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Finance Parallèle

Du shadow banking au financement alternatif



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Le shadow banking recouvre toutes les activités réalisées hors du système bancaire traditionnel, aussi bien l’assurance que les fonds d’investissement, la titrisation, le crowd funding ou encore les fonds monétaires. (Photo: Shutterstock)

Le Grand-Duché fait partie des pays les plus prolifiques en matière de finance non bancaire. Le risque systémique lié à ces activités est à prendre en considération.

Cet article est paru dans l'édition mars 2019 du  magazine Paperjam .

Le terme de ‘shadow banking’ a une mauvaise connotation, il s’agit plutôt de parler de financements alternatifs», constate Gilles Walers, conseiller juridique à l’ABBL (Association des banques et banquiers, Luxembourg). D’où le fait que le Conseil de stabilité financière (en anglais, Financial Stability Board, ou FSB) ait modifié sa dénomination pour «intermédiation financière non bancaire».

Celle-ci recouvre toutes les activités réalisées hors du système bancaire traditionnel, aussi bien l’assurance que les fonds d’investissement, la titrisation, le crowd funding ou encore les fonds monétaires. «Il est presque impossible de réaliser un état des lieux complet et non équivoque de toutes les pratiques possibles et cela reste donc très complexe de définir ce qui fait ou non partie des activités dites de shadow banking. Toute définition future comportera toujours un choix politique», estime Gilles Walers.

Attractivité du Luxembourg

Avec 3.564 milliards de dollars d’actifs liés à la finance parallèle, le FSB place le Luxembourg en quatrième position des Places les plus actives dans le shadow banking dans son rapport annuel paru le 4 février. Juste derrière les îles Caïmans, la Chine et les États-Unis. L’ABBL explique l’attractivité du Grand-Duché par la bonne santé de son secteur financier et par le fonctionnement des institutions associées, mais tempère les chiffres: «Le shadow banking reste tout de même marginal au sein du secteur bancaire luxo-luxembourgeois», constate Gilles Walers.

Par exemple, les structures de titrisation installées ici ne réalisent qu’une faible part de leur business sur place. Au global, en 2017 (dans l’acception stricte du shadow banking, hors fonds de pension et assurances), les actifs financiers non bancaires représentaient 13,7% des actifs financiers mondiaux, soit 51.600 milliards de dollars, en hausse de 8,5%.

Effet de contagion

Mais le secteur de l’intermédiation financière non bancaire est encore amené à croître, notamment avec le développement des fintech et des cryptomonnaies. Le FSB appelle à la vigilance, estimant que «l’interconnectivité pourrait augmenter si, par exemple, les banques garantissaient des prêts fintech ou si les fonds d’investissement investissaient dans les solutions fintech.»

Cette interdépendance entre les activités bancaires et non bancaires fait d’ailleurs craindre une contagion à l’ensemble du secteur financier si certaines entités venaient à se retrouver en difficulté. «Nos banques doivent certes faire attention à ne pas s’exposer à trop de risques, mais il n’existe pas de souci majeur lié au shadow banking au Luxembourg», avance Gilles Walers. Le régulateur reste cependant dans l’incapacité d’anticiper un tel risque systémique. Le FSB pousse donc les autorités à améliorer leur collecte de données, l’analyse des risques et à mettre en œuvre des «mesures politiques appropriées».

Faute de mieux, les établissements bancaires participent à leur échelle à l’encadrement du secteur: «Une réglementation indirecte peut également s’imposer aux acteurs du shadow banking: en effet, les banques participent au financement de ce secteur et sont elles-mêmes astreintes à une réglementation stricte. Elles imposent donc indirectement leurs règles du jeu, ce qui est une bonne chose», atteste Gilles Walers.