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Présidence luxembourgeoise

Mea culpa sur la Grande Région



Le transport, le travail et l’éducation, mais aussi la culture et le tourisme sont à l’agenda des deux années de présidence luxembourgeoise de la Grande Région. (Photo: Jan Hanrion)

Le transport, le travail et l’éducation, mais aussi la culture et le tourisme sont à l’agenda des deux années de présidence luxembourgeoise de la Grande Région. (Photo: Jan Hanrion)

La présidence luxembourgeoise de la Grande Région a été officiellement lancée jeudi aux Rotondes. L’occasion pour Corinne Cahen de rappeler que son mandat s’intéressera avant tout aux citoyens. Mais aussi pour ses voisins belges, français et allemands de reconnaître les lacunes de cette entité, qui reste trop vague pour beaucoup.

Près de 500 personnes sont venues assister jeudi aux Rotondes au passage de relais entre la Wallonie et le Grand-Duché pour diriger durant les deux prochaines années la Grande Région. Luxembourgeois, Wallons, Français et Allemands avaient fait le déplacement. Tout le monde était d’accord qu’en ces temps difficiles, ce «petit laboratoire européen» devait devenir un modèle et une source d’inspiration pour d’autres régions.

Notre présidence sera placée sous le signe de la proximité.

Xavier Bettel, Premier ministre luxembourgeois

«Notre projet est différent, très différent de celui proposé par les extrémistes. Nous ne voulons pas construire des murs, mais les détruire, supprimer les frontières une bonne fois pour toutes», a lancé Corinne Cahen, la ministre luxembourgeoise qui portera cette présidence.

Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que la Grande Région, qui a été créée en 1995, manque cruellement de substance et, loin d’unir les 11,5 millions d’habitants qu’elle embrasse, les rend au mieux indifférents. «C’est pour cela que notre présidence sera placée sous le signe de la proximité et de l’intégration de ses citoyens à travers des projets plus visibles et plus tangibles», a souligné le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel.

Refuser la vignette allemande

Le transport, le travail et l’éducation seront donc les trois axes sur lesquels se concentrera la présidence luxembourgeoise, a assuré Corinne Cahen. Mais aussi la culture qui, à travers le projet Urban Art, a montré qu’elle était vectrice d’unification. Ou encore le tourisme, qui n’est pas suffisamment mis en valeur et pourrait devenir un secteur économique bien plus profitable. «Il existe dans la Grande Région plus de 20 sites répertoriés au patrimoine mondial de l’Unesco», a d’ailleurs rappelé Mme Cahen.

Mais ce passage de témoin a aussi été l’occasion de soulever des problèmes bien plus tangibles et de poser la question du rôle concret que pourrait également avoir la Grande Région. Par exemple sur le projet allemand d’instaurer une vignette automobile pour les étrangers qui circulent sur son territoire. «Nous avons demandé une exemption pour notre région», a expliqué Stephan Toscani, ministre des Finances du Land de Sarre. «Nous ne laisserons pas faire cela. Je pense d’ailleurs que ce projet ne se fera nulle part en Allemagne», a renchéri le représentant de la Rhénanie-Palatinat, Werner Schreiner.

Trouver un nouveau nom

Côté français, c’est la création de la nouvelle région Grand Est qui a soulevé des interrogations. Car dans cette nouvelle configuration territoriale, la partie française de la Grande Région est désormais la plus vaste et la plus peuplée, à la région Lorraine s’étant ajoutées celles de l’Alsace et de la Champagne-Ardenne. «Cette nouvelle entité va prendre toute sa place dans la Grande Région», a voulu rassurer son vice-président, Jean-Luc Bohl. «Non seulement nous allons poursuivre nos relations avec nos partenaires belges, luxembourgeois et allemands, mais nous allons les optimiser», a renchéri Mathieu Klein, le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle.

Pour la partie wallonne, c’est le nom de la Grande Région qui pose problème. Trop vague pour René Collin, le ministre wallon en charge de la présidence entre 2015 et 2016. «Nous devons populariser la Grande Région auprès des jeunes, et pour cela il faudrait trouver un nouveau nom.»

Le chantier est donc vaste pour Corinne Cahen et les questions encore nombreuses. Mais l’ambition de faire avancer les choses semble bien là. Et pour commencer cette présidence du bon pied, la réception s’est terminée par un pot de l’amitié, autour de bières luxembourgeoises et d’une exposition mettant tous les atouts de la Grande Région en avant.