PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Private Equity

CARTE BLANCHE

Luxembourg, partenaire idéal de l’Afrique… mais…


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De nombreux fonds investissent aujourd’hui en Afrique. Le continent attire et est d’ailleurs considéré comme une source de croissance pour les 30 prochaines années. Grâce à ses atouts, le Luxembourg entend devenir un partenaire pour les firmes de Private Equity qui souhaitent investir dans ces pays.

Le continent africain, à travers ses 54 pays, démontre sa résilience face au Covid-19 et confirme son statut de «terre promise» du Private Equity. En effet, le développement constant des technologies (télécoms, cybersécurité, fintechs), l’agritech, la multiplication des PME et le besoin d’infrastructures sont autant d’opportunités d’investissement. «Durant longtemps, ce continent n’était pas considéré comme un lieu de développement économique. Le boom économique s’est produit avec l’apparition de technologies comme le mobile payment pour combler le manque d’infrastructures bancaires et impliquer les populations dans le circuit financier, mais aussi avec le développement des PME», explique Bertrand Moupfouma, Partner chez Themis Lex.

 Le continent est toutefois confronté à une limite: le besoin d’investissements. Des capitaux sont nécessaires pour soutenir ces activités présentant un fort potentiel de croissance. Dans ce contexte, certains pays africains ont établi des ponts avec des concurrents, mais néanmoins amis, du Luxembourg afin de développer des investissements et relations commerciales. «Il s’agit d’une part des pays qui nous entourent comme l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Irlande, mais aussi Singapour. Le Rwanda a par exemple rejoint la plateforme numérique internationale d’affaires de la banque centrale de cet état. Elle permettra aux entreprises rwandaises de vendre à l’international sans entraves».

Le continent est toutefois confronté à une limite: le besoin d’investissements. Des capitaux sont nécessaires pour soutenir ces activités présentant un fort potentiel de croissance.
Bertrand Moupfouma

Bertrand Moupfouma,  Partner,  Themis Lex

  Le Luxembourg, une place de choix

 En matière de capital investissement, le Grand-Duché apparaît toutefois comme un partenaire idéal. Le pays est en effet doté d’un environnement sécurisé et prudentiel au cœur de l’Europe, mais aussi d’atouts juridiques permettant d’attirer des investisseurs et d’optimiser et/ou sécuriser leurs intérêts. À titre d’exemple, le RAIF est un outil adapté via ses piliers que sont l’AIFM, la banque dépositaire, le réviseur indépendant en plus du risk management. À cela, ajoutons le fonds d’investissement spécialisé et sa supervision directe par la CSSF, la SICAR ainsi que les emplois possibles du véhicule de titrisation. «Notre réactivité et notre reconnaissance en tant que Place des fonds d’investissement et du PE font que nous sommes connus pour réaliser des deals win-win. Les acteurs souhaitant investir en Afrique peuvent utiliser les véhicules et atouts luxembourgeois».

 En outre, l’expérience du Luxembourg relative aux normes ESG figure parmi ses outils pour investir en Afrique, car un certain nombre d’entreprises d’investissement alternatif se sont engagées dans des stratégies responsables et éthiques, avant que ces règles ne deviennent obligatoires.

 Ces acteurs luxembourgeois ont donc l’expérience de la conformité aux normes les plus élevées de gouvernance de la responsabilité d’entreprise et de sa contribution réelle et potentielle à l’économie locale. Or, dans le cadre d’investissements en Afrique, cette expérience des critères ESG permet d’associer la qualité de la gouvernance à l’efficacité de l’investissement.

 Si certaines firmes de Private Equity occidentales se tournaient plutôt vers une juridiction comme l’île Maurice ayant développé des outils et disposant d’un plus grand tissu de conventions de double imposition, d’autres envisagent de délaisser aujourd’hui cette place pour bénéficier des atouts luxembourgeois. «Le pays apparaît comme un complément, une alternative à l’île Maurice. Il est en mesure de devenir un hub pour les investissements en Afrique».  

Le pays apparaît comme un complément, une alternative à l’île Maurice. Il est en mesure de devenir un hub pour les investissements en Afrique.
Bertrand Moupfouma

Bertrand Moupfouma,  Partner,  Themis Lex

  Changer la perception de l’Afrique

Toutefois, ces firmes sont trop souvent confrontées à des fins de non-recevoir dans le cadre d’ouvertures de comptes bancaires liées aux politiques KYC/AML des banques et préfèrent renoncer au profit de juridictions voisines. Ces refus sont généralement systématiques, sans examen approfondi du dossier ou de la qualité des porteurs du projet. Les banques justifient leur décision par le fait que ces investissements ne s’inscrivent pas dans leur politique ou que le travail de KYC pour ce type de dossier nécessite trop de ressources et implique trop de risques. Ces refus créent parfois des situations ubuesques, car ces projets bénéficient parfois de fonds de la Banque africaine de développement dont le Luxembourg est un contributeur financier. Une problématique devenue préjudiciable pour la Place.

Afin de remédier à cette situation, établir des standards conformes aux exigences du Luxembourg et transparents est nécessaire. Tout comme le fait de multiplier les traités de double imposition. Des initiatives ont été mises en place dans ce sens. «La Chambre de Commerce multiplie les missions économiques dans les pays africains dans le but de multiplier les partenariats entre entreprises. La LHOFT met à l’honneur les start-up africaines tandis que LuxAfrica réunit les professionnels basés ici cherchant à développer des affaires entre le Luxembourg et l’Afrique et sensibilise les autorités locales à ce sujet.»