PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Stratégie

BIP, une reconversion en douceur



C'est un fonds géré par la banque d'affaires américaine Goldman Sachs qui va succéder à BIP.  (Photo: Glassdoor.com)

C'est un fonds géré par la banque d'affaires américaine Goldman Sachs qui va succéder à BIP. (Photo: Glassdoor.com)

La société d’investissements BIP nourrissait de belles ambitions à sa création au début des années 2000. L’étroitesse du marché financier «local» en a décidé autrement. La société s’apprête à disparaître pour laisser la place à un nouveau fonds dans le giron de Goldman Sachs.

C’était un des fleurons du venture capitalism à la luxembourgeoise. BIP est sur le point de tirer définitivement sa révérence, trois ans après avoir déjà en partie disparu des radars en se retirant de la cotation en Bourse de Luxembourg. 

«La vie économique luxembourgeoise s’est déroulée de façon différente de ce qui avait été imaginé», explique à Paperjam.lu Michel Wurth, président du conseil d’administration de BIP (également président de son comité stratégique). «Lors de la création de la société, les ambitions étaient de donner un accès aux nouvelles technologies via des investissements de type private equity, mais aussi de devenir un investisseur institutionnel luxembourgeois. Nous avons parfaitement rempli la première partie de cette ambition, mais pour la seconde, il n’y avait pas de sociétés luxembourgeoises en quantité suffisante sur le marché.»

Initialement, pourtant, le portefeuille de BIP avait de l’allure. Créée en 2000 dans le giron de la Banque générale du Luxembourg, celle qui s’appelait alors BGL Investment Partners (le changement de nom n’est intervenu qu’en février 2006) avait reçu, dans sa corbeille de naissance, quelques titres de choix: Arbed, Cargolux, Cegedel, SES, Audiofina... L’ambition alors affichée était de «dynamiser l'entrepreneuriat au Luxembourg et dans la Grande Région».

La vie économique luxembourgeoise s’est déroulée de façon différente de ce qui avait été imaginé.

Michel Wurth, président de BIP

Mais au fil du temps, l’éventail de ces sociétés «nationales» ne s’est guère élargi, rendant utopique un déploiement aussi large que celui voulu initialement. Certes, BIP était intervenu, par exemple, dans le lancement de l’opérateur Voxmobile, le MBO d’IEE en 2004; la création de l’opérateur Artelis au Luxembourg, en 2005 ou encore le développement de Telecom Luxembourg

Aujourd’hui, dans le portefeuille de BIP, les «fleurons» luxembourgeois se comptent sur les doigts des mains: Telecom Luxembourg Private Operator, EuroDNS, Cegecom/Artelis, IEE, SGG, SES ou encore RTL Group. Et ce ne sera bientôt plus qu’un souvenir, puisque les actionnaires de la société ont voté, cette semaine, la cession de leurs parts. Le 15 juillet dernier, un accord avait été signé entre certains actionnaires de BIP et la banque d’affaires américaine Goldman Sachs en vue d’un transfert de participation. Cela avait alors été présenté comme «une prise de participation significative», et la création d’un nouveau fonds d’investissement en private equity, géré par l’équipe de direction de BIP, avait déjà été annoncée.

Une sicar en vue

Tout ce mécanisme a été confirmé, cette semaine, dans le cadre d’une assemblée générale extraordinaire. D’ici à 2020 (avec une extension possible du délai jusqu’en 2022), BIP va se désengager de toutes ses participations actuelles. «La valorisation de nos participations se fera au mieux, en y prenant tout le temps nécessaire», prévient Michel Wurth.

Parallèlement, un nouveau fonds d’investissement va être créé sous le statut de société d’investissement à capital risque (sicar), pour laquelle le ticket d’entrée sera de 125.000 euros, excluant de fait les «petits porteurs» qui avaient constitué, pendant longtemps, une part non négligeable de l’actionnariat de la société.

«Il était connu que depuis un moment, un certain nombre de grands actionnaires de BIP, parmi lesquels la Compagnie financière La Luxembourgeoise, souhaitaient, pour des raisons stratégiques propres et indépendantes, se désengager de la société», explique Michel Wurth. «Mais dans un premier temps, il n’y a pas eu d’acheteur intéressé. Dans cette situation, il y avait deux manières de résoudre ce blocage: soit en se déchirant, soit en trouvant une solution intelligente.»

C’est une très belle opération qui permet à tout le monde de s’y retrouver.

Michel Wurth, président de BIP

C’est, évidemment, la seconde option qui a été retenue. Mais alors que des offres avaient été formulées pour la globalité du capital de BIP, les actionnaires ont opté pour une autre approche stratégique: créer un nouveau fonds géré par Goldman Sachs, visant à maintenir l’activité d’investissement de BIP sous une autre structure d’investissement juridique. «Cette solution a été votée à l’unanimité, y compris, donc, de la part des actionnaires qui souhaitent se désengager.»

Dans les faits, les démarches ont été engagées pour créer ce nouveau fonds, parallèlement à la gestion de l’extinction naturelle de BIP. «C’est une très belle opération qui permet à tout le monde de s’y retrouver», estime Michel Wurth, coupant court à toute suspicion de psychodrame et de «mauvaise nouvelle». « Ceux qui achèteront des parts dans le nouveau fonds espèrent qu’avec l’équipe de gestion qui restera en place et le portefeuille de private equity qui sera constitué avec la même stratégie qu’avant, tout ira bien. Pour ceux qui veulent vendre, la transaction se fait à un bon niveau de valorisation.»

Entre 100 et 150 millions sur la table

La cession des parts se fait en effet à 50 euros par action, soit 13 euros de mieux que lors du dernier mécanisme de liquidité mis en place (une période prédéfinie – deux fois par an – permettant l’achat/vente d’actions, puisque la société n’est plus cotée en Bourse).

C’était, du reste, l’objectif de l’assemblée générale extraordinaire qui s’est tenue ce mardi: donner l’occasion aux «petits» actionnaires, qui n’avaient pas participé aux discussions avec Goldman Sachs, aient la possibilité de pouvoir sortir aux mêmes conditions que ceux qui veulent vendre.

Qui, au final, se lancera dans la «nouvelle» aventure de ce futur fonds en cours de constitution (dont le nom n’a pas encore été arrêté) et dont la mise initiale sera d’au moins 100 millions d’euros, susceptibles d’être portés à 150? «Je ne peux pas vous dire quels sont les actionnaires qui ont prévu d’y investir, mais pour ce qui est de ceux partent, il s’agit principalement des grands institutionnels.» Autrement dit, la Compagnie financière La Luxembourgeoise, qui détenait 15% du capital et BGL BNP Paribas (10%), le reste des actions étant éclaté entre actionnaires particuliers.