POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

LUXEMBOURG 2030-2060

Un million d’habitants, pas forcément une catastrophe



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Le vieillissement de la population aura un double impact: d’abord, il faut anticiper les besoins en accueil et en soins des seniors, et ensuite, dans un vivier transfrontalier, il faudra trouver la main-d’œuvre utile. (Photo: Shutterstock)

Comment préparer le Luxembourg à son évolution démographique? Deux événements ont tenté d’apporter des réponses, en fin de semaine: une conférence avec la ministre de la Famille, de l’Intégration et à la Grande Région et la sortie des premiers «Cahiers de la Grande Région» par le Liser.

«Un Luxembourg à 1 million d’habitants n’est pas un scénario catastrophe si nous y travaillons.» La ministre de la Famille et de l’Intégration et ministre à la Grande Région, Corinne Cahen , a rappelé les vertus de l’anticipation,à l’occasion d’une table ronde organisée par l’Ordre des architectes et la Fondation Idea.

À l’horizon 2060 et en restant sur des croissances du PIB de 3% et de la productivité de 1,1%, a indiqué le directeur de la Fondation Idea, Muriel Bouchet, la population du Luxembourg atteindrait un million de personnes avec un nombre de frontaliers qui passerait à 600.000, soit 60% de la population active contre 45% actuellement.

Le vieillissement de la population porterait la part des plus de 65 ans de 14% aujourd’hui à 27% à la même échéance, avec tout ce que cela implique en besoins d’infrastructures pour les accueillir ou les soigner.

Un vivier épuisé et vieillissant

Si le débat s’est concentré sur la question de l’évolution du logement, de sa taille et du pouvoir des communes, le premier numéro des « Cahiers de la Grande Région » s’est attaché à étendre le débat au-delà des frontières nationales et à revenir à un espace-temps plus proche d’aujourd’hui (2030-2035).

Trois chercheurs, Vincent Hein (Fondation Idea), Frédéric Durand (Liser) et Michaël Vollot (Agape) s’intéressent à l’équilibre entre les frontaliers et les nouveaux résidents, aux enjeux du vieillissement sur la Grande Région et à la nécessaire collaboration du Luxembourg avec ses voisins.

D’ici 20 ans, les trois voisins «devraient connaître un retournement démographique», note M. Vollot:

«- L’Allemagne sera entrée de plain-pied dans un cycle de décroissance, posant le défi du renouvellement de sa main-d’œuvre;

- La Wallonie connaîtra un plafonnement de la croissance de sa population en âge de travailler, malgré une croissance démographique soutenue;

- Le Grand Est sera dans une situation contrastée, entre croissance démographique d’un côté et baisse de la population en âge de travailler de l’autre;

- Seul le Luxembourg prévoit une croissance économique et démographique, posant la question de l’équilibre du marché du travail luxembourgeois.»

La population en âge de travailler dans ces bassins de population pourrait baisser de 670.000 personnes alors que le Luxembourg aurait davantage besoin de main-d’œuvre.

Comment faire? En passant d’habitudes de recrutements de proximité à des recrutements de salariés venus de plus loin qui deviendraient de nouveaux habitants. À condition de mener une politique de logement offensive, prévient M. Hein.

«Il est certain», dit l’économiste de la Fondation Idea, «que des grands équilibres seraient affectés. Mais en l’absence de ‘bilan économique et financier’ du phénomène frontalier, les connaissances demeurent limitées pour en évaluer la profondeur. Un champ de recherche à creuser, assurément, afin d’éclairer tout choix politique en la matière.»