ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Emilia Tantar (INCERT)

«Il faut des scénarios conformes aux paramètres du pays»



Spécialiste de l’intelligence artificielle, Emilia Tantar établit, à partir de milliers de données, des scénarios qui vont aider les politiques à prendre les bonnes décisions. En temps de crise, l’IA peut être précieuse. (Photo: Incert)

Spécialiste de l’intelligence artificielle, Emilia Tantar établit, à partir de milliers de données, des scénarios qui vont aider les politiques à prendre les bonnes décisions. En temps de crise, l’IA peut être précieuse. (Photo: Incert)

Chief data and artificial intelligence officer d’Incert, Emilia Tantar apporte sa contribution au soutien de la «task force» du gouvernement face à la pandémie. Une expérience unique.

Derrière les conférences de presse diffusées en streaming du Premier ministre ou de son ministre de la Santé ou de l’Économie se cache une redoutable organisation. Notamment technologique. Créé en 2012 par l’État et par la Chambre de commerce pour préparer le pays à passer à l’identité numérique, le groupement d’intérêt économique Incert est en charge de la protection du pays pour les sujets économiques digitaux et technologiques.

Depuis le début de la crise, il a apporté de sa propre initiative sa contribution à la «task force» du Premier ministre. Spécialiste de la donnée et de l’intelligence artificielle, sa chief data and artificial intelligence officer, Emilia Tantar, donne quelques éléments sur ces anonymes qui apportent leurs compétences pour contribuer à l'élaboration des stratégies pour défendre le pays. Complètement dans l’ombre et pourtant vitaux. Sans aller trop loin pour ne pas mettre le pays en danger.

(L’intégralité de cette interview sera disponible dans le prochain numéro de Paperjam, la semaine prochaine, ndlr)

Emilia, est-ce que vous pensez que cette crise va doper l’adoption de l’intelligence artificielle? Parce que les gens vont mieux comprendre à quoi elle peut servir?

Emilia Tantar. – «Ce n’est pas vraiment comme s’il y avait un avant et un après coronavirus de manière si stricte. Il faut commencer par se rappeler que l’intelligence artificielle a bénéficié de nombreux investissements, aux niveaux mondial, européen et national. À tel point qu’aujourd’hui, cela nous permet de faire des projections.

Des projections avec des niveaux de granularité assez intéressants. Nous avons vu le virus arriver et se propager en Chine, principalement à Wuhan, puis en Italie. Mais ce qui nous intéresse au Luxembourg, c’est de pouvoir avoir des scénarios qui nous correspondent à la fois en termes de densité de la population, de pyramide des âges et d’interactions avec les pays voisins, parce que l’on connaît l’importance des frontaliers dans la crise ou encore en termes de densité immobilière. Que voit-on grâce à ces calculs réalisés par des algorithmes?

Que l’Italie et l’Espagne, dans la pyramide des âges, ont nettement plus de personnes de plus de 50 ans, de plus de 60 ans et de plus de 70 ans, donc potentiellement plus fragiles. Les calculs permettent aussi de voir quel est l’impact du scénario de confinement. Comment se font les interactions avec nos pays voisins. Jusqu’où nous devons aller pour tenter de protéger le pays.

Ce sont ces scénarios que vous construisez chez Incert? Pour le gouvernement?

«Incert est un groupement d’intérêt économique qui doit veiller à la sécurité de la société, principalement d’un point de vue des usages numériques en mobilisant des spécialistes en modélisation. économique. C’est sur cette compétence-là que nous voulons fournir des éléments complémentaires à la ‘task force’ du gouvernement et que nous essayons d’aider les politiques à prendre les bonnes positions. Il faut des scénarios conformes aux paramètres du pays.

Sans vouloir faire de mauvais esprit, le coronavirus offre-t-il un exercice en grandeur réelle pour confronter le travail des chercheurs à la réalité?

«On n’a pas forcément attendu cette crise, mais c’est certain que ce cas particulier a beaucoup d’intérêt. C’est l’essence même de l’intelligence artificielle: utiliser des données et des outils de calcul pour tenter d’avoir une influence sur une situation, ici sur la prévention d’une pandémie mondiale. Nous travaillons en collaboration avec deux groupes de chercheurs – un à Leyde, aux Pays-Bas, et l’autre à Berlin. Ce que nous pourrions démontrer, c’est que les bonnes décisions ont été prises au bon moment.

Derrière le virus en lui-même, il y a aussi des scénarios sur l’alimentation et la chaîne alimentaire ou sur la logistique. Et ces scénarios et leur application dans la réalité vont nous permettre d’avoir une base pour le futur. Cela veut dire que même si tout n’est pas parfait, plus tard, nous aurons des processus en place et nous pourrons agir plus vite. Même de manière proactive au lieu de venir réparer les dommages.»