ENTREPRISES & STRATÉGIES

Private equity

BIP: investissements à la sauce BGL



BIP occupe, depuis octobre 2001, une maison de maître au Kirchberg.   (Photo: Luc Deflorenne / archives)

BIP occupe, depuis octobre 2001, une maison de maître au Kirchberg. (Photo: Luc Deflorenne / archives)

En marge du 15e anniversaire de Paperjam, Paperjam.lu propose, chaque lundi, de présenter une personnalité, un lieu, une société, et de le replacer dans le contexte qui était le sien en 2000… Cette semaine, la création de BIP Investment Partners.

Depuis 1984, il existait au Luxembourg la loi dite «Rau», qui permettait de bénéficier de certains avantages fiscaux dans le cadre de placements dans des véhicules investissant plus de 75% de leurs avoirs dans des sociétés de capitaux résidentes, pleinement imposables.

C’est dans ce contexte légal et fiscal que la Banque générale du Luxembourg choisit, en 2000, de regrouper l’ensemble des participations qu’elle détenait elle-même dans des sociétés luxembourgeoises (Arbed, Cargolux, Cegedel, SES, Audiofina...).

Ainsi naît BGL Investment Partners, officiellement constituée le 20 avril 2000, avec l’ambition de «dynamiser l'entrepreneuriat au Luxembourg et dans la Grande Région».

Portefeuille en trois dimensions

BIP choisit de constituer son portefeuille en trois catégories: les sociétés cotées, les investissements non cotés directs, de type private equity, et les investissements non cotés indirects (fonds de private equity et de venture capital).

La société fait immédiatement l’objet d’une introduction en Bourse via une offre publique d'achat portant sur 2,25 millions d'actions BGL Invest Partners (BIP) à 75 euros (avec une option pour 500.000 titres supplémentaires). En dépit d’un profil très attractif, l’opération ne connaît qu’un succès très relatif, puisque «seules» 2.105.305 actions sont souscrites par le public.

Deux mois plus tard, BGL Investment Partners intègre l’indice LuxX de référence de la Bourse de Luxembourg, dont il représenta alors 3,45%.

Déception boursière

Pour autant, le cours boursier ne bénéficie pas d’un effet «boostant», tombant très vite en deçà du prix d’émission, dépassant à peine 20 euros au début de l’année 2003 et affichant, de surcroît, une décote très importante par rapport à la valeur estimée, parfois même de 50%.

La société est pourtant très vite présente dans des opérations majeures pour l’économie luxembourgeoise: la création de l’opérateur Voxmobile en 2003 (devenu Orange depuis), une opération de management buyout réalisée avec des co-investisseurs français et luxembourgeois dans la société IEE en 2004; participation à la création de l’opérateur Artelis au Luxembourg, en 2005, par la fusion de VSE Net (dont BIP est actionnaire) avec Cegecom; participation, via l’investissement dans le fonds New Tech Venture Capital Fund, à la vente spectaculaire de Skype à eBay, en 2005, pour plus de 2 milliards d’euros…

Entretemps, en 2005, BGL passe sous pavillon Fortis. Début 2006, le pourcentage détenu par la banque est ramené de 41,3% à 25,8%, au profit d’actionnaires locaux de premier plan, dont La Luxembourgeoise, qui récupère à elle seule 10% des parts. Un changement capitalistique qui s’accompagne d’un rebranding, la référence à BGL disparaissant définitivement du nom, simplifié en BIP Investment Partners.

Investissements clés

Remonté au fil des ans à son niveau d’introduction, le cours de l’action en Bourse flirte même avec les 100 euros une bonne partie de l’année 2007, sans être capable néanmoins de garder le cap ensuite. Il replonge sous les 50 euros au moment où la crise de septembre 2008 intervient.

À l’issue du 10e exercice social, fin 2009, BIP se réjouit, dans son rapport annuel, que «malgré les bouleversements des économies et les turbulences des marchés», la société a «traversé cette première décennie de son existence en préservant sa substance».

Une substance qu’elle sait alimenter par quelques prises de participations clés, comme, en 2009, dans l’opérateur Luxembourg Telecom (renommé depuis Telecom Luxembourg Private Operator), accompagnant au fil des ans le développement d’un acteur devenu majeur dans le secteur, alternative majeure à l’opérateur historique Post, jusqu’à la dernière acquisition du réseau fibres international de Luxconnect.

BIP est aussi intervenue, en 2011, dans le «sauvetage » de Cargolux en quittant l’actionnariat au moment de l’arrivée de Qatar Airways.

Sortie de Bourse

Cette même année 2011 marque aussi une redéfinition de la stratégie de l’entreprise, avec l’arrivée d’un nouveau directeur général, Bruno Lambert, qui prend ses fonctions en octobre et décide de focaliser les investissements de BIP sur le segment des entreprises à capitalisation petite ou moyenne, cotées ou non cotées, établies au Luxembourg et dans les pays voisins, qui présentent un potentiel de création de valeur important et génératrices de cash-flow.

Entre 2011 et 2014, pas moins de 140 millions d’euros ont été injectés dans 10 lignes, «lesquelles évoluent favorablement, c’est-à-dire au moins en ligne avec les perspectives de rentabilité qui ont été à la base de la décision d’investissement par les organes de la société», peut-on lire dans le rapport annuel de la société.

En septembre 2013, les actionnaires de la société entamèrent le processus de retrait de la cotation des actions BIP. Une opération justifiée par la très faible liquidité de l’action et une très forte décote du cours par rapport à la valeur nette d’inventaire: «Le conseil d’administration a estimé que cette situation ne reflète pas de manière adéquate le portefeuille et la performance réelle de BIP, et a constaté que les frais et les différentes règlementations applicables liés à la cotation des actions étaient peu adaptés à une société de la taille et de l’objet de BIP», indique le rapport annuel.

Un conseil d’admistration de haut vol

L’opération, qui n'a pas suscité un engouement fou, fut clôturée en février 2014, les actions étant définitivement retirées en fin de journée du 28 février.

Présidé par Michel Wurth, le conseil d’administration de BIP est pour le moins prestigieux. On y trouve notamment Alain Georges (le président précédent, désormais président honoraire); l’avocat Claude Kremer (Arendt & Medernach); le président de la Bil François Pauly, qui siège en tant que représentant de la Compagnie financière La Luxembourgeoise; le président du comité de direction de BGL BNP Paribas Carlo Thill; l’ancien CEO de SES Romain Bausch; le vice-président de la Fedil et président de Nyuko Nicolas Buck; l’entrepreneur Marc Giorgetti ou encore le directeur général de Lalux Pit Hentgen.