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Art contemporain

Jeff Sonhouse, le portrait en héritage



La Zidoun-Bossuyt Gallery présente une exposition de Jeff Sonhouse avec uniquement des œuvres récentes. (Photo: Rémi Villaggi)

La Zidoun-Bossuyt Gallery présente une exposition de Jeff Sonhouse avec uniquement des œuvres récentes. (Photo: Rémi Villaggi)

L’artiste américain Jeff Sonhouse est actuellement exposé à la Zidoun-Bossuyt Gallery. Une exposition de peintures puissantes, référencées, et qui manient avec subtilité les questions de culture et de société.

Les tableaux de Jeff Sonhouse restent en mémoire, à n’en pas douter. C’est le genre de peinture qui, une fois que vous l’avez vue, reste à l’esprit et marque vos souvenirs par sa puissance à la fois formelle et iconographique. D’origine afro-américaine, Jeff Sonhouse a choisi de peindre des portraits d’hommes noirs, mais en utilisant un procédé qui remet en cause les modes de représentation traditionnels. C’est une peinture qui s’ancre indéniablement dans une histoire de l’art occidentale, tout en développant sa propre mythologie. L’artiste s’inscrit avec enthousiasme dans la grande tradition de l’art du portrait, mais ajoute une dimension abstraite en introduisant des visages masqués, une utilisation de motifs non figuratifs et le doublement ou triplement des figures, ayant comme effet leur désincarnation.

L’homme noir comme prétexte

Le fait de représenter la figure de l’homme noir à travers ses stéréotypes – le nez épaté, les lèvres charnues, les cheveux et la barbe crépus – évoque certes le regard de l’Occidental sur l’homme noir, mais permet aussi d’élargir la représentation en devenant plus générique. Ces peintures s’inscrivent dans une tradition de l’art pictural, mais aussi dans une interpellation sur notre société contemporaine, en faisant référence à l’imagerie des magazines de mode masculine ou en questionnant la place du peuple afro-américain dans l’histoire des États-Unis. En représentant ces figures habillées de costumes croisés, minces, musclées, avec une certaine préciosité, c’est également une interrogation sur la masculinité qui est soulignée.

Vue de l’exposition «Bodied» de Jeff Sonhouse. (Photo: Rémi Villaggi)

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Vue de l’exposition «Bodied» de Jeff Sonhouse. (Photo: Rémi Villaggi)

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Vue de l’exposition “Bodied” de Jeff Sonhouse. (Photo: Rémi Villaggi)

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Une peinture référencée

C’est aussi un art fortement cultivé. Jeff Sonhouse a fait ses études à la School of Visual Arts de New York et on sent qu’il connaît l’histoire de l’art. On pourrait aisément voir ses costumes bariolés comme un hommage à l’«Arlequin» de Picasso. Ses têtes flottantes ne sont pas sans rappeler les portraits de la Renaissance, ces portraits de riches princes parés sur fond neutre. Dans d’autres, on voit une référence directe à Van Gogh et son autoportrait à l’oreille coupée. Pourtant, il ne s’agit jamais vraiment de portraits, mais bien de figures génériques et stylisées. Il y a aussi des portraits en pied, comme «One Man Gang», qui rappelle le «Triple Elvis» de Warhol, ou «One-fifth less than», qui mélange sans hésitation l’«Homme de Vitruve» de Da Vinci et l’iconographie des écorchés.

Une technique sublimée

On sent également la parfaite maîtrise de l’artiste de son médium: Jeff Sonhouse peint à l’huile et utilise avec dextérité les transparences que cette peinture permet. À cela s’ajoutent des pas de côté, des fantaisies précieuses et raffinées qui ajoutent une autre dimension à ses toiles. En s’approchant des œuvres, on remarque que les chevelures crépues sont réalisées à partir d’allumettes brûlées dont la fumée laisse des traces sur les toiles ou des tourbillons de résine noire. Les masques sont des éléments peints assemblés, telle une marqueterie faciale qui dissimule pour mieux révéler.

L’exposition «Bodied» présentée à la galerie Zidoun-Bossuyt est le fruit de deux ans de travail. Elle est ouverte jusqu’au 6 novembre.