PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

La place financière et les suites de la crise (1)

«Il faudra accompagner la transition technologique»



Un des enjeux majeurs pour la place financière sera «de prendre le changement ESG comme une opportunité de croissance et non uniquement comme un exercice de ‘compliance’», analyse Olivier Carré.  (Photo: Patricia Pitsch/Archives Maison Moderne)

Un des enjeux majeurs pour la place financière sera «de prendre le changement ESG comme une opportunité de croissance et non uniquement comme un exercice de ‘compliance’», analyse Olivier Carré. (Photo: Patricia Pitsch/Archives Maison Moderne)

Quels seront, en 2021, les principaux enjeux des suites de la crise pour la place financière? Sur invitation de Paperjam, plusieurs experts répondent à cette question. Olivier Carré, partner et financial services market leader chez PwC Luxembourg, en identifie quatre dans son analyse.

Pour mesurer les enjeux pour la place financière luxembourgeoise sur l’année 2021, il faut comprendre l’impact de plusieurs facteurs survenus dans les années récentes.

Crise Covid et changement technologique

Cette crise a fondamentalement changé la façon de travailler, avec l’accélération forcée du télétravail et la mise en œuvre de nouveaux modes de fonctionnement des banques et acteurs financiers sur la Place. Ce changement sera poursuivi au cours de l’année 2021, le temps du confinement (partiel), et probablement bien au-delà, pour des raisons d’efficacité, aussi bien du côté des employés (trajets) que de l’employeur (espace de bureaux et flexibilité de localisation des ressources).

Aussi, cette crise accentue un changement technologique déjà en cours avant, mais bien plus présent après. Cet enjeu est la transition des services financiers vers les technologies mobiles, l’utilisation du cloud comme vecteur de flexibilisation et d’innovation technologique, ainsi que la modernisation des systèmes de back-office des banques et PSF.

L’enjeu pour la Place est double: trouver un juste équilibre entre ce split de lieux de travail, la sécurité des transferts de données (cyber risks) et l’animation de la «communauté financière», une des forces et un des avantages concurrentiels du Luxembourg; accompagner la transition technologique en s’assurant de réussir une optimisation des coûts combinée à une innovation/amélioration du niveau de services.

Basculement du marché des fonds d’investissement vers des stratégies alternatives

Ce changement structurel a déjà bien progressé depuis le début du nouveau chapitre de structuration avec la réforme de la loi des sociétés (SCS, SCSp), ainsi qu’avec le lancement des fonds alternatifs réservés (Fiar) en 2016. Avec plus de 400 structures SCS/SCSp et plus de 1.000 Fiar, le Luxembourg excelle en tant que centre de fonds alternatifs. Et ce succès se poursuit avec l’arrivée de grandes maisons de real estate et private equity, ainsi que de gestionnaires de stratégies private debt et venture capital.

L’enjeu pour la Place est de digérer cette croissance accentuée et de former/attirer les bons talents pour assurer un service de qualité. Ceci représente une énorme opportunité immédiate, aussi bien pour l’industrie des fonds que pour tous les prestataires (banques et PSF).    

Changement durable

Le pilote de ce changement ESG/durabilité est surtout l’Union européenne, qui s’est montrée très active sur le sujet. L’année 2020 a éclipsé toutes les années précédentes en nombre de textes sur le sujet. Les premiers sont entrés en vigueur à partir de mars 2021. Ce changement est structurel et impacte aussi bien les «clients directs» de la Place (gestionnaires, fonds, banques et PSF) que les investisseurs. Un cycle de changement majeur commence à se mettre en route.

L’enjeu pour la Place est de prendre ce changement comme une opportunité de croissance et non uniquement comme un exercice de «compliance». Trois éléments jouent en notre faveur. Primo: on est une place financière extrêmement dominante sur ces produits. On a déjà une expérience en la matière. Secundo: on a eu la sagesse d’investir dans des éléments très importants, comme le Luxembourg Green Exchange, qui est aujourd’hui rodé et assure déjà une grosse part de marché des émissions de green bonds.  Enfin, le Luxembourg a toujours su s’approprier ces nouveaux sujets et en faire quelque chose relativement vite. Pourquoi ne réussirait-on pas à le faire à nouveau? Mais il faut que nous soyons crédibles en tant que pays, et que le ministère des Finances, et plus globalement le gouvernement, joue son rôle.