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Sécurité de l’information

Atos s’ambitionne en géant de la cybersécurité



La proposition d’Atos montre que l’Europe peut mobiliser des capitaux pour ne pas voir certains de ses fleurons partir aux États-Unis ou en Chine. (Photo: DR)

La proposition d’Atos montre que l’Europe peut mobiliser des capitaux pour ne pas voir certains de ses fleurons partir aux États-Unis ou en Chine. (Photo: DR)

Le groupe français spécialisé dans les services numériques a rendu publique lundi son offre de rachat du spécialiste en sécurité digitale Gemalto. Une bonne nouvelle pour les acteurs luxembourgeois de la cybersécurité, qui y voient la preuve d’un regain d’intérêt pour ce sujet.

Il ne s’agit pour l’instant que d’une offre «non sollicitée et conditionnelle» que le conseil d’administration de Gemalto étudie «avec attention». Mais preuve de son grand intérêt pour la démarche, il indique qu’il rendra sa réponse avant le 15 décembre, soit vendredi. Il faut dire que l’OPA proposée par Atos est alléchante: 4,3 milliards d’euros.

Le géant de l’informatique a en effet rendu publics lundi les détails de l’offre qu’il a faite il y a 15 jours à Gemalto, une entreprise aux racines françaises dont le siège est aujourd’hui à Amsterdam et qui est spécialisée dans la sécurité digitale. Elle compte 15.000 employés dans 48 pays pour un chiffre d’affaires qui s’est élevé à 3,1 milliards d’euros en 2016, mais connaît depuis plusieurs mois des difficultés.

«Cette offre permettrait de créer un leader mondial en technologie et en cybersécurité», a expliqué Thierry Breton, PDG d’Atos, dans une conférence lundi soir. Ce dernier a estimé que ce rachat permettrait des synergies, notamment dans la sécurité informatique et les solutions technologiques autour du paiement.

Une dimension géostratégique

«C’est une bonne nouvelle pour l’écosystème européen de la cybersécurité, car ce possible rachat est la preuve que les grands groupes commencent à prendre la mesure de l’importance de ce sujet», note Laurent Grill, le CEO de l’antenne luxembourgeoise d’UBCOM, une agence de conseil spécialisée dans la sécurité digitale.

La cybersécurité est en effet un enjeu économique de plus en plus stratégique pour les entreprises concernées par la digitalisation, mais qui est encore trop souvent relégué en seconde position par les dirigeants luxembourgeois. Par contre, ce thème rencontre un intérêt grandissant de la part des pouvoirs publics européens. Et si le Luxembourg fait figure de pionnier en termes d’infrastructures publiques dédiées à la cybersécurité, le développement des nouvelles technologies, notamment celle de l’internet des objets (IoT), rend les gouvernements de toute l’Europe de plus en plus sensibles à cette thématique.

«Je pense qu’il y a aussi une dimension géostratégique dans l’annonce faite par Atos, car il ne faut pas oublier que Thierry Breton est un ancien ministre de l’Économie», estime Christophe Bianco, le fondateur de la société luxembourgeoise Excillium Services. «La proposition qui a été faite montre qu’il existe en Europe des acteurs capables de rassembler des capitaux pour ne pas voir partir certains fleurons aux États-Unis ou en Chine.» Faut-il y voir les prémisses d’une cyberdéfense européenne commune?