LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Culture

Design: mieux avec moins



Avec, Insects au Gratin, Susana Soares développe des recherches pour faire accepter les insectes comme nourriture (Photo: Eric Chenal)

Avec, Insects au Gratin, Susana Soares développe des recherches pour faire accepter les insectes comme nourriture (Photo: Eric Chenal)

Réalisée par le Mudam avec la collaboration de la Ville de Luxembourg, la troisième édition de la biennale Design City vient de démarrer avec l’exposition «Never for money, always for love» au Mudam.

Dédiée à la question du design dans l’espace public, mais aussi de son intégration dans la vie quotidienne, la biennale Design City se veut un laboratoire d’idées, un outil de promotion et une plateforme d’expérimentation pour la participation des designers dans le développement de la ville. Avant de s’ouvrir dans l’espace public, c’est au Mudam, au sein du pavillon Leir que s’exposent 13 designers du Portugal et du Luxembourg.
«Le Portugal a décrété 2014 comme l’année du design et nous a proposé de présenter des designers portugais. Plutôt que de les présenter hors contexte, nous avons, avec Bruno Carvalho, sélectionné ceux qui entraient dans notre concept curatorial», explique Anna Loporcaro, co-commissaire de l’exposition «Never for money, always for love»
Il s’agit d’interroger le design, les designers et leur avenir dans une période de crise où la production de masse, la surconsommation, les dépenses énergétiques ou l’épuisement des ressources naturelles pose de plus en plus de questions et de problèmes. Aussi les designers sont appelés à réfléchir et à mettre en place des solutions innovantes et créatives pour répondre aux problèmes spécifiques et non pour produire toujours plus. «Les designers se tournent vers des projets où leur créativité est mise au service d’une conscience sociale basée sur des notions de durabilité, d’interaction ou de participation», explique Bruno Carvalho, l’autre curateur.

Design social

Le titre de l’exposition qui se tient au Mudam, est extrait d’une des chansons de Talking Heads, «This must be the place’». Il illustre parfaitement la réflexion menée par les curateurs: «Désormais, la question n’est plus ‘est-ce qu’il me faut une nouvelle chaise?’ mais ‘quel sens donner à la production d’une nouvelle chaise dans un monde déjà plein de chaises jolies et confortables?», poursuit le designer portugais. Les designers sélectionnés ont donc en commun de proposer des réponses à la remise en question des processus de fabrication, des problèmes de durabilité, de préservation des ressources environnementales et du capital humain. C’est donc une exposition sur le rôle social du design redonnant un nouveau sens à la discipline.
On pourra ainsi faire connaissance avec les recherches de Susana Soares qui abordent l’un des défis majeurs de l’humanité: la recherche de nouvelles ressources alimentaires à la fois efficaces et respectueuses de l’environnement. «Les insectes sont plus facile à élever, beaucoup moins gourmands en ressources, beaucoup moins polluants que les bovins que nous mangeons. Pour passer outre la répulsion culturelle que nous inspirent ces bestioles, nous avons développé des farines que l’on mélange à d’autres ingrédients et que l’on cuisine», explique la créatrice qui fait le pari que l’imprimante 3D alimentaire entrera bientôt dans nos cuisines.

Do it yourself

L’exposition présente aussi le travail de David Richiuso et Anne Genvo, Copier/Couler, qui se réclame de l’anti-design. Il propose un mécanisme élémentaire qui, basé sur un simple processus d’impression, permet de fabriquer des assiettes (ou d’autres récipients) de forme individuelle en plâtre, en béton, en terre cuite ou dans des matériaux similaires. «Il n’est plus nécessaire d’acheter les assiettes par six ou par 12… On les fabrique soi-même quand on en a besoin», résume Anna Loporcaro, l’autre curatrice de l’exposition.
Les réalisations des Luxembourgeois Anne-Marie Herckes et Gilles Gardula sont intéressantes par l’implication des deux designers avec l’industrie portugaise que ce soit avec le feutre de Burel Factory pour la première ou avec le liège de Sofalca au Portugal et la fonte de Massard au Luxembourg (où travaillent des portugais, la boucle est bouclée). Des vêtements que l’on peut porter de dizaines de manière différentes (Daniela Pais), des économiseurs d’eau à placer dans les chasses d’eau (Les M), des housses de chaise ultra-comptactes (Rui Pereira), un lave-linge qui crée des objets en laine (Maurice + Paula), un moule unique pour produire différents objets (João Valente)… sont autant d’autres objets et solutions que l’on peut voir dans l’exposition.

À voir au Mudam jusqu'au 15 juin