PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Wealth management

Chronique financière

Gestion de patrimoine et conseil en art: quels enjeux?



Laurent Issaurat, head of art banking services, Société Générale Private Banking. (Photo: Maison Moderne)

Laurent Issaurat, head of art banking services, Société Générale Private Banking. (Photo: Maison Moderne)

Les objets de collection représentent des enjeux financiers parfois considérables dans le patrimoine individuel. Comment intégrer cette classe d’actifs originale dans le wealth management contemporain? Le point de vue de Laurent Issaurat, head of art banking services, Société Générale Private Banking.

Les œuvres d’art au sens traditionnel du terme – peintures, dessins, sculptures, lithographies ou photographies, mais aussi le mobilier ancien ou contemporain, les voitures anciennes, les montres et bijoux de valeur – font partie de ce que l’on peut appeler les «actifs de collection». À l’échelle mondiale, la valeur de ces derniers avoisinerait près de 1.750 milliards de dollars en 2019, et 2.125 milliards de dollars à l’horizon 2023. De fait, nous constatons que les actifs de collection représentent parfois 10%, 20%, 50%, voire davantage, dans le patrimoine de certains individus ou familles que nous sommes amenés à rencontrer, sans pour autant nécessairement faire l’objet d’un suivi aussi rigoureux que les actifs immobiliers ou financiers «classiques».

Pourtant, les besoins existent, plus de 80% des collectionneurs interrogés par Deloitte et ArtTactic attendant de leur banquier privé et wealth managers un accompagnement dans l’administration de leurs actifs tangibles de valeur. À cet égard, les sujets à couvrir sont multiples, à commencer par l’assistance dans les processus d’achat ou de vente d’œuvres d’art et d’objets de valeur. Au plan des acquisitions, un conseil de qualité sera en mesure d’identifier des actifs pertinents, de conduire un processus de due diligence rigoureux, destiné à vérifier l’état de conservation, la provenance des objets dont l’acquisition est envisagée, ainsi que le titre de propriété du vendeur.

Il est essentiel d’être épaulé par des professionnels capables d’intervenir à l’échelle globale.
Laurent Issaurat

Laurent Issaurat,  head of art banking services,  Société Générale Private Banking

Dans certains cas, la mission consistera de surcroît à négocier le prix, à remonter aussi près que possible au propriétaire ultime, de manière à éviter l’empilement de commissions d’intermédiaires, et à contrôler toutes les modalités de la transaction, ceci jusque dans ses derniers détails, tels que le transport ou la logistique. À la vente, le rôle du conseiller en art consiste d’abord à aider à déterminer la valeur des objets dont la cession est projetée, à définir et, enfin, à exécuter la meilleure stratégie de vente, en vue de maximiser le prix de réalisation. À cet égard, il est bien entendu essentiel d’être épaulé par des professionnels capables d’intervenir à l’échelle globale, car les acheteurs se situent parfois à l’autre bout du monde. Savoir les identifier et les approcher est une affaire de professionnels, en qui il est impératif d’avoir confiance.

Au-delà des transactions – acquisitions ou cessions –, le wealth management contemporain se doit également de porter assistance au plan de l’administration de collections, ce qui commence par un état des lieux de l’existant – un «inventaire», en d’autres termes –, mais porte également sur la protection des actifs à travers des solutions d’assurances. Concernant ces dernières, notre constat est que, bien trop souvent, de nombreux propriétaires d’objets de valeur pourraient être mieux protégés, du fait de l’existence de «trous» dans leurs polices d’assurance, ou encore de lacunes documentaires. Pourtant, en s’adressant aux bons professionnels, il est possible de s’assurer efficacement, à des conditions tout à fait compétitives.

Du fait de l’évolution des goûts et des modes de vie, il arrive que les ayants droit ne soient pas désireux d’hériter des objets collectionnés par leurs parents.
Laurent Issaurat

Laurent Issaurat,  head of art banking services,  Société Générale Private Banking

L’administration d’actifs de collection, c’est aussi l’accompagnement dans la réflexion patrimoniale à long terme, par exemple en matière de transmission. En raison de leurs caractéristiques particulières – et notamment le caractère souvent unique et non fongible des objets de collection, les incertitudes fréquentes concernant leur véritable valeur financière, ou encore la dimension émotionnelle souvent attachée aux œuvres d’art et à leur histoire –, le transfert d’actifs de collection vers la génération suivante mérite une préparation particulière. D’ailleurs, dans certains cas, du fait de l’évolution des goûts et des modes de vie, il arrive que les ayants droit ne soient pas désireux d’hériter des objets collectionnés par leurs parents. Ces derniers ont évidemment tout intérêt à prendre en compte cette réalité et à l’intégrer dans leur planification patrimoniale.

Certains individus, enfin, souhaitent combiner un intérêt pour les arts et une intention généreuse. De notre point de vue, ce sujet de «la philanthropie et les arts» appelle une réponse de la part du banquier privé, car les options sont nombreuses, et les enjeux financiers parfois élevés. Il est, en effet, sain et légitime de viser une utilisation aussi efficace que possible des fonds que l’on aura décidé d’allouer généreusement à des projets ou des institutions du monde de l’art.

La question du financement adossé à des œuvres d’art est un autre thème majeur, relativement récent en Europe, qui nous intéresse particulièrement, bien qu’il ne soit pas forcément des plus simples à traiter, en raison, entre autres, d’un paysage réglementaire particulièrement fragmenté, par opposition au cadre juridique des États-Unis, qui bénéficie d’un régime en matière de garanties qui tend à s’unifier depuis les années 50 (Uniform Commercial Code). Cela étant, des solutions existent en Europe, et nous les explorons d’ailleurs actuellement avec beaucoup d’intérêt au sein de notre maison.

Parmi nos clients et clientes, certains et certaines sont des collectionneurs ou collectionneuses chevronné(e)s, souhaitant valider les modalités d’une donation, la robustesse ou la tarification de leur couverture d’assurance, voire une stratégie de cession. D’autres ne s’intéressent pas particulièrement aux arts, mais ont simplement hérité d’un ou plusieurs objets, voire d’une collection, qu’il s’agit d’évaluer, en vue d’une éventuelle cession ultérieure. À l’achat, nous avons parfois affaire à des personnes réalisant pour la première fois une acquisition de valeur, ou qui se lancent dans la constitution d’une collection, ou encore d’un projet philanthropique. 

Ce qui justifie l’intervention du wealth manager, c’est le constat que les choix en matière d’actifs artistiques peuvent avoir un impact patrimonial important.
Laurent Issaurat

Laurent Issaurat,  head of art banking services,  Société Générale Private Banking

Dans tous les cas, ce qui justifie l’intervention du wealth manager, c’est le constat que les choix en matière d’actifs artistiques peuvent avoir un impact patrimonial important. C’est ce qui rend l’«art banking» – un dispositif unique en son genre en Europe, basé sur des services orchestrés par Société Générale Private Banking, et, dans une large mesure, fournis par des experts sélectionnés par nos soins – si passionnant, mais tellement utile aussi, car il est impératif d’être en mesure de prendre en compte les actifs de collection pour avoir une vision patrimoniale complète et, in fine, exercer pleinement notre métier de banquier privé. En somme, on peut dire que le champ de confluence des arts et du wealth management est formidablement vaste, d’autant que chaque situation individuelle est singulière.