POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Craintes du nucléaire français

Une délégation à Paris pour évoquer Cattenom et Bure



Le site de Bure, situé à 200 km du Luxembourg, devrait accueillir d'ici à 2025 des déchets radioactifs enfouis à 500 mètres de profondeur. (Photo: ANDRA)

Le site de Bure, situé à 200 km du Luxembourg, devrait accueillir d'ici à 2025 des déchets radioactifs enfouis à 500 mètres de profondeur. (Photo: ANDRA)

Au lendemain du vote unanime de la motion incitant le gouvernement à agir face aux risques représentés par les installations françaises, plusieurs députés sont reçus ce jeudi par l’Agence de sûreté nucléaire (ASN).

Selon le programme officiel, Max Hahn (DP), Henri Kox (Déi Gréng) et Roger Négri (LSAP) sont à Paris pour évoquer «la question de l’avenir des réacteurs français» et celle «des travaux qui ont été menés après l’accident de Fukushima» aux côtés des membres de l’ASN. De manière moins formelle, les trois élus devraient réaffirmer la position luxembourgeoise vis-à-vis du nucléaire. À savoir la plus grande méfiance. Voire la plus grande défiance.

Militant ouvertement pour la fermeture pure et simple de la centrale de Cattenom, le Luxembourg se méfie également du futur centre de stockage nucléaire de Bure. Situé dans la Meuse, à 200 kilomètres du Grand-Duché, le site devrait abriter d’ici à 2025 des tonnes de déchets radioactifs. L’extension du site, votée la semaine dernière dans le cadre de la «Loi Macron», prévoit ainsi de faire du site lorrain le plus grand site de stockage à grande profondeur en Europe. Le projet prévoit ainsi d’enfouir à 500 mètres de profondeur 3% des résidus nucléaires français. Les déchets les plus radioactifs.

À titre personnel, je ne suis pas favorable à l'enfouissement des déchets nucléaires.

Ségolène Royal, ministre française de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie

Mercredi, lors de la dernière séance publique avant les vacances, les députés ont voté à l’unanimité une motion appelant le gouvernement à «insister auprès des autorités françaises pour qu’elles respectent la législation sur l’environnement» et «à se concerter avec les partenaires de la Grande Région pour que le projet de Bure soit instruit en toute transparence et en collaboration avec les pays et régions voisins». En clair, que le Luxembourg soit informé et impliqué dans un projet situé à ses portes.

Reste que le projet, même s’il est contenu dans le texte voté la semaine dernière à Paris, ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique française. Jeudi matin, Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, s’est dit «à titre personnel, pas favorable à l’enfouissement des déchets nucléaires». Indiquant que «le principe de création de ce site avait été acquis il y a plusieurs années», la ministre française précise «avoir veillé à ce que ce principe soit réversible, au cas où les technologies évoluent». En attendant cette éventuelle évolution, les pays limitrophes, concernés par un potentiel accident nucléaire, se montrent méfiants. D’autant plus que certains experts doutent de la capacité du centre de Bure à contenir des déchets radioactifs pendant des millions d’années.