PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Le changement climatique s’est invité à Davos



Olivier Goemans,  Head of Investment Services and Innovation  à la Bil. (Photo: Bil)

Olivier Goemans,  Head of Investment Services and Innovation  à la Bil. (Photo: Bil)

Le programme du Forum économique mondial, qui se tient annuellement à Davos en Suisse, a pris une teinte verte cette année. La question du changement climatique a été au cœur des débats. L’analyse d’Olivier Goemans, Head of Investment Services and Innovation à la Bil.

Pour évoquer l’urgence climatique, commençons par parler d’un évènement survenu en 2003Le 27 septembre, un puissant orage a fait chuter un arbre en Suisse, non loin de la frontière italienne. L’arbre a entraîné dans sa chute une ligne à haute tension. Quelque part le long de la ligne, un système de communication reliant plusieurs réseaux est tombé en panne, avec des effets en cascade inattendus. Rome s’est retrouvée plongée dans l’obscurité. Métro, ascenseurs, trains, feux tricolores… plus rien ne fonctionnait. Deux réseaux qui semblaient totalement distincts ont interagi d’une manière que les ingénieurs n’avaient pas prévue. Cette histoire présente quelques similitudes avec l’urgence climatique. Si c’est au Royaume-Uni qu’est née la Révolution industrielle, l’impact des combustibles fossiles se fait aujourd’hui essentiellement ressentir dans de lointains pays en développement. Selon une récente étude de l’ONG allemande Global Climate Risk Index, huit des dix pays les plus affectés par les événements météorologiques extrêmes (entre 1998 et 2017) sont des pays en développement. Les pays développés ne sont pas non plus à l’abri. Selon le rapport du Forum économique mondial sur les risques mondiaux, les dommages causés par les intempéries liées au changement climatique pourraient coûter aux États-Unis 10 points de PIB d’ici la fin du siècle.

Ce problème complexe appelle une action collective et une coordination des efforts entre de nombreux acteurs.

Olivier Goemans,  Head of Investment Services and Innovation,  Bil

La Banque des règlements internationaux (BRI) a récemment introduit le concept de «cygne vert» en référence aux risques extrêmes qui pèsent sur l’économie mondiale. Il s’agit d’événements susceptibles d’avoir des répercussions financières extrêmes et d’engendrer la prochaine crise financière systémique. La BRI estime que les banques centrales ont un rôle à jouer pour éviter de tels événements (la Banque d’Angleterre s’est déjà emparée de la question et Christine Lagarde a laissé entendre que la BCE prendrait bientôt des mesures). Évidemment, les banques centrales ne peuvent pas atténuer à elles seules le changement climatique. Ce problème complexe appelle une action collective et une coordination des efforts entre de nombreux acteurs tels que les pouvoirs publics, le secteur privé, la société civile et la communauté internationale.

De même, la sécurité énergétique est devenue un enjeu majeur pour la Commission européenne. Le modèle de gouvernance décentralisé du secteur de l’électricité est désormais dans le collimateur des pouvoirs publics et l’idée de «vulnérabilité transnationale», chère à ceux qui estiment que seule une organisation à l’échelle de l’UE peut assurer la sécurité du réseau électrique européen, a fait son bonhomme de chemin. Sans un effort transnational coordonné, des résultats concrets sont difficiles à obtenir.

L'ère des risques environnementaux

À cet égard, le Forum de Davos a peut-être un rôle à jouer. Le rapport sur les risques mondiaux en est à sa dixième édition et, pour la première fois, les cinq principaux risques cités par les participants ont trait à une certaine forme de menace environnementale. Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial a déclaré: «Les gens se révoltent contre les ‘élites’ économiques qui, à leurs yeux, les ont trahis et nos efforts pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C sont dangereusement insuffisants (…) nous devons élaborer un ‘Manifeste Davos 2020’ pour repenser la vision et les tableaux de bord pour les entreprises et les gouvernements.»

2019 est l’année où le changement climatique est devenu en vogue. Dans tous les secteurs, de la finance à la mode, les entreprises semblent aujourd’hui vouloir verdir leur image. Les sociétés de gestion d’actifs ont besoin de normes communes pour distinguer les entreprises réellement exemplaires en matière de durabilité de celles qui se contentent de faire du «green washing». Par conséquent, l’issue de ces débats pourrait être cruciale car elle permettra d’orienter les flux de capitaux.