PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Assurances

«Insuring our future»

Le soutien anachronique des assureurs au pétrole et au gaz



Alors que plus de 50% du marché mondial de la réassurance refuse désormais d’assurer l’industrie du charbon, moins de la moitié des 30 principaux assureurs dans le monde ont actuellement des restrictions sur le pétrole et le gaz. Et, parmi eux, seulement trois se sont engagés à ne plus assurer de nouveaux champs pétroliers et gaziers. (Photo: Shutterstock)

Alors que plus de 50% du marché mondial de la réassurance refuse désormais d’assurer l’industrie du charbon, moins de la moitié des 30 principaux assureurs dans le monde ont actuellement des restrictions sur le pétrole et le gaz. Et, parmi eux, seulement trois se sont engagés à ne plus assurer de nouveaux champs pétroliers et gaziers. (Photo: Shutterstock)

Après analyse des politiques climatiques de 30 des principaux assureurs mondiaux, un rapport de 26 organisations issues de 14 pays constate que moins de la moitié des assureurs ont actuellement des restrictions sur le pétrole et le gaz. Ce qui compromet les efforts pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

En continuant à soutenir de nouvelles productions pétrolières et gazières, les assureurs ne contribuent pas assez aux politiques climatiques et compromettent les efforts visant à limiter à 1,5°C le réchauffement climatique, comme prévu dans l’accord de Paris. C’est ce que révèle le rapport annuel 2021 «Insuring our Future: the 2021 Scorecard on Insurance, Fossil Fuels and Climate Change» relatif aux politiques climatiques des assureurs.

Publié par 26 organisations issues de 14 pays lors de la COP26, le 3 novembre, ce rapport analyse les politiques des 30 principaux assureurs à travers le monde (10 assureurs contrôlent environ 70% du marché mondial de l’assurance pétrole et gaz). Et constate que seulement moins de la moitié des assureurs ont actuellement des restrictions sur le pétrole et le gaz.

«Pour la plupart, les politiques qui existent se limitent aux sables bitumineux et, pour certains, à des engagements concernant les activités en Arctique, faisant l’impasse sur le pétrole et le gaz de schiste ou sur les forages ultras profonds», constate l’ONG Reclaim Finance, qui participe à la campagne.

Trois assureurs engagés

Pourtant, des acteurs majeurs comme AXA, Allianz, Munich Re et Zurich – qui fournissent à eux seuls plus de 20% de l’ensemble des assurances pétrolières et gazières – se sont engagés, via la Net-Zero Insurance Alliance (NZIA), vers la neutralité carbone d’ici 2050.

Or, Allianz, Munich Re et Zurich n’ont annoncé aucune mesure. Et, au total, parmi les 30 assureurs analysés, seulement trois – le Français AXA, l’Italien Generali et l’australien Suncorp – se sont engagés à ne plus assurer de nouveaux champs pétroliers et gaziers. Ce qui ne se fera pas du jour au lendemain: AXA, malgré ses engagements, «peut continuer à assurer plus de la moitié des projets d’expansion pétrolière et gazière pendant plusieurs années», note Reclaim Finance.

Le charbon marginalisé

Pourtant, les assureurs ont un vrai rôle à jouer sur le sujet et peuvent obtenir des résultats rapides et tangibles. Le secteur du charbon en a été un exemple: depuis 2017, 33 assureurs ont mis fin à leur couverture assurantielle pour l’industrie du charbon. Conséquence: plus de 50% du marché mondial de la réassurance refuse désormais d’assurer l’industrie du charbon. Ce qui n’a pas été sans efficacité: «Les entreprises du charbon sont désormais confrontées à une flambée des primes, à une réduction de la couverture et à des recherches plus longues pour trouver une assurance», constate Reclaim Finance.

Mais il s’agit désormais d’aller au-delà du charbon: le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), António Guterres, l’a rappelé en septembre dernier lors de l’Insurance Development Forum (IDF): si la neutralité carbone doit être inscrite dans les portefeuilles de souscription des assureurs, cela doit inclure non seulement le charbon, mais aussi tous les combustibles fossiles, pétrole et gaz inclus, a-t-il précisé.

Cet article a été rédigé pour la newsletter Paperjam Green, le rendez-vous mensuel pour suivre l’actualité en matière d’environnement, de climat, de mobilité, de RSE et de green finance. Abonnez-vous ici.