ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Bill Aulet (MIT)

«L’esprit d’un pirate, l’exécution d’un Navy Seal»



222765.jpg

Bill Aulet a réalisé, après ses trois premiers business, quel intérêt pouvait avoir une méthode systématique pour accompagner un projet de création de société. C’est la discipline entrepreneuriale. (Photo: Martin Trust Center for MIT Entrepreneurship)

Professeur de management au MIT, écrivain à succès et entrepreneur qui a levé plus de 100 millions de dollars, Bill Aulet donnera une masterclass inédite à l’Université, ce week-end. Ses conseils valent de l’or.

«L’entrepreneur doit avoir l’esprit d’un pirate et l’exécution d’un Navy Seal.» Un conquérant au sang froid. Mais au lieu de sa citation préférée, Bill Aulet utilisera probablement sa question favorite, ce samedi matin, dans l’incubateur de l’Université de Luxembourg, pour démarrer une masterclass inédite de 48 heures: «Pensez-vous qu’on puisse enseigner comment devenir un entrepreneur à succès?»

Après une longue journée de cours au Massachusetts Institute of Technology, une longue nuit d’avion entre Cambridge et Paris, puis un trajet en TGV de Paris à Luxembourg, pour sa première visite au Grand-Duché, ce diplômé d’Harvard en ingénierie et du MIT en management attendra avec gourmandise les «rebelles» qui répondront «non!».

Quand j’ai dit à ma mère que je voulais devenir entrepreneur, elle a cru que je voulais devenir chômeur.

Bill Aulet,  professeur au Martin Trust Center,  MIT

Non pas que le professeur du MIT et entrepreneur à succès soit convaincu du contraire, mais son cours s’appuie sur son best-seller «La Discipline entrepreneuriale», sorte de méthode en 24 pas. Vendu à 100.000 exemplaires depuis 2013, l’ouvrage vient d’être publié en français. «Je ne crois pas que cela garantisse le succès, mais ceux qui l’utilisent connaissent un développement plus rapide», avance-t-il jeudi après-midi par téléphone à Paperjam. «Quand j’ai commencé, il y a 25 ans, j’aurais aimé avoir cette méthode», plaide l’ancien cadre d’IBM. «À l’époque, je me suis dit que si des gens comme Bill Gates y arrivaient, je pourrais y arriver aussi!»

900 nouveaux business chaque année au MIT et autant de succès

Aujourd’hui, cette recette magique traduite dans 20 langues est largement utilisée par ses étudiants. 900 nouveaux business voient le jour chaque année au MIT! Avec, à la clé, de fantastiques histoires.

Pillpack , société créée par son étudiant Elliot Cohen, est passée de un à 700 employés en cinq ans. Spécialisée dans la livraison de produits pharmaceutiques aux particuliers, la société a été rachetée fin 2018 pour un milliard de dollars par Amazon après avoir atteint le cap symbolique de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. C’était le plus spectaculaire des quatre succès du jeune homme.

Greentown Labs , d’Emily Reichert, est devenu le plus gros incubateur de cleantech des États-Unis avec un «simple» pitch en cinq slides!

Spyce est un des premiers restaurants au monde quasiment entièrement robotisé... sous le contrôle d’un cuisinier étoilé.

Lancer cet ancien basketteur sur le sujet, c’est s’assurer qu’il reprendra la balle au bond. Cinq minutes plus tard, il envoie un e-mail avec 25 autres réussites de son programme .

Pas de business sans produit, pas de produit sans client

Que dit-il?

Des choses souvent de bons sens, livrées comme d’aimables «gifles». Il n’y a pas de business sans produit. Et pas de produit sans client qui soit prêt à le payer. L’action est généralement plus bénéfique que l’immobilisme. Préférez vous concentrer sur un tout petit marché au lieu de rêver global tout de suite. Si vous ne connaissez pas vos clients, comment pourriez-vous savoir que vous avez le bon produit?

Très vite, le lecteur comprend que sa stratégie suit un cycle d’innovation, et oblige l’entrepreneur non seulement à rester collé au plan, mais à revenir en arrière pour corriger et améliorer son parcours sur un mode itératif.

«Quand j’ai dit à ma mère que je quittais IBM pour devenir entrepreneur, elle avait compris que j’allais devenir chômeur!», avoue-t-il dans un grand éclat de rire. «C’est marrant parce que l’entrepreneur doit être très stable, vouloir du succès et être réaliste, capable de s’adapter et d’expérimenter. Quand j’entends qu’un entrepreneur a eu de la chance, ça me fait rire! Seule une approche systémique donne des résultats!»

Ce que dit «La Discipline entrepreneuriale», c’est aussi qu’un homme seul n’ira jamais nulle part. «Nous ne sommes pas à Hollywood et ses légendes. Aujourd’hui, idéalement, les fondateurs devraient être au minimum trois. Le premier va créer le produit. Non seulement ledit produit n’existe pas, mais le marché en a besoin ou envie. Le deuxième est capable d’établir et de nourrir une relation de confiance avec les clients. Et l’évolution la plus récente exige un troisième, plus spécialisé dans la ‘customer experience’. Le parcours d’achat doit être sexy, l’environnement global de la société et du produit doit faire rêver. Dans l’idéal, transformer ses clients en ambassadeurs est même la meilleure idée pour gagner du temps et de l’argent!», conseille-t-il. «On sait aussi par exemple que les équipes qui commencent à cinq finissent à quatre, qui commencent à quatre passent à trois, et de trois, à deux.»

Disciplined Entrepreneurship Masterclass by Bill Aulet aura lieu ce samedi à partir de 10h et jusqu’au dimanche 18h30 au SnT, 29, avenue J. F. Kennedy ( sur inscription ).

«La Discipline entrepreneuriale» est parue  aux Éditions Eyrolles .