POLITIQUE & INSTITUTIONS

Transports publics

À perte pour le meilleur



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Si Mercedes croit toujours dans ses moteurs Euro 6 pour équiper ses autobus, Volvo ne vend plus que des bus hybrides depuis cinq ans. (Photo: Maison Moderne)

Si la technologie hybride pour les bus apporte de nombreux avantages environnementaux, elle reste économiquement moins rentable. Les transporteurs locaux ont pourtant misé sur ce système pour préparer l’arrivée du tout électrique.

Ils sont plus écologiques, mais pas plus économiques. Malgré les litres de fuel économisés par cette technologie par rapport à des systèmes de propulsion classique – jusqu’à 20% selon les transporteurs –, les bus hybrides restent plus coûteux que leur équivalent diesel. «Il faut d’abord compter un prix d’acquisition d’un tiers plus élevé, mais aussi prendre en compte le coût plus important de l’entretien régulier», note Georges Hilbert, directeur technique chez Sales-Lentz. «Sur une période de 10 ans, que nous prenons habituellement pour calculer la rentabilité d’un bus, il est à l’heure actuelle encore impossible de compenser ces surcoûts par l’économie de diesel.»

La rentabilité économique n’est pas la question pour ce genre d’investissement.

Romain Kribs, attaché à la direction chez Voyages Weber

L’entreprise, qui est l’un des principaux transporteurs du pays, a été le pionnier de l’adoption de la technologie hybride dans le secteur, en acquérant en 2009 les premiers bus du genre jamais commercialisés, développés par Volvo. Sept ans après, au mois de juin 2016, Sales-Lentz participait à une autre première mondiale: la mise en circulation de six bus plug-in hybrides, un système combinant la technologie hybride et le tout électrique. «C’est une vraie prise de risque technique, mais nous nous sommes toujours considérés comme des initiateurs du progrès dans ce domaine», précise M. Hilbert.

En attendant le tout électrique

Même son de cloche chez Voyages Weber. L’autre grand transporteur luxembourgeois a aussi choisi de miser sur l’hybride. «La rentabilité économique n’est pas la question pour ce genre d’investissement», confirme Romain Kribs, attaché à la direction. «Mais on parle de notre avenir et à un moment donné, il faut prendre ses responsabilités.» L’entreprise familiale a d’ailleurs été à la base d’une autre première mondiale en 2015 en développant, avec le constructeur suisse Hess et le spécialiste allemand des moteurs électriques Vossloh Kiepe, le bus Urevo, qui circule depuis le 3 mars 2015 sur la ligne 16, entre l’aéroport et Howald. Sa technologie lui permet de rouler en mode électrique dans la zone urbaine de son trajet et de passer au diesel au-delà, sans besoin de recharge.

Dans ce secteur, nous allons vers le tout électrique.

Laurent Bravetti, représentant de Volvo Bus au Luxembourg

Chez les constructeurs, les avis sont plus partagés. Pour Mercedes, les moteurs diesel ont encore un bel avenir devant eux. «La prochaine grosse étape pour nous est de proposer un bus totalement électrique», explique Uta Leitner, directrice de la communication de Daimler Trucks and Buses. La marque allemande avance d’ailleurs déjà une date: 2018.

Engranger de l’expérience

«Il est évident que dans ce secteur, nous allons vers le tout électrique», reconnaît Laurent Bravetti, le représentant de Volvo Bus au Luxembourg. Pourtant, la firme suédoise a décidé de se concentrer sur la technologie hybride et ne produit plus de bus urbain diesel depuis cinq ans. Aujourd’hui, Volvo Bus a vendu 3.000 bus hybrides dans le monde et vendra ses quatre premiers véhicules 100 % électriques à la Ville de Differdange au mois de mai. «Il est difficile de parler de rentabilité, mais durant toutes ces années, nous avons engrangé une expérience précieuse pour préparer le passage au tout électrique», ajoute M. Bravetti. «De plus, notre département de R&D a fusionné avec Volvo Trucks pour transférer notre savoir-faire aux camions. On verra peut-être prochainement des camions poubelles utiliser les mêmes stations de chargement que celles des bus par exemple.»

Notre priorité est de changer de paradigme pour devenir une ville durable.

Sam Tanson, première échevine de la Ville de Luxembourg

Pour les pouvoirs publics, la question de la rentabilité n’a pas beaucoup de sens. «Dans cette logique, il faudrait aussi quantifier la réduction de la pollution de l’air, qui impacte directement sur la santé publique», note Sam Tanson, première échevine de la Ville de Luxembourg. «Notre priorité est de changer de paradigme pour devenir une ville durable.» Son administration vient d’ailleurs d’annoncer qu’en 2017, elle achètera uniquement des bus hybrides ou 100 % électriques.