COMMUNAUTÉS & EXPERTISES
MANAGEMENT

#FemaleLeadership

«Ne sortez jamais du monde du travail»



218400.jpg

Après une longue carrière chez PwC, Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini goûte au luxe de gérer son temps en fonction de ses priorités. (Photo: Maison Moderne / Patricia Pitsch)

Pionnière de PwC au Luxembourg, Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini siège dans plusieurs conseils de la Place depuis son départ du Big Four en 2007. Entretien dans le cadre de la série #Femaleleadership.

Quelle est votre définition du leader?

Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini . - «Le leader est celui qui a une vision du domaine dans lequel il évolue, qui réussit à la partager et à entraîner les autres vers cette vision. Cette définition que je propose ne s’applique pas seulement au business…

 Donc aussi dans la vie privée...

«Oui. Les projets ne sont pas les mêmes mais, dans tous les cas, être seul ne sert à rien.

 Existe-t-il, selon vous, une différence entre le leadership et le pouvoir?

 «Le pouvoir, on vous le donne alors que le leadership est quelque chose que vous imposez naturellement aux autres. Les personnes les mieux placées pour identifier les leaders sont les institutrices qui peuvent repérer facilement les futurs leaders et les suiveurs parmi les enfants.

 À chacun de trouver sa place…

«Le leadership est quelque chose de naturel. Il se cultive mais ce n’est pas quelque chose qui s’apprend. C’est lié à la personnalité.

Y a-t-il un leadership masculin et un leadership féminin?

«Je ne pense pas. L’environnement joue en revanche un rôle important dans l’éclosion des leaders.

Les stéréotypes ont beaucoup évolué au cours des dernières années mais il y a encore du chemin à parcourir.

Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini,  Administrateur indépendant,  MJC Conseil

Des secteurs restent cependant très «masculins», la finance évidemment…

«La finance reste encore très masculine en effet mais il faut dire que l’aspiration des femmes pour aller dans les métiers de la ‘finance pure’ est peut-être moindre. Il faudrait en revanche faire comprendre que le secteur offre toute une série d’opportunités, y compris dans les fonctions opérationnelles.

Le changement est en marche vers plus de «gender diversity» mais des progrès restent donc à faire. Quelles sont les priorités?

«Les stéréotypes ont beaucoup évolué au cours des dernières années mais il y a encore du chemin à parcourir, notamment en matière de partage des tâches familiales. Même si, là aussi, il y a des évolutions notables. Les gouvernements ont d’ailleurs mis en place beaucoup de mesures qui vont dans ce sens comme le congé parental. L’environnement parascolaire avec les Maisons Relais contribue aussi au changement.

Les entreprises ont évidemment aussi leur rôle à jouer. Or je ne suis pourtant pas convaincue que toutes aient pris la mesure de cette problématique de l’égalité des chances qui a été thématisée ces dernières années avec l’apparition des quotas. J’y étais réticente mais il faut reconnaitre qu’ils ont obligé les entreprises à avoir des réflexions sur la place des femmes aux niveaux décisionnels et à prendre, pour certaines, les mesures ad hoc.

Je note par ailleurs qu’on travaille beaucoup sur la problématique des femmes mais je pense qu’il en aussi se préoccuper des hommes qui éprouvent parfois des difficultés à se situer dans ce contexte.  

Les filles sont les filles. Les garçons sont les garçons.

Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini,  Administrateur indépendant,  MJC Conseil

La tendance est de gommer au possible les stéréotypes voire les différences…

«Il ne faut pas aller trop loin dans ce domaine. Les filles sont les filles. Les garçons sont les garçons. Chacun doit trouver sa place en fonction de ses envies. Ce n’est pas parce qu’on s’habille en rose qu’on ne peut pas être patron d’une grande banque. L’important est plutôt de prendre conscience des différences de comportement et d’en tirer profit plutôt que faire entrer tout le monde dans un même moule.

La «worklife balance» semble être un élément central de nos jours. Est-ce une réalité selon vous?

«J’en entends parler depuis longtemps mais je trouve qu’elle se détériore avec l’usage des outils technologiques. Il faut revenir aux fondamentaux de la relation employeur-employé avec le respect que cela impose de chaque côté.

Quelle est l’importance du conjoint pour faire carrière?

«On pose généralement la question aux femmes mais c’est pareil pour les hommes.

Avec la difficulté de concilier vie personnelle et professionnelle…

«On oublie souvent que la carrière doit se placer dans une perspective de temps long. Sur l’ensemble d’une carrière, d’une quarantaine d’années, pendant combien de temps ma présence sera-t-elle indispensable ou importante pour les enfants?

Cette question permet de relativiser les choses et devrait être prise en compte par les employeurs. Mon message aux femmes est le suivant: ne sortez jamais du monde du travail mais travaillez différemment en fonction de votre projet de famille. Continuez à progresser, peut-être plus lentement à certains moments, mais progressez tout de même.

Ce que je fais, je le fais par choix.

Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini,  Administrateur indépendant,  MJC Conseil

Votre philosophie de travail a-t-elle évolué depuis votre départ de PwC en 2007?

«Je prends les choses différemment, même si je garde la même exigence. Je suis moins obsédé par le succès d’une entreprise que je dois faire grandir. Ce que je fais, je le fais par choix. J’ai accepté peu de mandats mais tous se complètent finalement dans la chaîne de valeur du secteur financier, chacun à leur place.

De l’information financière chez Kneip à la banque privée chez Pictet ou encore dans les fonds chez Schroders et Columbia, côté asset management. Sans oublier Arendt Services. Je peux réfléchir aux impacts des activités de l’un sur l’autre.

Vous présidez l’association de réseautage «Women in Business» qui soutient l’association «Toutes à l’école» créée par la journaliste Tina Kieffer. Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette initiative plutôt qu’une autre?

«Nos activités permettent en effet de soutenir ‘Toutes à l’école’ qui est un projet formidable puisqu’il accompagne les filles défavorisées du Cambodge en leur apportant l’éducation grâce à une école qui a été créée sur place. C’est une porte ouverte vers leur réalisation dans la vie et leur participation à l’évolution de la société. Le projet a fait ses preuves depuis 2005 si bien que les premières filles qui ont fréquenté les classes sont entrées à l’Uni. ‘Toutes à l’école’ a poursuivi l’aventure en investissant dans un home pour étudiante. La réflexion sur la réplication de ce modèle dans d’autres pays est en cours.  

Quel conseil donneriez-vous à une femme qui veut entreprendre?

«Le même qu’à un homme: de bien étudier son projet, d’être claire sur ce qu’elle veut ou pas faire, de s’entourer des bonnes compétences et d’y aller!»