ENTREPRISES & STRATÉGIES

Grégory Weber (Fintech Leader (PwC Luxembourg))

«Le Brexit pourrait entraver les fintech»



Pour Grégory Weber, le Grand-Duché doit maintenir ses bonnes relations avec le centre fintech britannique.  (Photo: PwC Luxembourg)

Pour Grégory Weber, le Grand-Duché doit maintenir ses bonnes relations avec le centre fintech britannique. (Photo: PwC Luxembourg)

Alors que nous sommes en pleine construction d’un marché unique digital (digital single market), un des plus importants hubs fintech mondiaux s’apprête à quitter l’Union européenne. Explications de Grégory Weber, fintech leader chez PwC Luxembourg.

M. Weber, le Brexit représente-t-il une opportunité pour les fintech?

«A priori non. Avant l’annonce du Brexit, la situation se présentait sous un angle gagnant-gagnant: la Commission européenne avait déclaré que «pour mieux mobiliser l’épargne transitant par les marchés financiers, les particuliers qui souhaitaient investir devaient pouvoir profiter d’un accès facilité aux produits d’investissement grâce à une offre claire, détaillée et abordable. Notre dernière étude mondiale démontre que les institutions financières croient fermement que les fintech peuvent répondre à ce besoin en proposant des solutions agiles (comme par exemple des produits de plus en plus digitalisés) et moins coûteuses pour le client.

Le Royaume-Uni pourrait effectivement profiter du Brexit pour accélérer sa croissance fintech.

Grégory Weber, fintech leader chez PwC Luxembourg

Mais en poussant plus loin notre réflexion, on voit bien que le Royaume-Uni pourrait effectivement profiter du Brexit pour accélérer sa croissance fintech et arriver habilement à transformer sa place financière afin de répondre aux exigences de la nouvelle économie digitale.

Le Royaume-Uni a, dès le départ, été très favorable aux innovations technologiques provoquées par les fintech visant à renforcer le secteur financier anglais et son rôle dans le soutien à l’économie britannique (comme par exemple l’amélioration de l’accès au financement pour ses start-up). Autres exemples, la mise en place d’un accélérateur fintech par la Banque d’Angleterre ainsi que le cadre réglementaire mis en place par la Financial Conduct Authority (FCA), qui offre aux innovateurs un espace sécurisant pour tester leurs produits et services.

Restons cependant positif, le Brexit peut être l’occasion de réaliser l’importance du renforcement de notre marché unique digital au sein de l’Union européenne (UE), et comment les fintech peuvent y contribuer. On a pu observer encore récemment des initiatives très prometteuses dans divers pays de l’UE, comme par exemple le nouveau cadre légal en France qui autorise l’émission de mini-obligations en utilisant la technologie blockchain, ou bien encore l’agrément donné à une bourse de Bitcoins par le régulateur luxembourgeois. L’étude actuellement en cours par l’Esma (European Securities and Markets Authority) au sujet du déploiement de la technologie des registres distribués (Distributed Ledger Technology) pour le marché des valeurs mobilières montre encore un bon exemple de démarches innovantes que la Commission européenne peut prendre en considération dans le contexte de la CMU (Capital Markets Union) et de la mise en place du marché unique digital dans le secteur financier. Et il ne s’agit ici que d’exemples de projets fintech liés à la blockchain et aux crypto-monnaies.

Quelle est votre plus grande crainte?

«En Europe, la vraie question à présent est de savoir quel impact la perte de la scène fintech londonienne aura sur nos efforts de construction du marché unique digital. Le Brexit pourrait entraver la croissance de l’industrie fintech naissante et ralentir, en fin de compte, la transformation du secteur financier en Europe vers l’économie digitale.

Il est important pour les fintech installées au Royaume-Uni de préserver l’avantage d’un accès à un marché européen de plus de 500 clients. En outre, le vivier de talents et de compétences offert par l’UE doit continuer d’alimenter les capacités d’innovation de la place financière de Londres.

Comment projetez-vous la situation au Luxembourg à moyen et à long terme?

«Le Luxembourg doit maintenir ses bonnes relations avec le centre fintech britannique. Le Grand-Duché offre un terreau fertile pour les FinTech, au cœur de l’Europe, pour proposer leurs solutions innovantes. Les acteurs du marché luxembourgeois semblent aussi parfaitement comprendre qu’en embrassant pleinement l’innovation financière, le Grand-Duché est sur la bonne voie pour renforcer sa réputation et ses relations auprès des investisseurs, des particuliers et des acteurs institutionnels. Le pays doit donc continuer à collaborer avec le Royaume-Uni et soutenir le développement des activités fintech en Europe. Compte tenu de son potentiel indéniable, le Luxembourg présente assurément tous les avantages qui lui permettront de rester partie prenante de la révolution fintech. Si on se projette à long terme, le pays devrait tirer parti de son expertise reconnue dans les transactions transfrontalières au niveau mondial et demeurer à la pointe de l’innovation financière en Europe, et au-delà.»