ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Une étude alertait déjà en 2007

La healthtech et les 36 coronavirus



Le pangolin soupçonné d’être à l’origine de la pandémie mondiale serait porteur d’un des 36 coronavirus que des chercheurs ont mis en évidence il y a 13 ans. Il existe 24.000 articles scientifiques sur ce sujet. Ignorés jusqu’à il y a peu. (Photo: Shutterstock)

Le pangolin soupçonné d’être à l’origine de la pandémie mondiale serait porteur d’un des 36 coronavirus que des chercheurs ont mis en évidence il y a 13 ans. Il existe 24.000 articles scientifiques sur ce sujet. Ignorés jusqu’à il y a peu. (Photo: Shutterstock)

Une étude ignorée en 2007 alertait déjà sur les risques de 36 coronavirus. 13 ans plus tard, la healthtech est condamnée à une course contre la montre virile, et pas toujours fair-play.

Manger du singe peut tuer. De l’antilope, de la hyène ou du rat aussi. Pour avoir ignoré une étude parue dès 2007 dans la revue américaine de microbiologie clinique, la planète va devoir encaisser une déflagration comme jamais elle n’en a connue, peut-être parce que quelqu’un a mangé ou même seulement croisé un pangolin infecté.

L’épidémie de SRAS de 2003, 774 morts et 56 milliards de dollars de dégâts économiques, tout cela n’aura été qu’une répétition. Car il existe, selon cette équipe de chercheurs, au moins 36 coronavirus, que l’Homme risque de «rencontrer» au détour d’un déjeuner mal cuit ou sur un marché poisseux d’Asie ou surchauffé d’Afrique.

Tout est déjà décrit dans leur étude . «Le grand nombre et les variétés de ces mammifères gibiers sauvages dans des cages surpeuplées et le manque de mesures de biosécurité sur les marchés humides ont permis de faire passer ce nouveau virus des animaux aux humains. Sa capacité de transmission d’homme à homme, le manque de sensibilisation dans le contrôle des infections hospitalières et les voyages aériens internationaux ont facilité la dissémination mondiale rapide de cet agent. Plus de 8.000 personnes ont été touchées, avec un taux de mortalité brut de 10%. L’impact grave et dramatique sur les systèmes de santé, les économies et les sociétés des pays touchés  en quelques mois seulement au début de 2003 était sans précédent depuis le dernier fléau.»

Faute d’écouter ces experts, qui ont revu, à l’époque, quelques-unes des 4.000 études qui existent sur le sujet, la communauté médicale en est réduite à trouver des solutions pour gérer la crise. Notamment d’un point de vue technologique. Qu’a-t-elle commencé par faire? Inviter les chercheurs à consulter une base de données de 24.000 articles de recherche (CORD-19 ), mise sur pied pour accélérer tous les projets de vaccin en cours.

Une course contre la montre

Dealroom a répertorié ces projets dans l’urgence, qui s’ajoutent aux 136 équipes qui, en Europe, cherchent un vaccin.

- Biotech pour la découverte de vaccins: les licornes biotechnologiques allemandes Curevac (Tübingen) – dont les journalistes américains disent que Trump voulait la racheter sur ses deniers personnels – et BioNTech (Mayence) sont parmi les premières à produire un vaccin contre les coronavirus, parmi lesquelles Moderna (Cambridge, Mass.) et Novavax (Gaithersburg, Maryland), toutes deux soutenues par la Fondation Bill & Melinda Gates. Toutes entament des essais cliniques (tests sur l’homme).

- Pharma: les grandes sociétés pharmaceutiques font équipe avec la biotechnologie pour le codéveloppement et la distribution d’un vaccin. Une autre grande partie de la solution pourrait être la chloroquine, un médicament utilisé pour traiter le paludisme depuis 1944. Il est fabriqué dans le monde entier par deux grandes sociétés pharmaceutiques et de petites entreprises indépendantes comme Ace Pharmaceuticals (Pays-Bas).

- Systèmes et tests de détection: Infervision a lancé une plate-forme d’imagerie médicale de coronavirus AI qui aide à rechercher des signes de pneumonie grâce à des analyses pulmonaires et à diagnostiquer le coronavirus en quelques minutes. Hilab a développé un test sanguin rapide pour identifier plus rapidement la pneumonie.

- Protection antibactérienne: tissus avancés pour la protection, lumière ultraviolette pour éliminer les coronavirus. Sonovia fournit des masques faciaux fabriqués à partir de son tissu antibactérien à base de nanoparticules d’oxyde de métal.

- Accès aux données de recherche/suivi de la santé de la population: les plates-formes de données offrent un accès gratuit aux données. La plate-forme de capture de données Castor EDC soutient des projets de recherche à but non lucratif Covid-19.

- Robotique et drones: les entreprises déploient des robots et des technologies d’automatisation pour aider les hôpitaux, les maisons de soins aux personnes âgées, ainsi que pour désinfecter les lieux publics. Les robots UVD utilisent la lumière ultraviolette pour désinfecter et tuer les virus et les bactéries de manière autonome.

Jeudi, la Suisse Picc et la Luxembourgeoise Firis ont annoncé vouloir apporter leur solution d’intelligence collective aux chercheurs , afin que l’intelligence artificielle leur permette de gagner du temps dans l’élaboration des scénarios et d’un vaccin.

Une autre société marseillaise aurait tenté de se mettre en contact avec différentes autorités nationales pour proposer une ferme de 23 imprimantes 3D. Protube souhaite être déclarée mobilisable pour réaliser des respirateurs en 3D, à partir d’une usine tournant 24 heures sur 24. Selon les Luxembourgeois, cette technologie ne serait pas couverte par des brevets, ce qui rend le recours à cette solution plus facile.

L’impression 3D, une idée et un dilemme

Car le rapport qui évoque toutes les start-up engagées dans la lutte contre le coronavirus zappe complètement une autre dimension: l’impression 3D. Comme le projet de ces trois Italiens, emmené par Cristian Fracassi , qui voulaient imprimer des valves très spécifiques à partir du modèle de la société qui alimente au moins une partie des hôpitaux luxembourgeois, Intersurgical.

La société avait menacé les trois start-upper qui utilisaient son brevet sans autorisation. Pourquoi? Parce que les Italiens fabriquaient ces valves pour moins d’un euro contre 11.000 euros, prix catalogue pour la société.

Un enjeu économique qui se double de deux autres questions: la réglementation est-elle prête pour l’impression 3D? Et l’éthique? Dès février, Singularity Hub s’interrogeait sur ces nouvelles technologies et leurs impacts potentiels.

Le développement de la 5G, qui sera du coup certainement retardé, dopera l’intelligence artificielle, notamment au service de la médecine. La pandémie est une invitation à y réfléchir correctement et à mettre en place des garde-fous de différents types. Nous voilà prévenus.