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Chronique financière

Le mois de novembre sera déterminant pour l’Europe



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Olivier Goemans , h ead of i nvestment s ervices i nnovation  au sein de la Bil. (Photo: Maison Moderne/archives)

Les statistiques publiées en octobre dépeignent une économie toujours en difficulté dans la zone euro, brisant ainsi les espoirs d’un embellissement. Le responsable principal: le secteur manufacturier, particulièrement mis à mal par le conflit commercial sino-américain.

Mais dans la mesure où un accord partiel semble sur le point d’aboutir, c’est désormais le Vieux Continent qui risque de se retrouver dans le viseur de Washington. L’industrie européenne pourrait ainsi être à son tour directement frappée par des droits de douane, en plus des dommages collatéraux déjà subis.

Le commerce mondial a été sévèrement affecté par le bras de fer entre les États-Unis et la Chine, et sur fond de ralentissement cyclique généralisé. Dans ce contexte, la demande d’exportations européennes (essentiellement le matériel industriel) s’est effondrée. Les indices PMI publiés en octobre confirment la baisse de régime du secteur manufacturier. En effet, le PMI manufacturier de la région – s’inscrivant à 45,7 – a fait du surplace en octobre, contre 46 attendu (un chiffre inférieur à 50 est synonyme de contraction économique).

S’agissant de la zone euro dans son ensemble, la morosité du secteur manufacturier ne s’est, semble-t-il, guère propagée au tertiaire.
Olivier Goemans

Olivier Goemans,  h ead of i nvestment s ervices i nnovation,  Bil

Après s’être contracté de 0,1% au deuxième trimestre, le secteur manufacturier allemand a été durement touché et la Bundesbank a d’ores et déjà indiqué que le pays risquait d’entrer en récession (deux trimestres consécutifs de croissance négative). Les chiffres officiels pour le troisième trimestre seront annoncés le 14 novembre. Contrairement à l’Allemagne – avec le modèle économique tourné vers l’exportation –, le PIB français a progressé de 0,3% au troisième trimestre 2019.

S’agissant de la zone euro dans son ensemble, la morosité du secteur manufacturier ne s’est, semble-t-il, guère propagée au tertiaire. Le PMI des services pour le mois d’octobre est en effet ressorti à 51,8, offrant une première lueur d’optimisme. La situation est-elle tenable pour autant? L’indice PMI des services de la zone euro est tombé à son plus bas niveau en près de cinq ans et témoigne du net ralentissement de la croissance des services dans le secteur privé au cours du second semestre. La probabilité décroissante d’un «hard Brexit» et l’apaisement des tensions sino-américaines laissent toutefois espérer une lente amélioration des statistiques – ne dit-on pas que la confiance disparaît au galop mais revient au pas?

La zone euro pourrait devenir la nouvelle cible du protectionnisme américain.
Olivier Goemans

Olivier Goemans,  h ead of i nvestment s ervices i nnovation,  Bil

Cependant, comme l’a déclaré Mario Draghi lors de sa dernière conférence de presse en tant que président de la BCE, les risques restent orientés à la baisse. L’un d’entre eux menace d’ailleurs de se concrétiser en novembre: Washington pourrait en effet décider de braquer sa politique protectionniste sur l’Europe. Les relations commerciales entre les deux alliés se sont déjà dégradées en octobre, à la suite d’une décision rendue par l’OMC selon laquelle l’UE a accordé des subventions inéquitables à Airbus.

À ce titre, les États-Unis ont reçu l’autorisation d’imposer des droits de douane sur 7,5 milliards de dollars d’importations en provenance de l’UE. Alors que les États-Unis et la Chine devraient signer un accord de phase 1, la zone euro pourrait devenir la nouvelle cible du protectionnisme américain. On saura déjà le 13 novembre si Washington décide d’imposer des droits de douane sur les importations automobiles européennes, ce qui accentuerait sensiblement les tensions.

La BCE n’a jusqu’ici pas ménagé ses efforts pour contrer le ralentissement de la zone euro et le lancement d’un nouveau programme d’assouplissement se justifie par la faiblesse des données. Si les risques baissiers se matérialisent, Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la BCE, devra user de nouveaux subterfuges monétaires, ou déployer toute son habileté politique pour convaincre les gouvernements de délier les cordons de la bourse budgétaire.