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chronique des chefs économistes

Les mesures de relance chinoises à la loupe



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Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne / Archives)

L’économie chinoise, qui a tiré la croissance mondiale de nombreuses années, a montré des signes d’essoufflement. Pour relancer la machine, le gouvernement de Pékin a adopté différentes mesures de relance. Macroéconomiste chez Degroof Petercam, Alexandre Gauthy analyse leur impact potentiel.

L’activité économique chinoise ralentit. Les chiffres économiques maussades provenant de Chine avaient contribué à la volatilité des marchés financiers en décembre dernier. En fait, de nombreux indicateurs d’activité économique se sont affaiblis l’année dernière, comme les dépenses en investissement, les ventes au détail et les ventes de nouvelles voitures. Les données du commerce chinois du mois de février signalent une contraction annuelle des exportations et des importations mesurées en dollar. Ces chiffres signifient que l’environnement externe reste délicat, et témoignent aussi de la faiblesse de la demande interne chinoise.

Cette moins bonne performance de l’économie peut être en grande partie attribuée à l’effort du gouvernement de lutter contre l’excès d’endettement. Le crédit octroyé par les institutions non bancaires est en net recul. Le problème, c’est que la croissance en Chine est fortement liée au crédit. En effet, les investissements qui sont souvent financés par de la dette représentent toujours une partie importante de l’économie. En Chine, les dépenses en investissement (infrastructure des entreprises, immobiliers) s’élèvent à plus de 40% de la taille de l’économie contre seulement 20% aux États-Unis. Une plus faible génération de nouveaux crédits freine la croissance économique à travers les dépenses en investissement.

Le problème, c’est que la croissance en Chine est fortement liée au crédit.

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Face à ce ralentissement de la croissance économique, le gouvernement chinois a pris une série de mesures en 2018 visant à stimuler l’activité. Les autorités ont tout intérêt à supporter l’activité économique afin, d’une part, de maintenir une certaine stabilité financière dans une économie déjà fortement endettée, et d’autre part d’assurer la cohésion sociale à travers un taux d’emploi élevé.

Un premier outil utilisé pour contrer le ralentissement économique est la politique monétaire. En 2018, plusieurs baisses du taux de réserve obligatoire des banques ont été implémentées par la banque centrale, réduisant ainsi les taux interbancaires et donc le financement des banques. Des mesures monétaires spécifiques ont aussi été adoptées afin de favoriser le financement des petites et moyennes entreprises. Cependant, l’assouplissement monétaire devrait rester limité dans le futur pour deux raisons principales.

La première est l’endettement déjà élevé de certains agents économiques et la priorité de désendettement du gouvernement. Deuxièmement, une politique monétaire significativement plus souple à travers des baisses de taux directeurs aurait comme conséquence de déprécier le yuan. Or, toute dépréciation de la devise chinoise provenant d’une politique monétaire plus souple raviverait les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis (qui se sont jusqu’à présent retenus de libeller la Chine en tant que manipulateur de change). Le gouvernement a annoncé, début mars, que de nouvelles baisses du taux de réserve obligatoire pour les petites banques sont déjà planifiées pour cette année.

Les réductions d’impôt pour les ménages auront probablement un impact positif mais relativement limité sur la croissance économique.

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Le gouvernement chinois a aussi eu recours à la politique fiscale, qui est devenue plus expansionniste. La taxation du revenu des ménages a été revue à la baisse en octobre dernier. Ces réductions d’impôt pour les ménages auront probablement un impact positif mais relativement limité sur la croissance économique. En effet, l’impôt sur le revenu est relativement faible en Chine et le taux d’épargne des ménages reste considérable. Les autorités ont également allégé la fiscalité pour les entreprises exportatrices et manufacturières. Enfin, début mars, une baisse du taux de TVA sur certains produits a été annoncée. Selon le ministre des Finances chinois, les coupes d’impôts de l’année dernière s’élevaient à environ 1,4% de la taille de l’économie. Cette année, selon la même source, le stimulus fiscal serait de l’ordre de 2,1%, ce qui signifie que le support de la politique fiscale pour la croissance sera plus important cette année que l’année passée.

Le dernier élément du programme de relance en cours consiste à augmenter l’émission d’obligations des localités chinoises afin de financer des projets d’infrastructure. Selon le communiqué du gouvernement chinois, le quota d’émission de ces obligations a été revu à la hausse cette année par rapport au montant autorisé de 2018. Cette hausse représente environ 0,9% du PIB chinois.

Les mesures prises jusqu’à présent auront probablement un impact positif sur l’économie dès cette année. Une majeure partie des nouvelles politiques fiscales ont été instaurées fin 2018 et début 2019. Il existe généralement un délai de quelques mois avant que les effets des coupes d’impôts et des dépenses en infrastructure s’observent dans les chiffres d’activité. Le stimulus annoncé reste toutefois inférieur à ceux implémentés en 2009 et en 2015-2016. Les mesures de relance devraient donc permettre une stabilisation de la croissance économique chinoise. Cependant, il est douteux qu’elles génèrent une accélération significative de l’activité.