se situant pour l'heure à 35% sous leur pic de 2007.

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L'amélioration de l'environnement macroéconomique se traduira-t-elle effectivement par une croissance positive du BPA supérieure à 10% cette année et par la suite? Le consensus « sell-side » se prononce majoritairement pour une surpondération de l'Europe, sur base de l'hypothèse que l'augmentation des bénéfices précitée devrait prochainement se matérialiser. Si la reprise demeure fragile et s'il est peu probable que la volatilité s'estompe de si tôt, il est rassurant de voir la périphérie continuer à afficher des signes tangibles de relance. Les fondamentaux restent favorables à une croissance des bénéfices qui verra émerger des opportunités d'investissement intéressantes dans la région.