PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Assurances

Quand la finance luxembourgeoise s’exporte

La Belgique, seconde résidence de Foyer



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Patrick De Baets croit dans le modèle belge du courtier en assurances. (Photo: Foyer)

Les groupes financiers de la Place étendent leur empreinte à l’étranger pour différentes raisons. Ce mois-ci, nous traversons la frontière belge pour découvrir les activités de l’assureur Foyer.

Acteur historique dans l’assurance sur le territoire luxembourgeois, le groupe Foyer est aussi bien installé sur le marché belge. Étant donné les nombreux liens entre le Luxembourg et le royaume voisin, la compagnie a traversé la frontière de manière naturelle. Outre l’assurance-vie, pour laquelle la Belgique est un pays de distribution comme de nombreux autres territoires étrangers, elle y a développé deux grands métiers à travers deux structures: la gestion de fortune et l’assurance non-vie.

Foyer est actif dans la gestion de fortune au Benelux depuis le rachat, en 2009, de la société belge CapitalatWork. Son CEO, Maarten Rooijakkers, note que «la vente à un seul actionnaire disposant d’une réputation très solide nous a permis de poursuivre la croissance sur des bases sûres». Il observe que la vision du nouveau propriétaire luxembourgeois collait parfaitement avec la culture «bon père de famille» développée par la société belge. «Nous avons toujours eu pour ambition de nous distinguer en proposant une gestion de fortune de haute qualité. La vision à long terme de Foyer nous a aidés à poursuivre dans cette voie», continue le CEO.

Une gestion prudente

Créée à Bruxelles, CapitalatWork a étendu son activité belge en créant des bureaux à Anvers, Gand et à Courtrai. Début juin, pour accentuer sa présence dans la partie francophone du pays, elle s’implantera à Louvain-la-Neuve, en Brabant wallon. «La proximité avec le client reste un élément stratégique pour nous, insiste M. Rooijakkers. Mais nous investissons aussi des moyens importants dans les nouveaux outils digitaux pour assurer l’avenir.»

Rechignant à cataloguer ses clients par un montant d’actifs minimum, il convient que la moyenne se situe autour d’un million d’euros. Mais la porte est ouverte à de jeunes entrepreneurs porteurs d’avenir. «Mais quel qu’il soit, notre volonté sera toujours de protéger leur capital par une gestion prudente.» Son principal axe de différenciation par rapport aux nombreux autres acteurs présents en Belgique, M. Rooijakkers le définit par le mode de gestion. CapitalatWork se limite à investir dans des actions, des obligations ou des monnaies de société et pays qui respectent des critères qualitatifs définis à l’avance.

Au total, la société de gestion de fortune emploie 125 personnes, dont une soixantaine en Belgique. La totalité de ses actifs sous gestion (pour les trois pays) atteint 7,5 milliards d’euros. «Nous restons à l’affût d’opportunités de croissance externe pour continuer à nous développer au niveau Benelux», confirme son CEO.

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Maarten Rooijakkers cherche à développer la clientèle francophone de CapitalatWork. (Photo: Foyer)

Nouvelle zone de croissance

Même si l’activité de gestion de fortune est différente de celle d’un assureur classique, des synergies sont assurées en interne, notamment dans la digitalisation. Retour donc, au siège de Leu­delange, d’où se gère le marché belge de l’assurance non-vie, relancé au début des années 2000. L’entrée s’est faite de manière progressive, mais l’assureur luxembourgeois opère désormais sur la partie francophone et germanophone du pays, avec une concentration plus forte en province de Luxembourg et dans les cantons de l’Est.

Les contrats signés en Belgique restent gérés au Lux­embourg où une entité Foyer Assurances Belgique a été développée. Elle compte une trentaine de personnes. Patrick De Baets, son responsable, explique cette poussée vers la Belgique par «le besoin d’aller chercher de la croissance hors des frontières. Lorsque vous êtes numéro un dans votre pays avec une part de marché de près de 40%, vous ne pouvez plus vraiment espérer grandir significativement».

Mais ce choix est aussi lié aux particularités de ce voisin où les ventes sont encore largement assurées par des courtiers indépendants, ce qui facilite l’entrée dans le marché. Proposant les produits de différentes compagnies, ils recherchent avant tout l’offre qui convient le mieux à leurs clients. «C’est un système qui nous convient bien, observe Patrick De Baets. Il nous assure une croissance rentable à deux chiffres. Notre stratégie de transformation digitale prévoit d’ailleurs bien d’embarquer les courtiers à bord.» Si la pratique a convaincu Foyer de passer la frontière belge, c’est aussi parce qu’elle permet de se développer à des coûts moins importants qu’en créant un réseau d’agents locaux.

«Nous disposons actuellement d’un réseau de 400 courtiers qui assurent 92% de nos rentrées de clients belges, calcule le responsable de Foyer Assurances Belgique. Le reste vient des frontaliers belges qui signent des contrats via des agents locaux au Luxembourg.» Quant aux produits proposés, ils se différencient assez bien des produits luxembourgeois. Sur son marché domestique, le groupe essaie d’obtenir l’ensemble du portefeuille d’assurance de ses clients. En Belgique, il mise sur des produits innovants dans les segments habitation et automobile. «Ce choix est lié au canal de distribution via les courtiers et au fait que le marché belge est très compétitif», explique M. De Baets.