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Chronique des chefs économistes

Une année 2020 sous tensions



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Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Patricia Pitsch/Maison Moderne/archives)

Qu’attendre de 2020 d’un point de vue économique? Pour Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, les élections américaines et les relations entre Pékin et Washington pèseront lourd dans la balance, mais de bonnes nouvelles sont en vue quand même.

Si 2017 était l’année d’accélération généralisée des grandes économies de la planète, la tendance est au ralentissement de la croissance économique mondiale depuis le printemps 2018. Cette moins bonne performance de l’économie peut être attribuée à plusieurs facteurs. Premièrement, la campagne de lutte contre l’endettement excessif en Chine entamée fin 2017 a eu une répercussion négative sur l’activité mondiale à travers la faiblesse des importations chinoises.

À cela est venu s’ajouter le différend commercial entre la Chine et les États-Unis, qui a plombé la confiance des entreprises manufacturières et a lourdement pesé sur les échanges commerciaux mondiaux. Ensuite, le secteur automobile traverse une période difficile depuis l’automne 2018, lorsque de nouvelles normes environnementales ont dû être appliquées, à un moment où les constructeurs automobiles y étaient peu préparés et où le secteur faisait face à une faiblesse de la demande en Chine et en Inde.

Depuis le printemps 2018, la croissance économique mondiale est entrée dans une phase de ralentissement qui n’a épargné aucune grande puissance. Le taux de croissance annuel de la zone euro est passé de 3% fin 2017 à un peu plus de 1% aujourd’hui. Aux États-Unis, la croissance a décéléré de 2,8% à 2,1% au cours de la même période. L’Allemagne est désormais proche de la récession économique et l’économie chinoise n’est pas sortie indemne de la guerre commerciale avec les États-Unis.

Le risque le plus significatif pour l’économie mondiale est lié à la politique économique, et plus particulièrement au protectionnisme américain.

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Le risque le plus significatif pour l’économie mondiale est lié à la politique économique, et plus particulièrement au protectionnisme américain. À ce jour, à peu près 70% des importations américaines de produits chinois sont taxées. Si aucun accord commercial n’est signé entre la Chine et les États-Unis, le reste des biens chinois importés sur le sol américain sera frappé de droits de douane à la mi-décembre. Le problème est que les produits épargnés jusqu’à présent sont des biens de consommation difficilement substituables puisque la Chine est le principal producteur mondial pour la plupart de ces produits. Cela signifie que le consommateur américain risque d’être touché plus lourdement par ces taxes si l’administration américaine décide de les appliquer en décembre.

Bien que des nuages noirs continuent de planer sur l’économie mondiale, il faut bien avouer que certaines éclaircies sont apparues ces derniers mois. Washington et Pékin sont en négociations pour conclure un accord commercial. Cet accord, même s’il n’est que partiel – car il exclurait les points les plus sensibles de mésentente –, permettrait néanmoins de rétablir une certaine confiance dans le chef des entreprises multinationales, et améliorerait probablement les perspectives de dépenses en investissement de celles-ci. Le président américain se dit être un négociateur hors pair. Un échec dans les négociations avec la Chine, qui perdurent depuis 2 ans, enverrait un mauvais signal à ses partisans.

À 43%, le taux d’approbation de Donald Trump est relativement bas comparé à celui des présidents américains précédents, mesuré au même moment du cycle électoral. Plus inquiétant pour lui, la note que les américains attribuent à sa gestion de l’économie a fortement reculé ces derniers mois. Ne perdons pas de vue qu’une escalade des tensions commerciales augmenterait les risques de récession économique dans une année électorale, ce qui réduirait drastiquement les chances de réélection du président. Il existe donc bel et bien un incitant à trouver un terrain d’entente avec la Chine. Cependant, il convient de souligner la nature imprévisible du président et la tendance de fond à la détérioration des relations sino-américaines.

Détente des conditions financières

Le deuxième développement positif est à trouver du côté des banques centrales. Ces dernières ont entamé un cycle de baisse de taux pour prémunir leurs économies des risques liés au protectionnisme américain. Cette détente des conditions financières est de nature à soutenir l’activité économique, même si elle met généralement un certain temps à percoler dans l’économie réelle.

Troisièmement, la Chine met en place des mesures de soutien économique depuis plusieurs mois. Le gouvernement chinois devrait selon toute vraisemblance annoncer des mesures supplémentaires prochainement, aussi bien du côté monétaire que fiscal, ce qui devrait aider à stabiliser l’économie chinoise actuellement en perte de vitesse. Ces politiques de relance ont déjà permis de mettre un terme au ralentissement des nouvelles créations de crédit qui constituait un frein à l’activité.

Un dernier élément de support pour l’économie mondiale est la hausse des revenus disponibles réels des ménages dans le monde développé.

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Un dernier élément de support pour l’économie mondiale est la hausse des revenus disponibles réels des ménages dans le monde développé. Les perspectives de dépenses des ménages restent favorables, d’autant plus que le taux d’épargne des particuliers américains et européens se trouve à un niveau confortable.

Il est donc probable que la croissance économique mondiale trouve un plancher dans les prochains mois. Dans un tel scénario, il ne faut cependant pas s’attendre à une reprise économique mondiale vigoureuse. D’un autre côté, le risque d’une déception et d’une résurgence des tensions commerciales reste non négligeable. Si ce risque se matérialise, il n’est pas exclu que l’activité mondiale continue sa phase de décélération.