POLITIQUE & INSTITUTIONS
POLITIQUE

Avant les Assises culturelles

190 pages de développement culturel



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En 2016, Jo Kox a été désigné pour faire le suivi des Assises culturelles par le ministère. Deux ans plus tard, le plan de développement est sur la table. (Photo: ministère de la Culture)

Alors que les Assises culturelles démarrent ce vendredi après-midi, le Plan de développement culturel 2018-2028 a été diffusé. Une somme de 190 pages qui doit doter Luxembourg d’une vision pour la culture.

Cela ne fait pas loin de 10 ans que la scène culturelle en parle et l’attend, il était promis dans la déclaration de coalition: le «Kulturentwécklungsplang», ou Plan de développement culturel, vient de voir le jour. Il servira de base aux discussions qui se dérouleront ce vendredi et samedi dans le cadre des Assises culturelles, deux ans après les premières assises. 

Pendant ces deux années, Jo Kox, président du Fonds culturel national et mandaté par le ministère de la Culture, a consulté tout ce que le pays compte de représentants du milieu des arts et de la culture, d’opérateurs des instituts culturels, fondations, associations culturelles et établissements publics, de fonctionnaires nationaux et communaux. «Mais être à l’écoute des acteurs culturels n’était pas le seul objectif. Il importait tout autant d’interroger les missions, les moyens et les modalités de soutien qui avaient été alloués aux institutions et structures conventionnées et de les analyser dans leur contexte, tout en tenant compte de leur rôle social», précise-t-il.

Ces deux années lui ont permis de dresser un état des lieux des forces et faiblesses en place dans les pratiques culturelles comme dans les infrastructures et les acteurs en présence, puis de lancer une série de 61 recommandations qui serviront de guide pour les 10 années à venir en fonction des volontés politiques de chacun, notamment du prochain gouvernement.

La politique culturelle n’est pas là pour «s’exprimer ni sur l’usage des structures ni sur les créations qui en émanent. Elle crée l’espace et les connexions qui permettent à la vie culturelle de se développer», prévient Kox dès l’introduction, fraîchement datée du 28 juin 2018. Il sait que «les recommandations proposées répondent aux désirs formulés par les acteurs culturels sans relever dans l’immédiat de prises de décisions au niveau de la gouvernance.»

Une vision pour la culture

Après d’intéressantes et très documentées pages de définitions de ce que revêt le terme de culture et d’histoire de la politique culturelle du Luxembourg, y compris de l’évolution de son budget, on atteint le vif du sujet. À travers 10 chapitres, les recommandations sont présentées avec les résultats attendus, les limites, les prérequis (y compris législatifs et budgétaires), les risques encourus et les échéances souhaitables. Des références et «inspirations» sont associées aux propositions.

On lira ainsi au chapitre «gouvernance» qu’il faut «redéfinir la politique du subventionnement assuré par le ministère de la Culture», «simplifier les processus administratifs» ou encore «instaurer un nouveau mode de gouvernance des institutions culturelles sous tutelle du ministère de la Culture».

Création (augmenter les résidences d’artistes, réfléchir à des quotas de production luxembourgeoise à la radio, mettre à disposition des espaces de travail pour les artistes), valorisation du travail culturel (révision de la loi sur les intermittents, introduction d’une TVA culturelle, formation continue), patrimoine (réforme des lois sur le patrimoine, sur l’archivage et sur le mécénat dépôt national pour les collections), industries créatives (à rapprocher de la culture), régions (plan d’infrastructures culturelles, sensibilisation des communes), action internationale (la culture comme outil diplomatique), éducation artistique (formation en médiation culturelle pour les enseignants, place de l’éducation artistique de manière transversale), accessibilité et inclusion (Kulturpass, médiation), recherche et innovation (accord avec l’université, stratégie numérique) sont les autres chapitres de recommandations.

Nouvelles institutions

Plusieurs propositions supposent la création de nouvelles institutions ou la refondation de certaines institutions existantes pour les doter de nouveaux moyens et missions: Institut du patrimoine, Fonds pour le patrimoine culturel, Centre national de l’architecture. 

On sait depuis longtemps que Jo Kox rêve de la mise en place d’un véritable Art council, évolution et transformation du Focuna. La création de cette institution fait donc bien évidemment partie des recommandations du Plan de développement, sous le nom de Fonds pour la création artistique et culturelle. Financièrement et politiquement indépendant, il aura parmi ses missions «d’encourager la création artistique et soutenir les acteurs culturels professionnels notamment par le biais de subventions, d’aides financières, de subsides et de bourses attribués par l’entremise d’un processus d’évaluation par des experts».

Rayonnement et promotion des artistes professionnels au Luxembourg et à l’étranger, échanges artistiques, communication et concertation des intervenants culturels, mobilité, suivi de carrière des artistes… sont d’autres missions.

Et maintenant?

L’ampleur des propositions et recommandations est telle et les changements de paradigme sont parfois tellement profonds qu’il faut être un peu idéaliste pour espérer leur mise en place. «En vous plongeant dans la lecture des pages suivantes, vous allez très vite réaliser que les différentes étapes du plan ne peuvent se mettre en place ni avec effet immédiat ni simultanément», préviennent ainsi le ministre de la Culture et son secrétaire d’État. 

Aussi la nomination d’un Commissaire de gouvernement au plan de développement culturel qui veillera à sa mise en œuvre fait partie des recommandations. 

«Afin que ce document ne demeure ni lettre morte ni stérile, il faut qu’il continue à être porté par l’ensemble du secteur culturel comme par les décideurs politiques – sans distinction des partis politiques et sans servir de vecteur à des querelles politiques – ainsi que par la société civile», évoque le plan, un des documents les plus denses jamais développés sur la scène culturelle luxembourgeoise. La balle est dans le camp de la politique.