POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Élections socialeS

Les frontaliers courtisés



Opération séduction – L’OGBL organise des conférences à destination des frontaliers (ici à Volmerange-lès-Mines). (Photo: Nader Ghavami)

Opération séduction – L’OGBL organise des conférences à destination des frontaliers (ici à Volmerange-lès-Mines). (Photo: Nader Ghavami)

Opérations de tractage dans les gares frontalières, conférences dédiées... Les syndicats occupent le terrain, afin de sensibiliser les frontaliers au scrutin du 12 mars.

Cet article est paru dans l'édition mars 2019 du  magazine Paperjam .

Ils représentent 45% des travailleurs au Luxembourg. 52% sont français, 24% sont belges et 24% sont allemands. Les frontaliers, véritable pierre angulaire de l’économie du pays, ne sont pas oubliés par les syndicats en cette période d’élections sociales.

Des revendications sont bien entendu communes aux travailleurs frontaliers et résidents, «en ce qui concerne la sécurité sociale, l’indexation ou les salaires, mais il y a des revendications spécifiques aux frontaliers», explique Jean-Claude Bernardini, membre du bureau exécutif, et en charge de la question des frontaliers au sein de l’OGBL.

«Il y a des domaines qui touchent plus particulièrement les frontaliers, qui sont régis par des conventions bilatérales. Et notre revendication globale est d’harmoniser ces conventions au niveau de la Grande Région, mais plus généralement au niveau européen, en termes de fiscalité, de sécurité sociale ou de droit du travail.»

Le télétravail est également un des sujets phares de la problématique frontalière. «Il y a trois conventions bilatérales entre le Luxembourg et la France (29 jours, ndlr), la Belgique (actuellement à 24 jours autorisés, un chiffre qui pourrait être porté à 48 jours selon de récentes déclarations d’élus belges) et l’Allemagne (19 jours). Il faudrait déjà redéfinir le terme de télétravail, si l’on parle seulement de tâches effectuées chez soi ou s’il peut être réalisé dans un espace de coworking. Là encore, je crois que l’harmonisation doit se faire au niveau européen.»

Du côté du LCGB, «un salarié est un salarié, nous n’avons pas défini de revendications spécifiques aux fron­taliers», explique Christophe Knebeler, secrétaire général ad­joint du syndicat chrétien. «Bien sûr, les frontaliers ont des problématiques qui leur sont propres. Mais ce sont des sujets sur lesquels nous travaillons au quotidien», ajoute-t-il. Un sentiment partagé par l'ALEBA: « Les frontaliers sont évidemment importants pour nous. Ils sont nombreux dans les secteurs des banques et des assurances, mais néanmoins un salarié égale un salarié à nos yeux», explique ainsi le secrétaire général du principal syndicat du secteur financier. «Il faut que nous soyions très attentif à ce que ces frontaliers ne deviennent pas une variable d’ajustement. Comme cela a été le cas avec les bourses du Cedies, pour lesquelles il a fallu mener un combat. La mobilité concerne aussi grandement les frontaliers, tout comme le télétravail qui est une formule très intéressante selon moi.» Des dossiers qui devraient donc continuer à ­alimenter les débats au-delà du scrutin.

Une faible participation pour le renouvellement de la CSL

Le vote est prévu le 12 mars prochain, et les actions à destination des frontaliers se sont multipliées ces dernières semaines. Des opérations de tractage ont été organisées dans les principales gares frontalières comme Arlon ou Thionville par l’OGBL, qui mène aussi des conférences dédiées en Lorraine et en Belgique.

«Nous avons cinq sections pour les trois pays frontaliers, trois en France, une en Belgique et une en Allemagne», confirme Jean-Claude Bernardini. Lors des dernières élections sociales qui ont eu lieu en 2013, celui qui se revendique comme le premier syndicat des frontaliers avait obtenu 38 des 60 mandats à la Chambre des salariés (CSL) et quelque 2.000 délégués effectifs, «dont 33% par exemple étaient Français», ajoute Jean-Claude Bernardini.

L’Aleba possède actuellement 700 délégués du personnel répartis dans 130 établissements et quatre sièges à la CSL. Le LCGB avait obtenu 15 sièges. «Il y a 525.000 électeurs potentiels lors de ces élections, et il s’agit finalement du plus important scrutin au Luxembourg où toute la population active peut s’exprimer», insiste Jean-Claude Bernardini.

Lors des élections sociales de 2013, parmi les inscrits au vote, 35,6% ont suivi l’appel pour le renouvellement de la Chambre des salariés. «Moins de 20% de participation des frontaliers avait été enregistrée. La CSL n’existe pas en Belgique et en France, les travailleurs de ces pays n’ont donc pas forcément le réflexe de participer à ces élections.» Les frontaliers devraient donc encore être courtisés d’ici le 12 mars prochain.