POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Le GIEC adopte ses recommandations

Menace sur les terres, menace sur l’alimentation



259080.jpg

La terre craque, affirme le Giec, dans le deuxième des trois rapports qu’il a rendus jeudi 8 août au matin. Et les hommes politiques doivent réorienter leur programme. Une question environnementale, mais aussi de sécurité alimentaire. (Photo: Shutterstock)

Au terme d’une dernière nuit de tractations, les 196 parties prenantes au rapport du Giec sur le changement climatique et la terre ont adopté 43 pages de recommandations aux hommes politiques. La terre est sous pression. Et donc l’alimentation aussi.

«La terre doit rester productive pour maintenir la sécurité alimentaire, alors que la population augmente et que les impacts négatifs du changement climatique sur la végétation augmentent. Cela signifie que la contribution de la terre à la lutte contre le changement climatique est limitée, par exemple par la culture de plantes énergétiques et le boisement. Il faut également du temps aux arbres et aux sols pour stocker efficacement le carbone. La bioénergie doit être gérée avec soin pour éviter les risques pour la sécurité alimentaire, la biodiversité et la dégradation des sols.»

Il aura fallu un dernier marathon de discussions aux 196 parties prenantes à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, réunies depuis le 2 août à Genève, pour se mettre d’accord sur un résumé de 43 pages à l’intention des décideurs.

Le rapport spécial, présenté jeudi 8 août, sur «les changements climatiques, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres» s’insère dans un ensemble de trois rapports, avec celui, rendu public en octobre 2018, sur les effets d’un réchauffement de 1,5°C, et celui, attendu en septembre, sur les océans et la cryosphère (calottes polaires, glaciers de montagne et banquises).

Ce rapport scientifique de 1.200 pages a été établi par une centaine de chercheurs de 52 pays – dont, pour la première fois, une majorité d’auteurs de pays en développement.

Derrière ces phrases générales se cachent des réalités concrètes mises en évidence par le rapport:

- 1/4 à 1/3 des terres sont utilisées pour l’alimentation;

- l’agriculture utilise 70% des ressources en eau disponibles;

- 23% des émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement climatique, viennent de l’agriculture;

- 25 à 30% de la production alimentaire agricole sont perdus;

- 2 milliards d’individus sont obèses ou en situation de surpoids, alors que 821 millions de personnes n’ont pas un accès nécessaire à l’alimentation.

Vers une impasse

Dans une première réaction, la députée européenne écologiste Tilly Metz a appelé à une mobilisation générale et sans délai. «Nous avons besoin d’une politique agricole durable et de règles claires pour la protection des forêts et des sols. La politique agricole actuelle est un vestige des années 1950 – elle avait du sens à l’époque –, mais mène maintenant à une impasse politique environnementale et climatique.»

«Nous avons besoin d’une politique agricole européenne commune qui investisse dans le climat, l’environnement et la biodiversité, et permette aux agriculteurs de passer à des méthodes de production respectueuses de l’environnement et respectueuses du climat, au lieu de subventionner des monopoles fonciers et agricoles», poursuit la députée européenne.

«Le rapport présenté aujourd’hui sur le changement climatique et l’utilisation des sols suscite des inquiétudes: la Commission européenne doit prendre au sérieux les engagements qu’elle a pris avec l’accord de Paris et présenter une nouvelle proposition de réforme de la politique agricole commune!»