PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

L’économie mondiale ne reprendra pas de sitôt



Ilario Attasi, head of group investment research de KBL European Private Bankers. (Photo: KBL epb)

Ilario Attasi, head of group investment research de KBL European Private Bankers. (Photo: KBL epb)

Les données économiques continuent de suggérer que l’économie mondiale est au creux de la vague, après presque deux ans de ralentissement. Ilario Attasi, head of group investment research de KBL European Private Bankers, revient sur la situation des différents secteurs européens et américains.

En octobre, l’indice Markit Manufacturing PMI s’est amélioré dans pratiquement toutes les régions à l’exception du Japon. La hausse de la composante de cet indice relative aux nouvelles commandes laisse présager une nouvelle amélioration au cours des mois à venir. La quasi-totalité des banques centrales dans le monde s’étant tournée vers des politiques d’assouplissement et le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine s’étant apaisé, les investisseurs deviennent plus optimistes et reviennent lentement sur les marchés boursiers.

La première semaine de septembre a été marquée par un renversement des tendances du marché, avec des actions à grande capitalisation avec un fort momentum de prix dont le rendement a été nettement inférieur à celui des actions de type «value» dans des secteurs comme les banques, les services pétroliers et le commerce de détail. Les rendements des obligations d’État se sont redressés après les creux atteints précédemment.

Une reprise cyclique des marchés boursiers pas encore convaincante

La croissance demeurant léthargique dans la zone euro, on espère de plus en plus que le dosage des politiques pourrait être rééquilibré, la politique budgétaire jouant un rôle plus important. Toutefois, sur la base des plans budgétaires actuels, l’orientation budgétaire ne devrait être que légèrement plus souple en 2020 par rapport à cette année. Même avec un multiplicateur budgétaire important, on doit s’attendre à ce que l’effet sur la croissance soit plus que modeste.

En outre, compte tenu des diverses contraintes politiques qui limitent la marge de manœuvre budgétaire des pays de la zone euro, il y a lieu de penser que le soutien budgétaire ne devrait être renforcé qu’en cas de nouvelle aggravation de la situation macroéconomique. Il en sera de même pour les banques centrales des pays développés.

Dans l’ensemble, la reprise cyclique des marchés boursiers n’est pas encore convaincante, ce qui donne à penser qu’une reprise de l’économie mondiale ne répondra pas aux attentes actuelles.

Le pétrole perd sa domination

Le pétrole a déjà perdu du terrain au profit de sources de combustible moins chères, en particulier le gaz naturel, pour le chauffage et la production d’électricité, et son avantage concurrentiel dans les transports est remis en question. Le transport représente environ 50% de la demande mondiale de pétrole, mais avec le développement continu et l’évolution de la technologie des batteries, la demande devrait diminuer. Les véhicules électriques apportent des solutions moins chères, plus propres et plus durables aux besoins mondiaux de transport à long terme, ce qui constitue une menace réelle pour le prix du pétrole.

Les marchés pétroliers risquent de connaître une offre structurellement excédentaire.

Ilario Attasi,  head of group investment research ,  KBL European Private Bankers

En l’absence de demande de la part des transports, les marchés pétroliers risquent de connaître une offre structurellement excédentaire. Les commentateurs semblent quelque peu optimistes, s’attendant à ce que le prix du pétrole ne soit pas perturbé au cours de cette décennie. Compte tenu de l’avantage économique que représente le changement de fournisseur pour les gros utilisateurs, la demande de pétrole devrait s’affaiblir plus tôt que prévu. Avec le fonds souverain norvégien qui vend tous les actifs pétroliers et l’Arabie Saoudite qui se tourne vers AramCo, les initiés semblent indiquer la direction à suivre.

La plupart des signaux prospectifs indiquent que les acteurs du secteur des combustibles fossiles sont à la traîne dans les domaines de l’énergie et du marché. Cependant, de nouveaux gagnants s’imposent dans les domaines de l’éolien, du solaire, du stockage de batteries et des véhicules électriques.

Les valorisations semblent à première vue attrayantes avec du pétrole à 60 dollars le baril et les «chercheurs de rendement» seront attirés par les Majors, en raison de leurs rendements en dividendes élevés, mais les perspectives d’être un segment en déclin structurel nous rendent moins à l’aise à l’idée d’être trop exposés. L’objectif semestriel de 55USD sur le Brent est inférieur au niveau actuel, des dégradations continues du résultat par action sont constatées, soulignant que les marges sont élevées et vont probablement baisser.

Les secteurs des technologies de l’information et de la santé furent les principaux moteurs de la progression du bénéfice par action de 2% en Europe et 5% aux États-Unis.

Les tendances séculaires sont claires pour les secteurs qui bénéficient d’une croissance régulière et de caractéristiques défensives. Ces deux secteurs bénéficient de moteurs de croissance structurels tels que le vieillissement de la population, l’augmentation du traitement des maladies dans la classe moyenne montante, en particulier en Asie, et d’importants changements technologiques.