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Chronique financière

Croissance: premiers bourgeons ou feu de paille?



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Jean-Yves Leborgne, portfolio manager, ING Luxembourg.  (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne / Archives)

Après avoir été orientés à la baisse en 2019 (voire même en 2018 pour l’Europe), de nombreux indicateurs publiés récemment ont livré quelques nouvelles rassurantes, déclenchant un regain d’optimisme chez certains qui entrevoient déjà l’année 2020 sous de meilleurs auspices.

N’est-ce pas aller un peu vite en besogne? Certes, on ne peut nier que certains indicateurs de confiance se sont un peu redressés en novembre, notamment l’indice du sentiment économique mesuré par la Commission européenne qui est passé de 100,8 à 101,3 en novembre et qui reste donc au-dessus de sa moyenne de long terme et progresse même.

Par ailleurs, on observe une progression de la confiance des consommateurs en zone euro ainsi que dans les secteurs de l’industrie, des services et du commerce de détail. C’est donc loin d’être négligeable. Au niveau des indicateurs PMI, particulièrement surveillés par les marchés, on se souviendra que les indices du secteur manufacturier en zone euro se sont également redressés un peu en novembre.

Mais c’est surtout la progression de l’indice PMI de la Chine, dépassant les attentes, qui a rassuré plus d’un investisseur. On soulignera enfin qu’aux États-Unis, on retrouve également des indicateurs un peu plus rassurants, même si la publication de l’indice ISM début décembre s’est repliée de manière inattendue.

Les indicateurs de confiance de la Commission européenne (ESI) se stabilisent. (Source: Datastream)

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De même que les indices PMI du secteur manufacturier, même si ceux-ci restent faibles. (Source: Datastream)

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Ces évolutions ne sont néanmoins pas suffisantes pour en conclure que 2020 sera un bon cru sur le plan économique, et ce pour plusieurs raisons:

– D’une part, les progressions enregistrées sont relatives. On ne peut pas parler de fort rebond des indicateurs.

– Le niveau des indicateurs de confiance, notamment dans le secteur industriel, reste particulièrement faible et traduit souvent une contraction de l’activité.

– De meilleurs indicateurs au cours d’un mois ne signifient pas grand-chose. Pour parler de point de retournement, plusieurs données successives allant dans une nouvelle direction sont nécessaires, ce qui n’est pas encore le cas actuellement.

Dès lors, la prudence s’impose quand il s’agit d’interpréter les «bonnes nouvelles» du moment. Selon notre analyse, les indicateurs du cycle prouvent au moins une chose: en dehors d’un choc négatif inopiné, une récession n’est pas imminente. L’économie mondiale semble, au contraire, se stabiliser pour le moment, les derniers indicateurs conjoncturels confirmant notre scénario de base.

Au-delà de cette conclusion, il va falloir attendre encore 1 à 2 mois pour que les indicateurs révèlent une direction un peu plus claire (ou pas). Le léger mieux que semblent indiquer aujourd’hui les indicateurs conjoncturels peut très bien être le socle d’un début de reprise économique en 2020, comme il pourrait s’agir d’un feu de paille avant une nouvelle dégringolade des indicateurs. N’oublions quand même pas qu’une série d’indicateurs économiques (endettement des entreprises, taux de chômage…) continuent de plaider pour une fin de cycle.

À ce stade, nous tablons donc sur une situation de faible reprise en 2020: la situation du secteur industriel semble effectivement s’améliorer un peu et tant les politiques budgétaires que monétaire devraient aider l’économie mondiale en 2020. Mais compte tenu des fondamentaux actuels, un rebond vigoureux semble hors de portée. Les prochains mois devraient permettre d’affiner ce scénario et probablement de lui donner une direction plus tranchée.

En Allemagne, les indices IFO se stabilisent enfin... (Source: Datastream)

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... mais restent encore bien ancrés dans la zone de ralentissement économique. (Source: Datastream)

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