LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Sorties

Secret d’histoire (1/10)

Luxembourg raconté en histoire: 963



La charte d’échange de 963. Dépôt de la Ville de Trèves, Collection Lëtzebuerg City Museum. (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

La charte d’échange de 963. Dépôt de la Ville de Trèves, Collection Lëtzebuerg City Museum. (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

Le Luxembourg se raconte aussi par son histoire, les grandes dates et les petites anecdotes, ces événements qui ont façonné le Grand-Duché jusqu’à ce qu’il devienne ce qu’il est aujourd’hui. Tout au long de l’été, Paperjam a demandé à l’historien Guy Thewes, directeur des 2 Musées de la Ville de Luxembourg, de raconter l’histoire du pays à travers 10 dates. Pour cette première étape dans le temps, retournons au 17 avril 963.

17 avril 963

Le comte Sigefroid acquiert le castel appelé «Lucilinburhuc»

Guy Thewes. – «Le nom de Luxembourg signifie ‘petit château’. Il apparaît pour la première fois sous sa forme latinisée dans une charte du Xe siècle. Ce document, aujourd’hui conservé au Lëtzebuerg City Museum, nous dit qu’en 963, un certain comte Sigefroid, de noble ascendance, obtient de l’abbaye Saint-Maximin de Trèves un fortin appelé ‘Lucilinburhuc’ en échange d’une terre située à Feulen. Dominant la vallée de l’Alzette du haut d’un éperon rocheux, surveillant le croisement de deux routes antiques, ce point stratégique devient par la suite le château familial des puissants comtes de Luxembourg.

Au fil des siècles, une véritable ville et un pays se développent autour du noyau initial. 963 pourrait donc faire figure de date de naissance du Luxembourg. Mais, ironie de l’histoire, l’auteur de la charte s’est trompé de date! En effet, il écrit que l’échange a lieu le 17 avril 963, un dimanche des Rameaux. Or les historiens ont recalculé et ils ont constaté qu’en 963, les Rameaux tombaient un 12 avril. Les seules années où les Rameaux correspondent à un 17 avril sont 824, 987 et 1071. S’agit-il d’une simple erreur du scribe? Ou les moines de Saint-Maximin ont-ils confectionné un faux document? Probablement le transfert s’est d’abord réalisé au cours d’une cérémonie symbolique en présence de témoins. Par contre, l’acte n’a été rédigé que des années, voire des décennies après l’événement, peut-être en 987 quand l’archevêque de Trèves est venu consacrer l’église du château. Qui se souvenait alors encore de la date exacte?»

Guy Thewes est docteur en histoire et directeur des 2 Musées de la Ville de Luxembourg. Après quelques années d’enseignement, il entre au service du Musée d’histoire de la Ville de Luxembourg en 1993 en tant qu’historien, avant de devenir conservateur en 1999. Il est également secrétaire général de l’Institut grand-ducal de Luxembourg et représentant de la Ville de Luxembourg au sein du Réseau des villes fortifiées de la Grande Région.

Le château de «Lucilinburhuc» sur l’éperon rocheux du Bock. Vue imaginaire dessinée par Michel Engels en 1886. Collection Lëtzebuerg City Museum (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

Le château de «Lucilinburhuc» sur l’éperon rocheux du Bock. Vue imaginaire dessinée par Michel Engels en 1886. Collection Lëtzebuerg City Museum (Photo: Lëtzebuerg City Museum)