PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE FINANCIÈRE

Le marché actions américain surévalué de 9%



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Jacques Chahine, président de JAJ Investment Group et Chahine Capital. (Photo: Maison Moderne)

Le marché américain poursuit une ascension inexorable et a comblé son drawdown à partir du pic du 20 septembre 2018. L’indice S&P 500 a battu ses records jusqu’à 2.954 points. Cette hausse est attribuée au virage à 180° de la Fed sur sa politique monétaire redevenue accommodante et à un apaisement dans la guerre commerciale avec la Chine.

Le taux à 30 ans est passé d’un plus haut de 3,48% à un point bas récent de 2,83%. La courbe des taux s’est quelque peu repentifiée et un cours plus élevé semblait justifié. Mais le marché s’est envolé plus vite que nos objectifs de cours, faisant fi des profits anémiques de 2019.

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La courbe des taux reste encore inversée (Graphique: Chahine Capital)

Notre «fair value» du S&P 500 est à 2.690 points pour une clôture à 2.927, soit une surévaluation de 9%. Nous estimons qu’une partie de la hausse récente est technique: alors que les investisseurs traditionnels affichent des retraits nets de 15 milliards de dollars depuis le début de l’année, les entreprises ont racheté leurs propres titres à la cadence de 230 milliards de dollars sur 3 mois, faisant envoler leurs cours et améliorant d’autant leurs bénéfices par action. Les fonds mutuels ont vu des gros retraits en faveur des ETF qui poursuivent leur ascension inexorable.

Le géant Apple, par exemple, voit ses bénéfices en retrait de 23% sur T1 mais son bénéfice par action ne baisse que de 12%. Les marchés mondiaux ont suivi Wall Street avec l’indice MSCI World en hausse de 17% depuis le début de l’année et le S&P 500 de 18,2%. L’informatique affiche une hausse époustouflante de 27% alors que les profits sont quasi stables. Le secteur a multiplié ses cours par 5,3 sur 10 ans alors que l’indice les multipliait par quatre. Nul ne sait où s’arrêtera la surperformance de l’économie digitale.

Les profits sont nettement en retard sur les cours. Le consensus table sur une hausse moyenne de 1,8% des profits par action en 2019 malgré le rachat de titres au rythme de 3,5% du capital. Les résultats du premier trimestre seront en baisse de 2% sur 1 an avec le secteur énergie à -32%. Les profits du secteur IT sont en baisse de 5%. Les finances, la santé, les industriels et les biens de consommation cycliques tirent leur épingle du jeu.

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Beaucoup de secteurs subissent un mauvais trimestre. (Graphique: Chahine Capital)

Le deuxième trimestre sera également dans le rouge selon les dernières guidelines des entreprises. Le multiple 2019 du S&P 500 est à 17.7x et celui de 2020 à 15.5x si on croit au rebond de 11,4% des profits sur cette année. Notre estimation «top-down» retient 9% et 7% pour 2021, pour autant que l’on ne traverse pas une récession.

Cette prudence sur les profits se justifie par une croissance mondiale qui s’est effritée à 2,9% ce mois-ci par rapport aux 3,3% de 2018. Nos chiffres de croissance mondiale, plus faibles que ceux du FMI, sont en devises alors que ceux du FMI sont en parité de pouvoir d’achat où la Chine est surpondérée avec sa croissance du PIB de 6,2%. Les prévisions pour les US sont également prudentes de la part de la Fed et du consensus des économistes à 2,3% pour 2019 et 1,8% en 2020 malgré les bons chiffres du premier trimestre.

Sa hausse de 3,2% masque une très faible croissance de la consommation et une forte hausse de l’investissement à base de constitution de stock. La courbe des taux s’est un peu repentifiée depuis un mois et le 30 ans qui sert à notre modèle s’est tendu de 2,87% à 2,95%. Ce sont ces hypothèses qui nous donnent un objectif de cours de 2.794 points fin 2019 et un cours instantané de 2.690 points. Le modèle constate une croissance moyenne des profits sur huit ans de 3,4%, en dessous de la croissance potentielle car le modèle intègre une forte probabilité de récession sur les huit prochaines années. En cas de récession, la correction serait de 18% dans un premier temps pour se stabiliser à -10% ensuite.

En matière de gestion privée patrimoniale, un investisseur n’est jamais en dehors du marché. Une saine gestion consiste à maintenir en permanence une exposition actions et la faire varier légèrement autour de son benchmark. Nous recommandons par exemple 34% d’exposition actions pour un benchmark de 40%. Le niveau actuel de cours nous incite à maintenir la position de sous-pondération, mais profiter d’une forte correction pour se repositionner.

Le marché européen est quasiment à son juste prix. Il est soutenu par des taux incroyablement bas mais il est contrarié par une profitabilité structurelle médiocre de ses sociétés.