PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE DES CHEFS ÉCONOMISTES

Les élections américaines n’influenceront pas les marchés



Jean-François Jacquet, chief investment officer au sein de Quintet Luxembourg. (Photo: Quintet Luxembourg)

Jean-François Jacquet, chief investment officer au sein de Quintet Luxembourg. (Photo: Quintet Luxembourg)

Le 3 novembre prochain, les électeurs américains se rendront aux urnes afin d’élire le prochain président des États-Unis. Le nom du candidat démocrate qui se présentera contre le président Donald Trump n’est pas encore connu. Jean-François Jacquet, chief investment officer chez Quintet Luxembourg, analyse les grands enjeux de cet événement, crucial pour l’économie américaine et les marchés financiers.

Aujourd’hui, nul ne peut dire si le président actuel, le républicain Donald Trump, sera reconduit dans ses fonctions pour un autre mandat de quatre ans ou si quelqu’un d’autre lui succédera à la Maison Blanche. D’après un récent sondage de l’université Monmouth, deux tiers des électeurs pensent que le chef de l’État sera réélu. Quoi qu’il en soit, il est peu probable que ce scrutin ait un impact réellement négatif sur les marchés boursiers américains en 2020 et au-delà.

L’économie étant un enjeu-clé de ces élections, le président Trump, comme de nombreux candidats démocrates, préconise des politiques qui seraient plutôt favorables aux marchés.

L’ancien vice-président des États-Unis Joe Biden, Pete Buttigieg, le plus jeune des candidats (37 ans), et l’ex-maire de New York, Michael Bloomberg, entré tardivement dans la course, peuvent être généralement qualifiés de «modérés», car ils sont favorables à une légère hausse des impôts et à une augmentation des dépenses sociales. Ils ne préconisent pas de changements radicaux dans les politiques publiques.

L’économie étant un enjeu-clé de ces élections, le président Trump, comme de nombreux candidats démocrates, préconise des politiques qui seraient plutôt favorables aux marchés. 
Jean-François Jacquet

Jean-François Jacquet,  chief investment officer,  Quintet Luxembourg

Des mesures plus extrêmes sont proposées par Elizabeth Warren et Bernie Sanders. Sénateur de l’État du Vermont, adversaire malheureux d’Hillary Clinton à l’investiture démocrate en 2016, ce dernier est actuellement le favori de cette primaire. Il défend une «démocratie socialiste» (par exemple la mise en place d’une couverture de santé universelle). Des mesures dont l’adoption nécessiterait le soutien à la fois du Sénat et de la Chambre des représentants. Peu probable, même dans le cas où le Parti démocrate contrôlerait les deux Chambres, alors que leurs opinions ne font pas l’unanimité au sein de celui-ci.

En examinant les données historiques, on constate que les actions américaines ont tendance à progresser pendant les années électorales. Entre 1928 et 2016, selon Bloomberg, propriété de Michael Bloomberg, la hausse de l’indice S&P 500 a été de 10,71% en moyenne lors des années électorales.

De par la nature du système de collège électoral, l’élection présidentielle américaine est souvent décidée par les États dits «pivots», comme le Michigan, le Wisconsin, la Pennsylvanie ou la Floride. Les emplois manufacturiers y sont importants et les électeurs sont réceptifs à l’idée de relever les droits de douane sur les produits étrangers. La phase 1 de l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine a été signée le 15 janvier dernier, mettant, en quelque sorte, un terme provisoire au bras de fer inédit entre les deux premières puissances économiques du monde, déclenché au printemps 2018. Le président américain a toutefois indiqué que les droits de douane punitifs qui frappent actuellement plus de 370 milliards de dollars de produits chinois seront maintenus tant que la phase 2 de l’accord ne sera pas signée.

Cette fermeté en matière de commerce trouve un écho particulièrement favorable dans les zones rurales, dont certaines ont été fragilisées par les fermetures d’usines et aucun candidat n’y est insensible. Dès lors, quel que soit le vainqueur, le dossier concernant les droits de douane et la Chine devrait rester d’actualité.

Pas d’impact majeur sur le dollar

Bien que Warren et Sanders aient indiqué leur intention de démanteler de grandes entreprises technologiques comme Amazon, Alphabet et Facebook, il est peu probable qu’une telle mesure soit imposée par décret. Dans le cas où un démantèlement serait malgré tout mis en œuvre, les actifs des investisseurs ne seraient pas saisis. Ils deviendraient actionnaires de plusieurs sociétés. Cela entraînera certes une certaine volatilité à court terme, mais n’empêchera pas ces entreprises de poursuivre leur croissance.

Aucun impact majeur n’est par ailleurs à prévoir sur le dollar américain.
Jean-François Jacquet

Jean-François Jacquet,  chief investment officer,  Quintet Luxembourg

Aucun impact majeur n’est par ailleurs à prévoir sur le dollar américain, même si les deux partis devraient continuer de creuser les déficits budgétaires et emprunter davantage. Cette devise reste la principale monnaie de réserve mondiale, et la demande en faveur de sa dette reste forte. 

En ce qui concerne la santé, secteur-clé de l’économie américaine, il est peu probable que des propositions comme la rupture des brevets des médicaments soient mises en œuvre. Le secteur devrait également continuer d’être soutenu grâce à l’effet du vieillissement de la population et à l’émergence des classes moyennes en Asie.