POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Élections sociales

Les syndicats placent le digi­tal en haut de l’agenda



Tous les cinq ans, les salariés et pensionnés élisent leurs repré­sentants à la Chambre des salariés. (Photo: Matic Zorman / archives)

Tous les cinq ans, les salariés et pensionnés élisent leurs repré­sentants à la Chambre des salariés. (Photo: Matic Zorman / archives)

Tous les cinq ans, les salariés et pensionnés élisent leurs repré­sentants à la Chambre des salariés. Ils renouvellent également les délégations du personnel. La campagne bat son plein, avec comme thème transversal la digitalisation des métiers.

C’est évidemment un mo­ment important pour les syndicats. Les élections sociales, qui ont lieu tous les cinq ans, déterminent leur représentativité et celle des salariés dans différents organes de concertation, principalement la Chambre des salariés (CSL) et les délégations du personnel. C’est aussi le baromètre de leur popularité et le révélateur du contrepoids qu’ils peuvent représenter face au patronat. 

Tous très ambitieux

Pour la CSL, le vote durera jus­qu’au 12 mars. Date à laquelle aura lieu le scrutin dans les entreprises et sociétés de plus de 15 personnes, afin de constituer les nouvelles délégations du personnel. 

On veut même faire encore mieux et on espère un 38+.

André Roeltgen, président de l’OGBL

Fort de ses 70.000 affiliés, de ses 2.200 délégués du personnel et d’une nette majorité à la CSL avec 38 sièges sur 60, l’OGBL occupe une position dominante dans le paysage syndical. Et compte bien la préserver. «On veut même faire encore mieux et on espère un 38+, donc augmenter notre représentativité à la CSL», martèle André Roeltgen, le président de l’OGBL, qui justifie cette ambition par le «très bon bilan obtenu par un syndicat fort». Et gagner quelques pour cent pour mettre à mal la majorité absolue de l’Aleba dans le secteur financier, un des rares à échapper à son emprise, serait la cerise sur le gâteau. 

C’est le fruit de notre réorganisation.

Patrick Dury, président du LCGB

Le syndicat chrétien LCGB est dans la position de l’outsider. Réorganisé, redynamisé, avec des objectifs plus clairs, il monte en puissance depuis quelques années. «C’est le fruit de notre réorganisation», souligne son président, Patrick Dury. Ce qui se traduit dans les chiffres: 2.000 nouveaux membres en 2017, 3.000 de plus l’an passé! Le LCGB compte maintenant 40.850 affiliés pour environ 700 délégués du personnel et 15 sièges à la CSL. Inimaginable d’aller déboulonner le «meilleur ennemi» qu’est l’OGBL donc, mais bien la volonté «d’être le plus fort possible et d’arriver à de bons résultats dans tous les secteurs».

Ce que je veux, c’est augmenter cette majorité, n’en déplaise à certains.

Laurent Mertz, secrétaire général de l’Aleba

L’Association luxembourgeoise des employés de banque et assurance (Aleba) est, pour sa part, la plus importante organisation syndicale de la place financière: une majorité dans son secteur à la CSL (50,39%), 10.000 membres et 700 délégués. «Mon souhait n’est pas de conserver notre majorité à la CSL, confie Laurent Mertz, secrétaire général de l’Aleba. Ce que je veux, c’est augmenter cette majorité, n’en déplaise à certains, pour être encore plus représentatifs au niveau de notre secteur. Ensuite, mon vœu est de renforcer notre présence dans les délégations. CSL et délégations, ce sont deux choses différentes. Mais, selon moi, l’une ne va pas sans l’autre.»

Les thèmes de campagne font écho, la plupart du temps, aux traditionnelles revendications sociales. L’OGBL s’engage ainsi à mener une politique salariale offensive. «Les bons salaires ne tombent pas du ciel, il faut aller les chercher, souligne André Roeltgen. L’évo­lution des salaires ne peut être à la traîne de la hausse de la productivité.» L’OGBL continue d’ailleurs à réclamer une hausse de 10% du salaire minimum légal. Le pouvoir d’achat, et donc les salaires, est aussi en bonne place des thèmes du LCGB, qui bataille fermement pour un traitement parfaitement égal entre tous les salariés, de la fonction publique ou du secteur privé, frontaliers ou résidents. Ou encore pour une vraie réflexion autour de l’évolution du temps de travail. Tandis que l’Aleba agira en veillant à ce que les «conventions collectives signées dans les banques et assurances soient bien appliquées.»

Avantages et dangers

Mais c’est la digitalisation qui est la première préoccupation. Car celle-ci va transformer le monde du travail, quand cela n’est pas encore fait. Dans les rangs de l’OGBL, on ne «rejette pas cette digi­talisation, inévitable et qui peut être source de très bonnes choses dans les entreprises. Mais c’est aussi une source de grands dangers.» Le bouclier ne pourra être «que le renforcement de la protection du salarié».

Le LCGB abonde en ce sens et souhaite une évolution du droit du travail en parallèle aux évolutions des technologies. «On ne veut pas d’une fracture digitale. L’évolu­tion doit se faire avec des con­ditions sociales et humaines ac­ceptables», précise Patrick Dury. L’Aleba est, pour sa part, con­vaincue que les effets réels de la digitalisation sont encore à venir dans son secteur. «Les robots, on en parle, on évoque des tests ici et là, confirme Laurent Mertz. Pour nous, c’est dans la formation qu’on voit le salut. La formation continue, certainement, pour faire évoluer les profils. Mais aussi celle des salariés qui risquent de perdre leur emploi suite à la digitalisation des services.»