ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Pandémie

Les garagistes assurent un service d’urgence



Durant la pandémie, les garagistes et concessionnaires doivent assurer un service d’urgence pour ceux qui en ont besoin. (Photo: Shutterstock)

Durant la pandémie, les garagistes et concessionnaires doivent assurer un service d’urgence pour ceux qui en ont besoin. (Photo: Shutterstock)

Les distributeurs automobiles ont arrêté les ventes de voitures, mais doivent continuer d’assurer un service d’urgence minimum. Personnel d’astreinte ou effectif réduit, chacun a sa technique pour poursuivre l’activité en plein confinement.

Impossible d’acheter une voiture au Luxembourg depuis le 16 mars et la fermeture des commerces non essentiels . Changer ses phares ou réparer son pare-brise paraît également compliqué pendant le confinement.

Chez Car Avenue (2.000 collaborateurs et 104 concessions en France, en Belgique et au Luxembourg), le message est clair: «Les points de vente automobiles sont actuellement fermés au public jusqu’à ce que la situation sanitaire s’améliore. Nous assurons un service d’urgence automobile destiné à permettre la mobilité des personnes, des entreprises et des services essentiels à l’activité nationale». Soit les «médecins, hôpitaux, services de livraison, etc.», précise Benjamin Bauquin, directeur général de Car Avenue Belux. «Notre première responsabilité est de protéger nos collaborateurs et nos clients. La fermeture de nos ateliers est temporaire pour force majeure, liée à une baisse d’activité.»

Personnel d’astreinte

La concession multimarque compte une dizaine de sites au Luxembourg. Seuls deux assurent le service d’urgence. Il s’agit de PSA/Kia à Strassen et Nissan/Toyota à Foetz. Sur les 300 salariés du groupe au Grand-Duché, moins d’une dizaine restent donc d’astreinte et ne sont pas, contrairement aux autres, au chômage partiel, selon le groupe.

«Jusqu’ici, nous avons peu de demandes», assure Benjamin Bauquin. «Nous avons dû traiter moins d’une dizaine de véhicules depuis mi-mars», calcule-t-il. Des rendez-vous qu’ils essaient de regrouper dans la même journée quand cela est possible, afin de réduire les déplacements pour le personnel d’astreinte.

L’entreprise ne souhaite pas communiquer d’informations sur l’impact du coronavirus sur son chiffre d’affaires. «La question, c’est: dans quelle mesure cette somme sera-t-elle perdue? J’ose espérer que les ventes que nous ne faisons pas se feront après la reprise.» Le directeur ajoute que ces dernières, à l’arrêt depuis le 17 mars, représentent habituellement les trois quarts du chiffre. «Si nous avons l’obligation de fermer jusqu’à fin avril, l’impact sera important», estime-t-il.

Horaires et effectif réduits

Bilia-Emond (BMW et Mini) n’échappe pas à la crise. «Nous poursuivons l’activité après-vente pour les réparations d’urgence», rapporte Baptiste Vallin, directeur du concessionnaire au Luxembourg. Par exemple, un voyant orange ou rouge permet d’être pris en charge. Toutes les personnes qui ont encore besoin de se déplacer sont accueillies. Les horaires d’ouverture ont été adaptés, passant de 7h-19h à 8h-17h. Le concessionnaire ferme aussi le samedi. Les rendez-vous non essentiels ont été reportés et les ventes de voitures stoppées «du jour au lendemain», selon lui. Elles représentaient 80% du chiffre d’affaires, qui s’élevait à 124 millions d’euros en 2019.

Sur les 160 salariés, une vingtaine restent présents sur le site. «Dès les premières mesures de confinement, nous avons mis les commerciaux au chômage partiel», témoigne Baptiste Vallin. «20 personnes, c’est le minimum dont nous avons besoin pour continuer de travailler avec des mécaniciens, un réceptionniste, quelqu’un pour assurer l’entretien, la sécurité…», détaille-t-il. «La prochaine étape serait de fermer, mais nous n’avons pas prévu de le faire.»

Malgré la suspension de la production chez BMW, l’entreprise ne connaît pas de problème d’approvisionnement en pièces détachées.

De 80 à 10 rendez-vous par jour

En ce moment, «c’est très calme. Nous avons seulement des voitures ramenées par des dépanneuses ou des gens qui nous appellent parce qu’ils n’arrivent pas à démarrer», témoigne-t-il. De 80 rendez-vous par jour, il est passé à une dizaine. «En service après-vente, nous sommes à 20% de ce que nous faisons d’habitude».

«Pour nous, c’est catastrophique. Ce serait plus rentable de fermer. Nous ne le faisons pas car nous sommes une marque premium et voulons être présents pour nos clients.»

Deuxième raison, rester opérationnel pour la reprise: «À la fin du confinement, tout le monde va appeler. Avec le printemps, les clients vont vouloir passer en roues d’été. Il y aura des milliers de rendez-vous à assurer», se projette-t-il déjà.

Faire partie du groupe suédois Bilia, «coté en bourse et peu endetté», rassure Baptiste Vallin. «Nous pouvons tenir deux mois facilement. Nous bénéficions des aides de l’État, par exemple pour le report des impôts. Le plus lourd pour nous, c’est le loyer», se préoccupe-t-il.

En tout cas, «nous ne profiterons pas de la crise pour augmenter les prix», promet-il.

«Les ventes au niveau du leasing, qui représente 50% de l’activité, vont repartir. Du côté des particuliers, nous allons souffrir. Beaucoup seront dans une situation compliquée ou joueront la prudence. La moitié pourraient décaler leur acte d’achat», s’inquiète-t-il tout de même.

«N’importe quelle société est en danger si cette situation persiste»

Le groupe Losch a lui aussi fermé ses salles d’exposition. «Mais nous sommes toujours heureux de fournir des conseils en ligne, et notre personnel commercial est joignable par téléphone», note-t-il. Tous ses ateliers restent ouverts pour des réparations urgentes. «Par exemple, les ambulances, les voitures de police doivent rester mobiles», illustre l’entreprise. «Nous essayons de continuer à rendre service à la clientèle autant que possible.»

Sur ses 1.300 employés, «une grande partie est maintenant au chômage partiel», dit-elle sans préciser leur part.

Le réseau Losch Luxembourg, multimarque, se compose de 23 concessionnaires et 21 partenaires de services. Il assure toujours recevoir les pièces d’origine dans ses centres de distribution, qui maintiennent un niveau de stock «raisonnable».

«N’importe quelle société est en danger si cette situation persiste trop longtemps», commente l’entreprise, qui se dit satisfaite des mesures d’aide proposées par le gouvernement. Elle ne donne pas son chiffre d’affaires, mais indique avoir livré 15.700 véhicules neufs et 5.500 d’occasion en 2019 avec une part de marché de 28,5% au Grand-Duché.

La situation est similaire pour les centres automobiles. Sur ses six sites, Autocenter Goedert n’en a gardé que deux ouverts, ceux de Luxembourg-ville et de Foetz, avec un effectif et des horaires réduits (ouverture de 8h à 17h).

La Fedamo (Fédération des distributeurs automobiles et de la mobilité) se veut néanmoins optimiste sur la sortie de crise. «Nous observons maintenant dans les régions du monde qui en sortent comme la Chine, que le marché automobile redémarre très positivement», analyse son président, Philippe Mersch. Une route qu’espèrent suivre les distributeurs automobiles luxembourgeois.