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Visite en Israël

Gramegna dans les secrets du succès des fintech



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Le ministre des Finances, Pierre Gramegna, est en Israël, un des écosystèmes fintech les plus dynamiques au monde, pour étudier des pistes de collaboration. (Photo: Matic Zorman / Archives)

Depuis samedi, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, visite l’écosystème fintech israélien jusqu’à mercredi. Une locomotive mondiale. Décryptage.

«À chaque challenge fintech, Israël a une solution viable.» En quelques années, la start-up nation qu’est Israël est parvenue à se hisser au sommet de la planète fintech et n’hésite pas à le faire savoir à ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçus.

Avec 1,8 milliard de dollars levés dans 211 deals depuis 2011, plus de 480 start-up et 40 multinationales (AXA, Visa, AmTrust Financial Services, Bank of Montreal, Fosun International, Munich Re, Mastercard ou BNP Paribas) qui ont choisi de s’implanter dans ce hub, ces étourdis ne doivent plus être très nombreux.

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Quelques-unes des 480 fintech israéliennes. (Données: Viola Group)

Comment Israël en est-il arrivé là?

D’abord en profitant de son accès aux technologies militaires de pointe, qui a tout autant permis de développer des algorithmes de trading très performants que de s’imposer dans le domaine de la cybersécurité à coups de biométrie et de solutions de prévention de la fraude.

Ensuite, la taille relativement petite du pays en fait une sandbox parfaite, là où par exemple les start-up luxembourgeoises ont tôt fait de franchir les frontières allemande, belge ou française.

Enfin, le pays a une position très progressiste sur la blockchain: 130 start-up se penchent sur les applications liées à cette technologie et elles ont levé 700 millions de dollars, dont 503 d’ICO, ces levées de fonds des temps modernes liées à des «actions» numériques.

Labs, scouts et fonds d’investissement

«De nombreux leaders globaux d’institutions financières», explique le cofondateur et partner de Viola Ventures, Avi Zeevi, «ont compris qu’il y avait ici une bonne partie de la connaissance qui peut leur être utile et ils ont installé un point de présence ou sont sur le point de le faire, que ce soit un centre de recherche et développement ou un accélérateur.»

Dès septembre 2016, Barclays s’était par exemple alliée à Wave  pour opérer la première transaction via la blockchain. Le cas de Citi est encore plus spectaculaire: après l’installation d’un premier Fintech Innovation Lab à Tel-Aviv en 2011, la multinationale américaine a lancé un Big Data Lab en 2013 et un Security Lab en 2015.

Il existe 300 centres de R&D. «Mais les multinationales réalisent qu’ouvrir un tel centre n’est pas la seule manière de pénétrer dans l’écosystème israélien parce qu’elles ont des difficultés à recruter des top talents», nuance le directeur des fintech au Start-up Nation Central, May Nechushtan, dans un rapport très complet paru à l’automne. «Ces dernières années, plus de 60% des initiatives des multinationales sont des alternatives», explique-t-il.

Comme le recrutement de scouts professionnels qui vont suivre avec attention chacun des développements de la Place ou la création de fonds d’investissement locaux qui leur permettent de peser directement.

Comme le ministre des Finances, Pierre Gramegna , le fait depuis samedi et jusqu’à mercredi, les délégations se bousculent pour venir voir cet écosystème, que celles-ci soient publiques ou privées, comme les Chinois de Ping An, qui ont fini par investir à la fois dans Viola Ventures et Payoneer, ou Santander InnoVentures dans MyCheck.

L’écosystème bénéficie aussi d’une situation très équilibrée entre les secteurs que ces start-up adressent, de 23% dans le domaine du trading et de l’investissement à 22% dans le paiement en allant jusqu’à 3% pour les échanges et les transferts internationaux d’argent, 5% pour les outils de gestion des finances personnelles, 10% pour les prêts et le financement, 11% pour les insurtech et pour tout l’anti-blanchiment et la lutte contre la fraude, et 15% pour les solutions d’entreprise.

Et la mécanique n’est pas prête de s’enrayer. Comme l’affirmait ce lundi Dealroom, les investissements des VC ont atteint 6,3 milliards d’euros en Europe (Israël compris) en janvier et février (contre 4,7 l’an dernier). Dont un tiers pour les fintech.

Le seul deal notable qui concerne la start-up nation est le rachat de Luminate par le géant Symantec pour 200 millions d’euros.