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SECTEUR AéRIEN

LuxairGroup résiste aux pressions



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Malgré sept ans de concurrence de plus en plus vive, Paul Helminger (à droite) laisse les clés de LuxairGroup à Giovanni Giallombardo avec un bilan positif. Ce dernier entend faire de la société la référence de la Grande Région. En deux ou trois ans. (Photo: Matic Zorman)

Concurrence acharnée, coûts du kérosène, des taxes CO2 et de personnel, transformation digitale: LuxairGroup est attaquée de tous les côtés. La société a clôturé 2018 avec un résultat opérationnel positif de 800.000 euros et un résultat net de 12,5 millions d’euros. 

«Quand j’ai pris la tête de la société, on m’appelait toutes les semaines pour me demander quand Ryanair allait arriver. Aujourd’hui, vous n’avez qu’à regarder: la concurrence est là, et nos résultats aussi!» À 78 ans, Paul Helminger , qui présidait sa dernière conférence de presse pour LuxairGroup, s’apprête... «à voyager», dit-il avec malice au siège de la société à Munsbach.

En huit ans, avec les arrivées des EasyJet, Ryanair, Lot et autres Volotea, la compagnie aérienne Luxair Luxembourg Airlines a perdu 50% de ses parts de marché, pour s’établir à 52,78% l’an dernier. Illustration, Luxair est présente cinq fois dans le top 10 des principales destinations en nombre de sièges par semaine: Londres (3.040), Palma (2.046), Dublin (1.833), Munich (1.672) et Milan (1.368).

Pourtant, au moment de quitter son fauteuil de président du conseil d’administration de LuxairGroup et de ses quatre lignes d’affaires, il rappelle que «les progressions que LuxairGroup a connues lors de cette dernière décennie sont extraordinaires: +79% de passagers pour Luxair et LuxairTours, +158% de passagers servis à l’aéroport, +42% de tonnes transportées pour LuxairCargo. Ces performances ne tombent pas du ciel! Avec 3.000 salariés et 3.000 emplois indirects, nous sommes un des premiers employeurs du pays.»

LuxairTours compense Luxair Luxembourg Airlines

Pour l’instant, LuxairTours (+9,7 millions de bénéfice) a compensé les pertes de Luxair Luxembourg Airlines (-10 millions), prise en étau entre une concurrence au Findel, mais aussi dans la Grande Région (avec les aéroports de Metz et de Sarrebruck).

«Nous avons augmenté les fréquences sur certains vols et notre politique tarifaire est plus agressive», explique son directeur général, Adrien Ney , qui rappelle aussi qu’en 2018, neuf compagnies ont fait faillite et trois autres depuis le début de l’année, sans parler des situations compliquées pour Alitalia et Thomas Cook Airlines.

Avec les achats de deux Boeing, dont le dernier arrivera en juillet, la compagnie aérienne aura 11 Bombardier Q400 (76 sièges), quatre Boeing 737-700 (141 sièges) et quatre autres 737-800 (186 sièges). Le nombre de sièges qu’elle peut vendre a augmenté de 12% et le nombre de vols de 14%, mais son taux de remplissage reste stable à 64%, contre plutôt 85% pour les compagnies low cost.

Vers les Émirats arabes unis cet hiver

Mathématiquement, le fait que plus d’avions qui effectuent davantage de rotations se traduit par une hausse de la consommation de kérosène (+5,5% à 936.279 litres) qui grève les profits en raison de la volatilité de son prix (multiplié par deux en trois ans), au même titre que les coûts liés à la compensation des émissions de 254,3 millions de tonnes de CO2 (3 millions d’euros) et l’indexation automatique des salaires (4%).

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Le prix du pétrole a doublé en trois ans, et les certificats pour compenser les émissions de CO2 coûtent 3 millions d’euros par an. De quoi gréver les résultats. (Photo: Matic Zorman)

Si LuxairTours a pu compenser, c’est que les crises se sont apaisées en Égypte, en Tunisie et en Turquie, pays qui génèrent les deux tiers des passagers, en augmentation de 30.000 l’an dernier sur 698.163 passagers transportés jusqu’à leur hôtel.

Pour le 50e anniversaire de LuxairTours, les destinations favorites restent Palma de Majorque, Malaga, Djerba, Faro et Tenerife. Cet hiver viendra s’ajouter Ras Al Khaimah, aux Émirats arabes unis, en vol direct.

LuxairCargo en baisse de 23,5%

2018 devait être une bonne année pour LuxairCargo, 5e affréteur aérien européen jusqu’aux trois derniers mois de l’année qui ont ramené la croissance à 2%. Avec une hausse de plus de 20% des produits pharmaceutiques et de plus de 58% du transport de chevaux, la compagnie profite des niches pour amortir un lourd investissement dans son nouvel outil de gestion logistique.

Deux nouvelles positions d’avions gros porteurs ont été ajoutées, qui portent le total à 12 avions que l’on peut charger ou décharger en même temps.

Les premières statistiques de l’année montrent déjà que celle-ci sera difficile, avec un ralentissement de plus de 10%.

Le «handling» profite de l’essor de l’aéroport

Avec 15 compagnies aériennes qui ont transporté deux fois plus de passagers (4,04 millions de passagers) qu’en 2011, LuxairServices voit ses résultats progresser de 20%. Cette hausse lui permet de continuer à financer la digitalisation.

Pour ses premiers mots de président du conseil d’administration, l’Italien Giovanni Giallombardo commence par remercier son prédécesseur «qui a fait un excellent travail, ce qui a permis d’avoir ces résultats-là». Puis il rassure sur ses intentions. «Le groupe appartient à l’État luxembourgeois, ce qui en fait un partenaire stratégique. Notre objectif sera de performer malgré la compétition pour offrir à cet actionnaire les performances qu’il attend.»

Et bien qu’il annonce un tour d’horizon, directeur par directeur, pour examiner les marges potentielles de croissance et de bénéfice, l’ancien banquier explique déjà qu’il veut que LuxairGroup devienne la référence dans la Grande Région. «Nous sommes bien armés. Nous avons quelques réserves. Comme les écureuils, nous avons mis des noisettes de côté.»

Une stratégie pour les deux ou trois prochaines années verra le jour prochainement. «Un concept», dit Adrien Ney.