PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Le manager pour l’Europe De passage au Luxembourg

«N26 veut vraiment être la banque de demain!»



De passage au Luxembourg ce jeudi, le manager général pour l’Europe de N26, Sarunas Legeckas, a réaffirmé l’ambition à long terme de la néobanque: atteindre 100 millions de clients. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

De passage au Luxembourg ce jeudi, le manager général pour l’Europe de N26, Sarunas Legeckas, a réaffirmé l’ambition à long terme de la néobanque: atteindre 100 millions de clients. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Le manager général pour l’Europe de N26, Sarunas Legeckas, était de passage au Luxembourg jeudi, dans le cadre d’une conférence de The Banking Scene. L’occasion de réaffirmer les objectifs à long terme de la néobanque berlinoise.

Mardi et mercredi, au Paris Fintech Forum, les néobanques ont redit leur appétit pour bousculer les banques traditionnelles de détail. Sauf N26, invitée d’honneur de l’événement l’année précédente et qui n’y a pas participé cette année.

Le manager général pour la grande Europe, Sarunas Legeckas, est en tournée dans un certain nombre des 18 pays dont il est responsable pour écouter ce que veut le marché.

Sarunas Legeckas, en votre absence au Paris Fintech Forum, mardi et mercredi, vos concurrents ont clairement affiché leurs ambitions. Revolut, par exemple, a indiqué vouloir doubler le nombre de ses clients en 2020 à 20 millions. Et vous?

Sarunas Legeckas. – «Nous avons annoncé la semaine dernière avoir atteint 5 millions de clients, soit une augmentation de 125% par rapport à l’année précédente. Comme vous le savez, nous ne discutons jamais de nos objectifs chiffrés, sauf quand nous atteignons une étape importante. C’est pour cela que nous avons dit avoir atteint 100.000 clients en Irlande, 100.000 clients aux Pays-Bas et nous nous rapprochons de 100.000 en Belgique. Pour le Luxembourg, nous sommes plutôt à quelques dizaines de milliers de clients.

Et si nous pouvions continuer à croître sur la base de notre croissance de 2019 par rapport à 2018, ce serait parfait! Nous nous sommes lancés aux États-Unis il y a six mois et nous avons atteint 250.000 clients. Nous étudions le lancement au Brésil, où se trouve la plus grosse néobanque (Nubank, 12 millions de clients) au monde, qui profite que le pays soit sous-bancarisé.

Après cinq ans, et contrairement à ce qu’on imaginait au départ, on voit que les clients ne sont pas forcément des millennials...

«Non, il y a des millennials, bien sûr, mais cela va bien au-delà de jeunes qui veulent que les choses soient plus faciles et plus rapides pour moins cher. L’étude que KPMG a publiée récemment montre qu’un tiers des clients des néobanques ont plus de 45 ans. Le sens de ma visite, depuis mon arrivée il y a six mois, dans les 18 pays dont je m'occupe, est justement d’être le point de présence. D’accord, nous avons des centres de développement technologique à Barcelone ou à Vienne, mais le cœur de nos activités est réalisé à Berlin.

Nous sommes une ‘tech company’, mais nous voulons aussi être la banque de demain et donc bien comprendre ce que nos clients attendent de nous et ce qu’ils souhaitent comme produits. Le fait que nous soyons la première banque régulée – nous avons une licence bancaire en Allemagne depuis 2016 – montre que nos ambitions se trouvent à long terme.

Nous voulons atteindre 100 millions de clients à long terme, pour lesquels nous serons capables de répondre à leurs frustrations. Quand je suis en Grèce, on me parle de commission pour retirer de l’argent; ailleurs, il y a des frais de gestion de compte, comme au Portugal; dans d’autres endroits, le simple fait de changer un code de carte bancaire coûte de l’argent... On dit que HSBC est une banque globale. Mais si vous quittez Londres pour habiter Berlin, vous devez fermer votre compte et le rouvrir en Allemagne.

Première néobanque qui a une licence bancaire en Allemagne, N26 est aussi confrontée à des situations très différentes d’un État membre à l’autre.  (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Première néobanque qui a une licence bancaire en Allemagne, N26 est aussi confrontée à des situations très différentes d’un État membre à l’autre.  (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

L'Europe est à la fois le seul continent où la législation met tout le monde sur la même ligne et un marché extrêmement fragmenté. Comment allez-vous pouvoir mettre tout le monde d’accord? Quel genre de produits voulez-vous proposer? Du crédit? De l’épargne? Des monnaies cryptées?

«Il y a eu en Europe un déficit d’innovation pendant des années. Nous, nous voulons proposer la meilleure expérience possible sur les fondamentaux, retirer de l’argent, transférer de l’argent. Le plus important, c’est de construire une crédibilité, une confiance du même type que celle que les banques traditionnelles ont aujourd’hui. Le crédit, pas à court terme. Le bitcoin ou les monnaies cryptées, ce n’est pas un secteur régulé et si vous regardez toute la planète, vous ne trouvez que 10 millions de comptes...

Encore une fois, nous voulons proposer la meilleure expérience à partir de ce que nous comprenons des frustrations des consommateurs. Regardez Uber. Au début, tout le monde a râlé, surtout les chauffeurs de taxi. Mais cela a obligé les chauffeurs de taxi à redevenir polis, à veiller à ce que leur voiture soit toujours propre, à vous proposer des bonbons ou de l’eau, bref, à proposer une qualité de service irréprochable!»