PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Les métaux industriels soutenus par des éléments cycliques et structurels



Manuel Maleki est économiste États-Unis et matières premières chez Edmond de Rothschild. (Photo: Edmond de Rothschild)

Manuel Maleki est économiste États-Unis et matières premières chez Edmond de Rothschild. (Photo: Edmond de Rothschild)

Depuis la réouverture des économies, les prix de certaines matières premières se sont mis à flamber. Dans sa chronique de cette semaine, Manuel Maleki, économiste chez Edmond de Rothschild, se penche sur les métaux industriels dont les prix sont aussi influencés par la transition énergétique.

Depuis quelques mois, les prix des matières premières connaissent une très forte hausse, l’indice S&P GS des métaux industriels a gagné plus de 75% entre avril 2020 et juin 2021. Parmi celles-ci, les métaux industriels se distinguent, car leur hausse répond à la fois à des éléments cycliques en lien avec la réouverture des économies, mais aussi à un élément plus structurel: la transition énergétique.

En effet, cette dernière a pour but, entre autres, de réduire l’empreinte carbone et s’inscrit plus largement dans l’idée de production plus responsable socialement et écologiquement.   

La pandémie a provoqué le ralentissement de la production de matières premières pour des raisons d’offre et de demande. Du côté de la demande, la fermeture des économies a impacté négativement la consommation de matières premières provoquant une baisse des prix, l’indice S&P GS des métaux industriels a reculé de 20% entre début 2020 et mars 2020. Du côté de l’offre, les industriels ont été obligés de réduire leur production à cause de la distanciation sociale, et aussi car ils n’arrivaient plus à écouler leur production du fait de la chute de la demande, par exemple, la production de lithium a diminué passant de 78.000 tonnes en 2019 à 47.000 tonnes en 2020.  

La relative bonne tenue de l’économie chinoise en 2020 et le redémarrage mondial observé en 2021 ont stimulé la demande de métaux industriels.

Manuel Maleki,  économiste,  Edmond de Rothschild

Toutefois, la relative bonne tenue de l’économie chinoise en 2020 et le redémarrage mondial observé en 2021 ont stimulé la demande de métaux industriels, surtout de la part de l’empire du Milieu qui représente la moitié de la demande globale de métaux industriels. En plus de relancer sa consommation de métaux, la Chine, comme beaucoup d’autres pays, a décidé d’augmenter ses réserves de façon à se prémunir de la pénurie en cas de retour de l’épidémie. Dès lors, les bonnes nouvelles macroéconomiques et en particulier celles en provenance d’acteurs importants de l’économie mondiale comme la Chine ou les États-Unis soutiennent les cours de ces métaux industriels. Par exemple, le dynamisme de la construction immobilière aux États-Unis et la forte hausse du prix du plomb ont provoqué un surcoût moyen à la construction de 36.000 dollars.

La crise du Covid a poussé les entreprises du secteur minier à ralentir non seulement l’extraction, mais aussi la transformation des minerais en lien avec la baisse de la demande. C’est donc toute la chaîne industrielle qui fait face à des difficultés de production, ce qui explique le fait qu’il faille attendre plusieurs mois avant que le secteur retrouve toute sa capacité de production.

Des effets temporaires, d’autres plus durables

En plus des contraintes pesant sur l’offre à cause de l’épidémie de Covid-19, certains métaux, comme le cuivre, connaissent une hausse de leur prix en lien avec des éléments externes comme les fortes tensions sociales et les grèves à répétition au Chili, pays qui produit 25% du cuivre mondial.    

Ainsi, ce déséquilibre engendré par une demande plus forte qu’attendu et une offre qui met du temps à retrouver son niveau d’avant-crise nourrit la hausse des prix que l’on observe actuellement. Toutefois, ces éléments revêtent un caractère temporaire et devraient s’estomper au fil des mois.

Les prix de certains métaux pourraient être soutenus par la transition énergétique. Ceci se ferait à travers différents canaux. Le premier serait celui des transports avec le glissement vers l’utilisation de moyens de transport plus verts comme le véhicule électrique. En 2020, environ 65 millions de véhicules ont été construits contre 90 millions en 2019. Parmi ces 65 millions, plus de 3 millions étaient des véhicules électriques, un nombre en hausse de 44%.

Un marché automobile qui se dirige de plus en plus vers des technologies vertes verrait la demande en lithium augmenter fortement.

Manuel Maleki,  économiste,  Edmond de Rothschild

Cet accroissement a été soutenu par des incitations financières. L’émergence de ce type de véhicule pose la question des métaux qui composent les batteries en particulier, la technologie utilisée dans 90% des batteries est celle du lithium-ion. Le lithium a vu son prix passer de 40.000USD la tonne début 2021 à près de 90.000USD la tonne actuellement. Un marché automobile qui se dirige de plus en plus vers des technologies vertes verrait la demande en lithium augmenter fortement, elle a déjà plus que doublé entre 2008 et 2018 et cela devrait encore s’accélérer. Dès lors, pour faire face à cette augmentation, les projets miniers se multiplient et ne restent pas cantonnés aux trois acteurs historiques (Australie, Argentine et Chili), qui représentent plus de 80% de la production mondiale. Cependant, ces nouveaux projets devraient prendre plusieurs années avant d’aboutir, ce qui devrait pour le moment se traduire par une offre inférieure à la demande.

Le cuivre, métal critique

Un deuxième canal de la transition énergétique est celui de la production d’énergie. Le cuivre, classé comme métal critique par l’Agence internationale de l’énergie lors de la publication de son rapport d’avril 2021 sur la transition énergétique et les métaux, est utilisé dans l’éolien, le solaire, les réseaux électriques, etc. Ce dernier a vu son prix passer de 2,2 dollars la livre en mars 2020 à près de 4,7 dollars la livre en mai 2021, dépassant son plus haut historique de 4,6 dollars la livre de février 2011. Cette hausse s’appuie, comme nous l’avons déjà mentionné, sur des éléments cycliques, mais aussi sur l’importance du cuivre dans la transition énergétique.  

Se pose alors la question de la production, qui, bien qu’en hausse de 25% depuis 2015, dépend largement de la production chilienne et péruvienne qui représentent plus de 35% de la production totale et qui ont connu ces dernières années des aléas importants en lien avec des questions sociales.

En conclusion, la flambée actuelle du prix des matières premières s’appuie sur des éléments communs à l’ensemble du marché (réouverture des économies, stockage de la part des pays, etc.), mais aussi à des éléments plus spécifiques à certains produits. Ceux qui sont essentiels à la transition énergétique comme le cuivre ou le lithium devraient bénéficier d’une demande dynamique dans les années à venir, ce qui devrait continuer de soutenir leur prix, ce qui ne serait pas le cas de ceux considérés comme non essentiels qui pourraient au contraire souffrir de leur impact négatif sur l’environnement.