PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Une hausse de l’inflation seulement transitoire?



Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Différents éléments, partiellement liés à la crise sanitaire, ont dopé l’inflation eu Europe comme aux États-Unis. Dans sa chronique hebdomadaire, Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, analyse un phénomène qui risque de ne durer que quelques mois.

Depuis quelques mois, l’inflation progresse dans le monde développé. Les banquiers centraux attribuent la hausse de l’inflation à des facteurs transitoires bien connus comme les effets de base des prix de l’énergie, la forte demande suite à la réouverture des économies et les difficultés d’approvisionnement et de production dans l’industrie. S’il est communément admis que l’inflation devrait continuer d’augmenter dans les prochains mois, le risque est que la hausse des prix soit plus durable.

Les problèmes d’approvisionnement dans l’industrie mondiale se sont accentués dernièrement. Tout a commencé au printemps dernier lorsque la forte demande de produits électroniques a entraîné une pénurie de semi-conducteurs, ces composants électroniques qui rentrent dans la fabrication de smartphones, TV, robots, voitures… La demande pour ce type de biens a fortement augmenté durant la première vague, les ménages ayant substitué une partie de leur consommation de services – rendue impossible suite aux mesures de confinement – vers les biens.

Ce manque de semi-conducteurs a, par la suite, freiné la production automobile mondiale et ses effets sont également apparus dans d’autres secteurs de l’économie. Par conséquent, certaines entreprises ont été contraintes d’allonger leurs délais de livraison. Ces goulots d’étranglement devraient se résoudre progressivement une fois que la demande de biens s’essoufflera, au fur et à mesure de la réouverture des économies.

Les matières premières en hausse également

Un deuxième élément inflationniste est la hausse du prix des matières premières de près de 25% depuis le début d’année, qui touche aussi bien les métaux industriels que les denrées alimentaires et l’énergie. Par rapport aux années 70, la part liée aux matières premières dans le panier de la ménagère a diminué. En d’autres termes, pour une même augmentation du prix des matières premières, l’effet sur l’inflation sera moindre en 2021 qu’auparavant.

Le coût du transport maritime monte également en flèche. Une mesure du coût du transport maritime de matières premières en vrac a plus que doublé depuis le début d’année, elle aussi une conséquence directe de la forte demande de biens durant la période de lockdown qui a requis une utilisation élevée de conteneurs maritimes.

Pour qu’une spirale inflationniste s’enclenche, il est nécessaire que des facteurs plus structurels soient à l’œuvre.

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Si ces éléments inflationnistes peuvent être qualifiés de transitoires, ils auront indéniablement un impact sur l’inflation ces prochains mois. Mais pour qu’une spirale inflationniste s’enclenche, il est nécessaire que des facteurs plus structurels soient à l’œuvre. Le principal d’entre eux est une surchauffe économique qui ferait croître le coût du travail. Aujourd’hui, ce risque est plus élevé aux États-Unis qu’en zone euro. S’il est vrai que l’économie américaine est encore loin d’avoir atteint le plein emploi, il est interpellant qu’un grand nombre d’indicateurs du marché du travail se situent déjà à des niveaux élevés.

Après la crise de 2008, il a fallu une dizaine d’années avant d’observer de tels niveaux. Ainsi, les difficultés qu’éprouvaient les entreprises américaines à embaucher du personnel qualifié avant la crise sanitaire n’ont pratiquement pas disparu. De plus, les augmentations salariales s’élevaient à 3% en variation annuelle au 1er trimestre de cette année aux États-Unis, alors que l’année qui a suivi la crise financière, les hausses salariales étaient de l’ordre de 1,5%. Enfin, le taux de personnes qui quittent délibérément leur emploi aux États-Unis a renoué rapidement avec le niveau de fin 2019. Ces indicateurs sont incohérents avec un début de reprise économique.

Toute la difficulté pour la Réserve fédérale américaine sera de déterminer le moment à partir duquel la hausse de l’inflation ne sera plus attribuable à des facteurs temporaires, mais bien à des facteurs plus structurels. À ce moment-là, la Fed n’aura plus d’autre choix que de resserrer sa politique monétaire. Quoi qu’il en soit, ce tournant dans la politique monétaire s’opérera beaucoup plus tard en zone euro.