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Vue des marchés

Les défis de la durabilité dans l’alimentation



Alors que 44% de toutes les plantations sont perdues avant la récolte, le WWF estime que nous devrons produire plus de nourriture au cours des quatre prochaines décennies que pendant les 8.000 ans d’histoire de l’humanité. (Photo: Shutterstock)

Alors que 44% de toutes les plantations sont perdues avant la récolte, le WWF estime que nous devrons produire plus de nourriture au cours des quatre prochaines décennies que pendant les 8.000 ans d’histoire de l’humanité. (Photo: Shutterstock)

Face aux critères de durabilité, les secteurs de la production alimentaire et d’eau devront gérer les matières premières de manière beaucoup plus efficace et durable, estime Mark Lacey, pour qui, si ces secteurs sont confrontés à de grands défis, des opportunités existent pour les investisseurs.

Les secteurs de l’alimentation et de l’eau sont quelque part pris entre deux feux. D’un côté, la pression productiviste va s’accroitre – la population mondiale passera de 7 milliards aujourd’hui à 8 milliards en 2030 et à 10 milliards en 2050 – tandis que de l’autre, ces secteurs ne répondent plus aux nouvelles normes et objectifs en matière d’émissions de CO2, de protection des ressources et de la biodiversité, de gestion des déchets et de santé. Et pour couronner le tout, les effets du changement climatique et les tendances météorologiques qui en découlent exercent une pression supplémentaire sur les terres agricoles disponibles et l’approvisionnement en eau.

«La Terre est désormais un facteur limitatif qu’il faut surmonter», estime Mark Lacey, head of commodities chez Schroders, en pointant le fait que depuis 1960, si la population et la production agricole ont explosé – elles ont été respectivement multipliées par 4 et 7 –, le volume des terres agricoles est resté stable. Et son utilisation extensive… Ainsi, la production alimentaire et d’eau représente environ 25% des émissions mondiales de CO2 et consomme 65% de l’eau potable. De quoi maintenir la pression sur le climat. Pour un résultat mitigé si on regarde le niveau actuel de sécurité alimentaire au niveau mondial. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 690 millions de personnes ont souffert de la faim en 2019, soit une augmentation de 10 millions par rapport à 2018, et de près de 60 millions en cinq ans. La malnutrition est responsable d’un décès sur 5 sur la planète. Pour la FAO, la réalisation de l’objectif Faim zéro d’ici 2030 est compromise. Des données à mettre en perspectives avec le fait que 2 milliards d’adultes soient en surpoids.

«Le secteur est confronté à trois défis liés qui offrent des opportunités pour les investisseurs: augmentation des revenus agricoles et efficacité accrue, changement de régime et d’habitudes alimentaires, réduction importante des pertes de production et des émissions de CO2», résume Mark Lacey.

En l’absence de réserve de terres agricoles, l’efficacité et le rendement par hectare doivent être accrus.
Mark Lacey

Mark Lacey,  head of commodities ,  Schroders

Pour qui un recours à la technologie s’impose. «En l’absence de réserve de terres agricoles, l’efficacité et le rendement par hectare doivent être accrus. La production agricole doit augmenter de 70% pour pouvoir continuer à nourrir toutes les bouches. Ce rendement plus élevé doit en même temps s’accompagner d’une réduction de la consommation d’eau. La technologie peut contribuer à résoudre ces défis.» Des technologies qui doivent jouer un rôle dans l’augmentation du rendement et la réduction des pertes, mais aussi dans le transport, l’emballage et la distribution.

Et de donner comme exemple l’évolution des méthodes agricoles avec l’utilisation de capteurs transmettant des données en temps réel du champ à l’ordinateur, «ce qui permet aux agriculteurs d’adopter une approche plus précise, fondée sur les données. Les capteurs peuvent mesurer les données chimiques du sol (pH, nutriments, teneur en carbone) ainsi que les niveaux d’humidité et le flux d’air. Cela peut contribuer à augmenter les rendements tout en minimisant les besoins en engrais et autres intrants agricoles».

30.000 milliards de dollars à investir d’ici 2050

Tout ceci mis bout à bout, Mark Lacey estime qu’il faudra 30.000 milliards de dollars jusqu’en 2050 dans l’ensemble de la chaîne alimentaire et de l’eau. Une partie de cette somme devra être couverte par des subventions – «assorties de critères durables et pas uniquement cantonnées au thème de la sécurité alimentaire», insiste Mark Lacey –, l’autre par des investissements.

Pour l’analyste, l’investisseur doit, dans ce contexte, se concentrer sur les entreprises qui créent les produits et technologies devant permettre ce changement. Il en existe beaucoup et elles sont attractives.

«Un grand nombre de ces entreprises produisent de bons flux de trésorerie, mais leur valorisation est faible, car les investisseurs perçoivent le secteur comme relevant de la ‘vieille économie’ et peu intéressante, plutôt que comme un secteur de croissance. Cette situation est en partie due à la faiblesse des prix des denrées alimentaires, ce qui signifie qu’il y a eu peu d’investissements. Les secteurs de l’alimentation et de l’eau se négocient avec une décote par rapport au marché. Et si cette décote s’est réduite lorsque la politique de l’UE de la ferme à la fourchette a été annoncée, elle subsiste toujours. Nous pensons que cela va changer, car l’impératif de rendre l’alimentation et l’eau durables crée des opportunités pour de nouvelles sources de croissance dans des entreprises que de nombreux investisseurs ont peut-être écartées comme étant de la vieille économie, dans des secteurs matures.»