PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique financière

Fortes divergences de vues au sein des marchés financiers



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Guy Ertz, chief investment advisor chez BGL BNP Paribas. (Photo: Maison Moderne/Archives)

Les indicateurs économiques avancés comme les enquêtes d’opinion ont connu une forte détérioration, surtout du côté des entreprises. En effet, l’incertitude quant au commerce international reste élevée, idem pour le Brexit.

L’enjeu est aujourd’hui avant tout du côté des banques centrales. En effet, en fin de cycle, il est normal d’assister à une accélération de la croissance des salaires et donc de l’inflation. Ceci incite les autorités monétaires à relever les taux d’intérêt, ce qui pénalise les entreprises les plus fragiles et mène à une plus forte baisse de l’activité par le biais de licenciements et de réductions de l’investissement.

Ce qui reste atypique dans le contexte actuel est que l’amélioration de la croissance économique observée ces dernières années n’a pas mené à une accélération de l’inflation. Les banques centrales ont donc annoncé qu’elles vont pouvoir à nouveau baisser les taux et donc prolonger le cycle économique. C’est ici que l’opinion des marchés actions et obligations tend à diverger.

L’hypothèse est que la baisse attendue des taux des banques centrales permettra de relancer l’activité et permettra aux entreprises de générer une croissance plus forte des bénéfices.

Guy Ertz,  chief investment advisor ,  BGL BNP Paribas

Les attentes de taux d’intérêt et de rendements obligataires restent très faibles, surtout pour les maturités plus longues. Les rendements à 10 ans des obligations gouvernementales sont à peine au-dessus de 2% aux États-Unis et négatifs en Allemagne. On ne peut donc pas vraiment dire que ces marchés attendent une reprise importante de l’activité économique et/ou de l’inflation dans les prochaines années. Cette vue est donc prudente, voire pessimiste.

Les marchés actions sont, quant à eux, proches de leur plus haut historique aux États-Unis, et la plupart des autres marchés affichent une très bonne performance cette année. Ceci témoigne donc d’un optimisme élevé. L’hypothèse est que la baisse attendue des taux des banques centrales relancera l’activité et permettra aux entreprises de générer une croissance plus forte des bénéfices.

Est-il possible de réconcilier ces vues? 

Une des raisons de penser que les taux vont rester très bas et que les marchés actions vont rester élevés est l’inflation. En effet, les attentes d’inflation sont proches d’un plus bas historique et certains critères de marché suggèrent une inflation à long terme un peu au-dessus de 1% en Europe et 2% aux États-Unis. De plus, les taux d’intérêt très bas augmentent la valeur actuelle des dividendes futurs, ce qui crée une hausse de l’attractivité des actions.

Ceci peut donc expliquer la corrélation négative entre les taux d’intérêt et le prix des actions. Ce qui reste surprenant, c’est que les rendements des obligations sont proches des anticipations d’inflation, ce qui suggère des taux «réels» proches de zéro aux États-Unis et fortement négatifs en zone euro. Ceci semble difficile à réconcilier avec l’hypothèse de croissance positive des bénéfices.

Quelles sont les perspectives?

À court terme, les risques liés au Brexit, les tensions commerciales et l’incertitude autour de la publication des bénéfices suggèrent que les marchés actions ont un potentiel de baisse, même si limité en ampleur. Au-delà de l’incertitude à court terme, les politiques monétaires vont rester très accommodantes et l’incertitude devrait diminuer progressivement.

Les perspectives des marchés actions à moyen terme devraient rester bonnes, même dans un environnement de croissance économique relativement faible. Les taux d’intérêt à long terme devraient augmenter de manière très graduelle, ce qui limite l’attractivité des obligations. La recherche de rendement offrira probablement un soutien additionnel pour les marchés actions (via le dividende).