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Devenir le prochain hub Fintech



Le CEO d'ING, Luc Verbeken, est convaincu du potentiel des Fintech, y compris pour les acteurs de la banque. (Photo: Mike Zenari / archives)

Le CEO d'ING, Luc Verbeken, est convaincu du potentiel des Fintech, y compris pour les acteurs de la banque. (Photo: Mike Zenari / archives)

Après la Bil ce lundi, l’Association des professionnels de la société de l’information surfait aussi sur la vague Fintech pour son premier Apsi days du trimestre. Pour attaquer ce créneau qui bouscule ses banques, la Place devra non seulement faciliter la coopération privé/public, développer une législation adaptée, mais aussi améliorer ses possibilités de formation et ses perspectives de financement alternatif.

Sujet de convoitise du moment, les sociétés actives dans les Fintech, soit des start-up spécialisées dans les technologies financières, séduisent autant qu’elles inquiètent les acteurs du monde bancaire, comme l'ont montré les échanges lors de la conférence de l'Association des professionnels de la société de l'information (Apsi) organisée jeudi sur le sujet.

Pour Jean Diederich, président de l’association et hôte du jour, le secteur financier fait aujourd’hui face à une révolution similaire à celle connue par l’industrie de la musique avec la numérisation des produits culturels.

«À l’ère du tout numérique, ces sociétés sont à la fois liées à la technologie des Tic, au business et à l’expérience client en général, a-t-il introduit. On peut les classer en plusieurs catégories: les Fintech dites traditionnelles ou facilitatrices et plutôt complémentaires avec les grands acteurs du secteur financier; et celles envisagées comme disruptives ou perturbatrices, très innovantes et plutot en rupture avec le fonctionnement classique du secteur. On assiste actuellement à l’émergence des deux.»

Pour Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance et membre du groupe de travail Fintech de Digital Lëtzebuerg, on est déjà en présence d’un écosystème émergent au Luxembourg. Le business est déjà là. «Banques, assureurs, fournisseurs IT, start-up, fonds, ou régulateurs peuvent avoir des intérêts communs. Le pays dispose d’un secteur financier reconnu, stable et mature, il faut construire sur ses acquis.»

Pour placer Luxembourg sur la carte de la Fintech mondiale et concurrencer d’autres centres comme Londres, il lui reste à s’attaquer à des problèmes majeurs: la formation et l’accès à des modes de financement non conventionnels. «Il y a beaucoup de talents sur le marché, mais cela ne suffit pas, indique Nicolas Mackel. Il y a une pénurie de certains profils, comme les ingénieurs IT. Du côté du financement, principale faiblesse des start-up, il existe bien trop peu d’options privées pour permettre un développement à grande échelle de sociétés innovantes.»   

Place à prendre

Développant pour certaines des monnaies alternatives et des services grignotant le terrain de chasse des banques, les Fintech obligent ces dernières à réinventer leur offre et leurs relations clients. Pour Luc Verbeken, CEO d’ING Luxembourg, la donne a définitivement changé, de plus en plus de compétiteurs externes faisant leur entrée sur le marché.

«Nous avons un nombre de challengers croissant en provenance des télécoms, de la technologie, du monde du retail, du crowdfunding... Tous ces acteurs se passent d’intervention bancaire, cela nous force à nous adapter rapidement. Désormais, les clients n’ont plus besoin de banque, mais de services bancaires, cela a des conséquences sur la manière d’approcher nos clients.»

Contraint d’innover, le groupe a notamment investi dans une approche multicanale, les utilisateurs devant pouvoir se connecter à leur compte de n’importe où. «Il nous faut nous-mêmes être disruptifs et réinventer notre métier ou quelqu’un d’autre le fera. Notre mission ne sera pas de nous substituer aux initiatives privées comme les venture capitalists ou les seeding funds, mais nous pourrons être un soutien.»

Le poste d’innovation officer a été créé dans chaque filiale du groupe pour accélérer le rythme. Et Luc Verbeken de poursuivre: «Il y a généralement deux stratégies face aux sociétés Fintech, soit les racheter, soit établir des partenariats stratégiques, l’option que nous avons choisi d’adopter.»

Si le Luxembourg constitue un excellent point d’entrée pour les start-up souhaitant conquérir le marché européen, de par son infrastructure de pointe en termes de connectivité et de data centers ou sa stabilité politique, il doit également encore travailler sur son cadre réglementaire et la collaboration entre tous les acteurs concernés. «Il faut agrandir le cake, c’est l’ensemble du secteur financier qui pourrait en bénéficier», achève Luc Verbeken.