PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE FINANCIÈRE

Divergences entre marchés actions et marché obligataire



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Damien Petit, head of private banking investments, Banque de Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Le marché mondial des actions a poursuivi son ascension ces dernières semaines, tiré une nouvelle fois par le marché américain. Durant le premier semestre, le marché US a ainsi affiché une progression de l’ordre de 18% en dollars, soit la meilleure performance enregistrée sur la première moitié de l’année depuis 1997! Les marchés européens, japonais et émergents progressent également nettement sur la période, dans une moindre mesure toutefois.

Les investisseurs sur les marchés actions, rassurés par le discours nettement plus accommodant des autorités monétaires, en particulier aux États-Unis, semblent avoir effacé les craintes de ralentissement qui ont prévalu durant les trois derniers mois de l’année 2018. Temporairement?

L’optimisme sur les marchés boursiers contraste en effet avec la baisse généralisée des rendements obligataires. Les marchés actions et obligations semblent ainsi anticiper des évolutions économiques très divergentes. L’univers des obligations affichant un rendement négatif ne cesse de progresser et s’élève aujourd’hui à pratiquement 13.000 milliards USD.

Le marché obligataire américain présente toujours un attrait relatif pour les investisseurs, malgré le fort repli des derniers mois.

Damien Petit,  head of private banking investments ,  Banque de Luxembourg

À titre illustratif, la dette souveraine allemande affiche un rendement négatif jusqu’à une échéance de 20 ans. Sur le marché obligataire étatique suisse, l’investisseur doit se positionner sur des échéances d’au moins 45 ans pour trouver un rendement à peine positif. Dans cet environnement, le marché obligataire américain, avec des taux à 10 et 30 ans positifs, de l’ordre de 2% et 2,5% respectivement, présente toujours un attrait relatif pour les investisseurs, malgré le fort repli des derniers mois.

Cette chute des rendements obligataires s’explique par des anticipations d’interventions des banques centrales. Le seuil de tolérance de ces dernières pour toute forme de stress économique et/ou financier apparaît de plus en plus limité.

Aux États-Unis, l’absence de règlement rapide du conflit commercial sino-américain inquiète la Federal Reserve, qui devrait agir en abaissant ses taux. Le marché table dorénavant sur pratiquement trois baisses de taux de 25 points de base d’ici fin 2019, un scénario agressif compte tenu de la dynamique actuelle de l’économie américaine. Un mouvement préventif d’une telle ampleur viendrait annihiler très rapidement la capacité de réaction de la Fed, en cas d’accès de faiblesse nettement plus marqué de la conjoncture dans le futur.

Les valorisations ne nous paraissent pas suffisamment attractives pour pondérer davantage la classe d’actifs.

Damien Petit,  head of private banking investments ,  Banque de Luxembourg

En zone euro, en dépit d’une marge de manœuvre très restreinte – les taux directeurs se situent à des plus bas historiques et le bilan de la BCE a gonflé pour atteindre 4.700 milliards d’euros – Mario Draghi a récemment indiqué ne pas exclure de nouvelles baisses de taux ou encore une reprise du programme d’achat d’actifs, afin de contrer l’affaiblissement sensible des attentes d’inflation. Avec à la clé un succès très incertain de ces mesures sur la croissance et l’inflation, et des conséquences potentiellement négatives, notamment sur le secteur bancaire.

Dans ce contexte de divergence croissante entre l’évolution des cours boursiers et des fondamentaux économiques, nous maintenons une vue prudente sur les actions. Celle-ci se reflète par une légère sous-pondération de la classe d’actifs au sein de nos portefeuilles gérés au profit de la liquidité.

En outre, les valorisations ne nous paraissent pas suffisamment attractives pour pondérer davantage la classe d’actifs. Au sein de cette dernière, nous continuons à privilégier les entreprises de qualité – en évitant notamment le secteur financier – capables de générer des dividendes soutenables, un atout important dans un environnement de taux structurellement bas.