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«Hermès est entièrement basé sur la qualité»



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Guillaume de Seynes: «Beaucoup de nos savoir-faire sont réalisés en interne.» (Photo: Michel Labelle)

Guillaume de Seynes, directeur général en charge du pôle amont et des participations de Hermès, était présent pour l’ouverture du Festival des Métiers, au Cercle Cité jusqu’au 8 décembre. L’occasion de nous entretenir avec lui au sujet de la fabrication des objets Hermès.

Le Festival des Métiers est une occasion unique de découvrir les métiers de la maison Hermès. Pouvez-vous expliquer ce que sont ces «métiers»?

«En effet, nous ne parlons pas de département ou de division chez Hermès, mais de «métiers». Ce mot représente la notion de savoir-faire et de maîtrise. Le métier principal d'Hermès, puisque à l'origine de la maison et représentant 47% de notre chiffre d'affaires, est celui de la maroquinerie. Ce métier a beaucoup grandi ces dernières années: de 700 personnes au début des années 2000, il y a actuellement 2500 personnes qui travaillent pour ce métier. Cette croissance suit la demande qui se concentre principalement sur les sacs et la petite maroquinerie, les demandes de selles étant d'environ 500 exemplaires par an.

Le deuxième métier le plus important en terme de chiffre d'affaires est celui de la mode, qui regroupe le prêt-à-porter homme et femme, ainsi que les accessoires de mode, c'est-à-dire les ceintures, les bijoux fantaisie, les gants, les chapeaux, les chaussures.

Le troisième métier est celui de la soie et emploie près de 800 personnes.

Les autres métiers sont ceux des parfums, de l'horlogerie, la bijouterie qui est en très forte croissance grâce à une créativité importante, et le pôle maison qui englobe à la fois des articles que nous fabriquons depuis longtemps comme les vide-poches ou les draps de bain ou encore le mobilier que nous avons lancé il y a trois ans.

Pourquoi est-il important pour Hermès de raconter comment sont réalisés ses produits?

«Nous ne nous définissons pas comme une maison de luxe. Hermès est une maison qui créé et fabrique. Nous sommes avant tout dans une recherche de qualité, démarche qui remonte à l'origine de la maison. En 1837, lorsque nous fabriquions les harnais, nous voulions fabriquer les plus beaux harnais de l'époque, en visant l’excellence. Hermès est un projet entièrement basé sur la qualité, des matières premières et des savoir-faire. Ce festival lève un coin du voile sur ces métiers, ces savoirs. On découvre le temps que nécessite la création de nos objets, l'esprit de transmission, les passions et les histoires de nos artisans, leurs talents et leur dextérité. Ils expliquent leurs métiers et dialoguent avec les visiteurs. C'est, je pense, la meilleure manière de comprendre ce qui fait la qualité Hermès.

Est-ce une responsabilité de protéger ce savoir-faire?

«Ce savoir-faire participe à la qualité finale de l'objet. Beaucoup de nos savoir-faire sont réalisés en interne. Lorsque l'un ou l'autre était menacé, nous n'avons pas hésité à investir pour le maintenir. C'est ainsi que nous avons intégré certaines entreprises à la maison Hermès, comme à Lyon, berceau de l’excellence du travail de la soie.

Pour autant, tous vos produits ne sont pas réalisés en France.

«On peut dire que 75% des produits sont fabriqués directement par Hermès, et 85% en France. La maroquinerie est réalisée par nos propres ateliers qui sont en France. Pour les articles de mode, c'est à la fois fait par nos ateliers comme pour les gants ou à l'extérieur comme pour la maille et les chaussures qui sont fabriquées en Italie. Nous réalisons nos montres en Suisse, par notre filiale La montre Hermès. Si certains de nos ateliers sont hors de France, ce n'est pas pour cause de délocalisation. C'est que nous allons chercher le meilleur savoir-faire là où il se trouve. Nous avons par exemple des objets en corne de buffle et en laque qui sont fabriqués au Vietnam, car les meilleurs artisans du monde pour ce type de technique se trouvent là-bas. C'est aussi pour cela que certains de nos cachemires sont réalisés au Népal. Mais, quel que soit l'entreprise ou l'artisan avec qui nous travaillons, nous pensons toujours dans une perspective à long terme. Nos partenariats sont tous pensés en ce sens. À Luxembourg, cela fait par exemple 45 ans que nous travaillons avec la famille Graas. Nous travaillons avec des entreprises qui partagent la même exigence de qualité. C'est une philosophie.

Le savoir-faire est donc au cœur de ces «métiers». Comment les valorisez-vous au sein de votre entreprise?

«Nous procédons par exemple à des échanges-découverte de nos savoir-faire. À l'intérieur du groupe, nous réalisons ce que nous appelons des «parcours d'adresse» au cours desquels nos artisans découvrent un autre métier que le leur. Ces expériences sont à la fois enrichissantes d'un point de vue professionnel, mais également personnel, car ce sont de belles rencontres humaines. Cette démarche renforce également l'esprit d'entreprise, le sentiment de participer à un projet collectif. Nous opérons aussi des échanges entre un artisan et un vendeur par exemple. En découvrant chacun l'autre bout de la chaîne, chacun comprend mieux la raison de son travail et les exigences auxquelles ce collègue doit faire face.

Tradition et créativité font le succès d'Hermès. Pouvez-vous nous parler de cette alliance bénéfique?

«C'est une alliance fondamentale pour nous, car le meilleur artisan du monde risque de tourner en rond s'il n'est pas associé à un créateur qui repousse sans cesse les limites. C'est ce dialogue entre l'excellence de la fabrication et la vitalité de la création qui fait la force de Hermès. Nous avons plus de 50.000 références dans nos catalogues et les deux tiers sont renouvelés tous les six mois. Nous les archivons systématiquement depuis quelques années dans ce que nous appelons «le conservatoire des créations». Ces archives ne sont pas visibles pour le public, mais c'est une mine pour nos créateurs. Grâce à la créativité, nous continuons à faire rêver.»